Retards de paiement : voyages et transports de voyageurs en première ligne
Les retards de paiement atteignent des sommets en France, au premier semestre 2025 – et le secteur du tourisme n’est pas épargné.
La France décroche. Au 1er semestre 2025, les retards de paiement en France atteignent 14,1 jours en moyenne, au-dessus d’une Europe elle-même en dégradation (14 jours), selon la nouvelle étude d’Altares. Moins d’un payeur sur deux règle ses factures à l’échéance (45,2%). « On est encore loin d’une culture de la ponctualité ! », regrette Thierry Millon, directeur des études d’Altares, dans un communiqué. « En 1 an, les retards moyens de paiement s’allongent d’une journée, soit la plus forte dégradation en Europe. »
Voyages, transports de voyageurs, CHR : la tension monte
L’étude place clairement les filières du voyage et du transport de personnes sous pression. Dans les services aux entreprises, les activités « voyages » dépassent 20 jours de retard de paiement en moyenne au deuxième trimestre. Côté mobilité, le transport de voyageurs se dégrade vers 20 jours, avec des pointes au-delà de 30 jours pour les taxis. Dans l’hôtellerie-restauration, les trajectoires divergent : l’hébergement reste mieux orienté (13,5 jours), quand la restauration repasse au-dessus de 20 jours et les débits de boisson au-delà de 15 jours.
Ces niveaux contrastent avec d’autres segments qui amortissent davantage le choc. La construction, par exemple, demeure globalement vertueuse, avec un bâtiment à 8,3 jours et des travaux publics retombés à 12,3 jours. Un écart sectoriel qui illustre une fragilité dans l’écosystème touristique, où les délais s’accumulent en chaîne pour les prestataires, distributeurs et sous-traitants.
Le retard moyen atteint près de 15 jours dans le secteur public, contre 13,3 jours dans le privé. Les services déconcentrés de l’État figurent parmi les plus en retard (25,4 jours), et les hôpitaux dépassent 21 jours. À l’autre bout, les collectivités locales se montrent plus rigoureuses (13,6 jours). Du côté des entreprises, l’effet taille demeure décisif : les grandes organisations de plus de 1 000 salariés approchent 21 jours en moyenne, un dérapage surtout imputable au public, quand le privé contient ce seuil autour de 16 jours.
Allongement des délais à travers l’Europe
Le continent n’échappe pas à l’allongement des délais, avec une remontée des « grands retards » (plus de 30 jours) à 9,3 % au T2, un plus-haut depuis quatre ans. Les Pays-Bas restent un modèle (3 jours), l’Allemagne demeure sous 7 jours. À l’inverse, le Portugal ferme la marche (24,5 jours), quand l’Italie (17 jours) et l’Espagne (14,9 jours) se situent au-dessus de la moyenne et proches de la France.
Facturation électronique et sanctions
Altares voit dans la facturation électronique un possible point d’inflexion, voire, selon Thierre Millon, « l’espoir de règlements plus rapides ». « La réduction des retards de paiement est un levier fondamental, stratégique pour la compétitivité, la confiance et la résilience des organisations. » L’analyste rappelle néanmoins les causes récurrentes des décalages – litiges, erreurs de facturation, process internes rigides – et appelle à une mobilisation de toute la chaîne, de l’achat au juridique.
Sur le volet dissuasion, le relèvement du plafond des amendes revient dans le débat. « La généralisation de la facturation électronique pourrait améliorer la situation… pour les bons payeurs. Et pour les autres, les voix s’élèvent pour demander un relèvement du plafond des sanctions (…) proposant d’aller jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires, à l’image du Groceries Code Adjudicator (GCA) britannique », avance-t-il, dans un communiqué. Et de prévenir : « Il faudra toutefois être patients. »
