Hôtels : le phénomène « No kids » fait fi des polémiques
Avec l’extension de son concept « For 2 » au Shandrani Beachcomber, le groupe mauricien illustre la montée en puissance d’une offre qui séduit une clientèle en quête de tranquillité et de séjours personnalisés.
Le 15 octobre, le Shandrani Beachcomber, 69 chambres, rouvre ses portes après quatre mois de rénovation. Avec son offre « For 2 », l’établissement proposera 69 chambres exclusivement réservées aux adultes, avec restaurant dédié et bar de plage. Ce nouveau volet complète les expériences déjà déployées au Victoria Beachcomber et au Dinarobin Beachcomber, où les zones Adults only enregistrent des taux de remplissage élevés.
Des demandes « Adult Only » qui ont triplé
« La part des touristes en recherche d’un séjour Adults only croît dans toutes les destinations à travers le monde, au point que le nombre de réservations dans ce type d’hébergement a triplé ces dernières années », fait savoir Beachcomber.
La tendance No kids (sans enfants) s’inscrit dans une dynamique plus large de segmentation des offres hôtelières. Après le développement des formules all inclusive, des complexes thématiques ou des concepts hybrides associant hébergement et loisirs, le Adults Only répond à un besoin spécifique, avec un panier moyen souvent plus élevé.
Un phénomène pas si nouveau
En Espagne, certaines chaînes (Riu, Iberostar…) se sont spécialisées sur ce créneau depuis une dizaine d’années, notamment aux Baléares et aux Canaries. Le Mexique, la Thaïlande ou encore la Grèce comptent aussi de nombreux complexes hôteliers dédiés. En Corée du Sud, le mouvement est allé plus loin, avec la multiplication d’espaces No kids dans la restauration, les cafés et même certains lieux publics, au point de susciter un débat national.
En France, les hébergements Adult only restent marginaux, environ 3% de l’offre, évoquaient au printemps dernier les Entreprises du Voyage. Toutefois, certains gîtes, campings ou hôtels haut de gamme mettent en avant cette offre directement dans leur nom ou leur description. C’est par exemple le cas de gîtes Adult only en Nouvelle-Aquitaine ou des suites de luxe avec spa privatif dans les Vosges.
De même, sur les grandes plateformes comme Booking ou Expedia, un filtre « réservé aux adultes » permet d’identifier près de 3 000 établissements en France qui affichent cette politique, même si tous ne sont pas strictement « sans enfants ».
Une tendance qui divise
La question divise. Selon un sondage Odoxa réalisé au printemps dernier, plus d’un Français sur deux se dit favorable à l’existence d’espaces sans enfants. Cependant la haute-commissaire à l’enfance Sarah El Haïry a qualifié cette tendance de « violence faite aux enfants ». Le gouvernement a lancé en juin un label « Le choix des familles » pour valoriser les établissements qui favorisent l’accueil des plus jeunes.
A compter du 5 juillet, une plateforme devait également permettre aux familles de recommander un musée, hôtel, ou restaurant familial. Malgré nos recherches, celle-ci ne semble pas avoir encore été déployée à ce jour.
« Accueillir les familles, ce n’est pas du marketing mais un choix de société. Invisibiliser nos enfants est plus que jamais une violence qui leur est infligée », déclare Sarah El Haïry. La ministre du Tourisme Nathalie Delattre relativise la portée du mouvement « No kids ». Selon elle, l’offre concernerait « dix lieux touristiques sur plus de 20 000 », soit 0,05%. Une estimation impossible à vérifier.
Un outil de différenciation
Si cette tendance demeure encore marginale en France, elle continue de gagner du terrain à l’étranger. Notamment dans les resorts de luxe. Pour les hôteliers, le Adults Only constitue moins une rupture qu’un outil de différenciation. Il ne remplace pas les séjours familiaux, mais complète l’éventail des offres en s’adaptant à des profils variés.
À l’heure où l’expérience client et la spécialisation deviennent des leviers de compétitivité, ce positionnement permet aux groupes hôteliers de capter de nouveaux segments de marché et d’anticiper l’évolution des attentes.
