Train : Bruxelles veut imposer un billet unique et l’ouverture des plateformes historiques
La Commission européenne espère doper le trafic ferroviaire sur le vieux continent, qui souffre aujourd’hui de la complexité des réservations.
La Commission européenne a présenté le 13 mai 2026 un nouveau cadre réglementaire destiné à harmoniser et simplifier le transport ferroviaire au sein de l’Union européenne. L’objectif : créer un « billet de train unique », devant permettre aux voyageurs de planifier, comparer et acheter des trajets transfrontaliers ou régionaux impliquant plusieurs opérateurs, au moyen d’un transaction centralisée. Cette initiative vise à lever les obstacles structurels liés à la fragmentation des systèmes de réservation, et à accroître l’activité ferroviaire face à l’aviation commerciale.
Ouvrir les plateformes de vente
Le projet de Bruxelles s’attaque directement au modèle de distribution des opérateurs historiques. Selon les observations de la Commission, la prédominance de certaines entreprises ferroviaires nationales entraverait la lisibilité des offres et compliquerait les parcours multi-opérateurs. Pour remédier à ce déséquilibre, l’exécutif européen propose d’imposer aux compagnies détenant au moins 50% de parts de marché dans un État membre d’ouvrir leur billetterie en ligne aux opérateurs concurrents qui en font la demande.
L’exigence trouve un écho direct en France, où le Sénat a récemment adopté un amendement similaire, prévoyant d’obliger les plateformes des compagnies ferroviaires dominantes à distribuer les billets de leurs concurrents. Au niveau national comme européen, cette nouvelle législation obligerait par exemple la SNCF à proposer sur sa plateforme les trajets assurés par Trenitalia. En outre, elle exigera des plateformes de vente une présentation neutre des offres, en intégrant notamment la possibilité de trier les trajets selon leur niveau d’émissions de gaz à effet de serre.
Plus de protection pour les passagers
L’Europe entend également harmoniser les droits des passagers. Actuellement, la combinaison de plusieurs billets émis par des compagnies différentes fait, selon la Commission, peser le risque de la correspondance sur le seul voyageur. L’exécutif entend alors mettre fin à cette précarité juridique, en obligeant les compagnies à une continuité de service.
Avec ce « billet unique », les passagers bénéficieraient en effet d’une protection intégrale, couvrant l’ensemble de leur trajet transfrontalier. En cas de correspondance manquée du fait d’un retard, les obligations incombant aux opérateurs sur des tronçons simples seraient étendues aux parcours multi-opérateurs. Les voyageurs auraient ainsi le choix entre un réacheminement vers leur destination finale sans frais supplémentaire ou un remboursement. Et seraient assurés d’avoir une assistance (repas, hébergement en cas de nuitée forcée) ainsi qu’une indemnisation financière pour le préjudice du retard.
Doper la fréquentation ferroviaire
Le transfert modal de l’avion vers le train constitue un levier indispensable pour atteindre les objectifs climatiques européens. Alors que près de 400 millions de passagers ont voyagé en avion au sein de l’Union européenne en 2024, seuls 150 millions ont privilégié le rail pour des trajets transfrontaliers. La complexité des réservations dissuade actuellement près de deux personnes sur trois : les mesures proposées pourraient générer une hausse mécanique de 5% de la fréquentation ferroviaire.
Si les associations d’usagers et les plateformes indépendantes saluent ces avancées, le projet suscite l’opposition des exploitants historiques. La Communauté européenne du rail dénonce une « ingérence » réglementaire, arguant qu’il est atypique d’imposer à une entreprise la vente des produits de ses concurrents. Le texte entame désormais son parcours législatif ordinaire et devra être examiné par le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen.
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