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Air Tahiti Nui dénonce une « distorsion de concurrence  » avec les compagnies métropolitaines

Les entreprises polynésiennes n’ont pas le droit à l’activité partielle. Ce que dénonce Michel Monvoisin, le PDG d’Air Tahiti Nui.

« En mai, tout s’est arrêté. Air Tahiti Nui était alors partie pour faire une très belle année. Nous avions déjà réalisé 80% de nos engagements pour 2020 », explique Michel Monvoisin, le PDG d’Air Tahiti Nui. Subitement, comme toutes ses concurrentes, la compagnie polynésienne est contrainte de réduire ses charges et geler les investissements. Et surtout, de diminuer sa masse salariale.

Car en Polynésie, il n’existe pas d’activité partielle. Pour des questions statutaires tenant à l’autonomie relative du territoire, le code du travail local ne prévoit pas de chômage partiel. La compagnie a donc dû négocier avec les partenaires sociaux un plan de départ volontaire, pour économiser 20% de la masse salariale et éviter « des départs forcés ». Au total, 18% des salariés ont quitté l’entreprise, soit 115 des 740 employés. Les emplois touchés (au sol, PNC et PNT) sont essentiellement tahitiens, mais aussi néozélandais et métropolitains. Voilà comment, grâce à des négociations, la compagnie s’est « aidée par nous-mêmes ».

« Distorsion de concurrence » avec la métropole

Parallèlement, Air Tahiti Nui a bénéficié du Dispositif Exceptionnel de Sécurisation de l’Emploi (Di.E.S.E) prévu par le gouvernement polynésien. Malheureusement, il est bien moins protecteur que le chômage partiel métropolitain. Il ne représente que 5% de la masse salariale, alors que le chômage partiel est indemnisé à 100% en métropole, jusqu’à 4,5 fois le SMIC.

Pour s’en sortir, la compagnie aérienne a contracté un Prêt garanti par l’État (PGE) avec trois banques polynésiennes ainsi que Bpifrance. « Cela représente 25 % du chiffre d’affaires, soit 66 millions d’euros » précise Michel Monvoisin. En outre, l’actionnaire principal d’Air Tahiti Nui -le territoire polynésien- a décidé d’octroyer une avance en compte courant d’un montant maximal de 18 millions d’euros en vue de consolider sa trésorerie.

« Le tourisme en Polynésie représente 15 % des emplois en direct et sans doute le double en indirect, analyse le dirigeant. Or 55 % des touristes arrivent sur l’archipel grâce à Tahiti Nui. » Les activités de la compagnie revêtent donc un caractère d’intérêt général en tant qu’outil et levier du développement touristique de la Polynésie française et de son désenclavement.

Pour autant, toutes ces aides constituent des dettes pour la compagnie. C’est pourquoi le dirigeant n’hésite pas à taper du poing sur la table et parle sans détour de « distorsion de concurrence » entre les compagnies nationales européennes, notamment Air France, et les autres compagnies. « Les règles de concurrence ont volé en éclat. Il faut les rétablir. Les compagnies métropolitaines ont reçu le chômage partiel, pas nous. Quand le chômage partiel est pris en charge par l’Etat, c’est une subvention puisque cela permet d’alléger les charges des entreprise, enrage Michel Monvoisin. Par la suite, grâce aux PGE, ils ont pu relancer la mécanique et stimuler leurs routes. Nous, nous avons dû couvrir nos plans de départs et payer les salaires ».

La destination est ouverte

Une délégation polynésienne est actuellement à Paris pour discuter de la situation avec le gouvernement. « Nous sommes venus demander de l’aide. Notamment auprès de la Bpifrance, de l’Agence française développement ou encore de la Banque des territoires. Nous avons posé les jalons, on verra les résultats »

Malgré tout, le dirigeant remercie le territoire polynésien d’avoir rouvert ses frontières dès le début de l’été. Le 3 juillet pour la métropole. Le 15 juillet vers d’autres pays, notamment les Etats-Unis. « Nos deux plus gros marchés sont ouverts », souffle-t-il. Le vol Papeete-Paris est opérationnel mais passe désormais par Vancouver. « Il y a quatre vols par semaine, avec un départ à 20h pour avoir les résultats des tests, les jeudi, vendredi, samedi et dimanche ».

La destination attend désormais une plus grande affluence de touristes. « Les TO peuvent nous vendre, il y a de la places dans les avions et les hôtels ». Ces derniers affichent un remplissage de 25 à 30 %.

80 millions de pertes prévisionnelles en 2020

Ce sera évidemment « la haute saison la plus mauvaise de notre histoire », poursuit Michel Monvoisin, rageant pour la compagnie qui était bénéficiaire depuis 6 ans. « Nous avions enregistré 1,5 million d’euros de bénéfice en 2019″, année marquée par « une augmentation de 40% des sièges avec l’arrivée French Bee et United Airlines ».

En 2020, la compagnie prévoit des pertes atteignant les 80 millions d’euros. « On est rentré dans la crise avec 6 mois de trésorerie », se souvient Michel Monvoisin. Depuis la compagnie a dû rembourser 8 millions d’euros de billets en mai, puis environ « 4 millions d’euros par mois ». Conciliante, elle reprotège jusqu’à fin 2021. « Nous avons même signé une charte avec les hôteliers de l’île, qui prévoit le remboursement sans frais pour les clients touchés par la Covid ou une fermeture de frontières.»

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2 commentaires
  1. TEITIA dit

    Qu’ils cotisent pour le chomage et qu’ils payent des impôts comme en métropole et on en reparle… !!
    Ils sont « à part » quand ça les arrange.

    Merci French Bee d’avoir mis un terme à cette arnaque dont nous les Polynésiens avons été victimes… voila le vrai visage de la concurrence saine.

  2. Metro dit

    Air Tahiti Nui a le droit de défiscaliser ses avions. Distorsion de concurrence avez-vous dit ?

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