Facturation électronique : comment s’y préparer ?
La facturation électronique devient obligatoire dès le mois de septembre 2026 : les Entreprises du Voyage expliquent comment commencer à s’y préparer.
La réforme qui entre en vigueur à partir du 1er septembre 2026 impose la facture électronique à toutes les entreprises françaises. À cette date, celles-ci devront au moins savoir recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et entreprises de taille intermédiaire devront aussi en émettre, puis ce sera le tour des petites et micro‑entreprises au 1er septembre 2027.
Les factures ne transiteront plus par courriel au format PDF, mais via une plateforme agréée par l’État, la plateforme de dématérialisation partenaire – PDP. Pour les acteurs du voyage (agences de voyages, tour‑opérateurs), il s’agit d’un chantier transversal – à la fois métier et informatique – porteur de gains si la préparation est engagée sans tarder. « Le 1er septembre 2026, c’est après-demain. (…) Ce n’est pas une réforme qu’il faut repousser, il faut s’en occuper dès maintenant », prévient Catherine Pigeon, expert-comptable, qui intervenait ce mardi dans un webinaire organisé par les Entreprises du Voyage à cette occasion.
Fluidification de la chaîne administrative
La facture électronique fluidifie la chaîne administrative : moins de « factures égarées », moins de ressaisies, accès électronique direct de l’expert‑comptable aux écritures, et des demandes de justificatifs moins fréquentes, l’administration disposant déjà d’une partie des informations.
Un enjeu demeure clé : au-delà de fluidifier l’administratif, la facture électronique permettra une plus grande transparence. « L’administration aura un outil hyper puissant pour exercer des contrôles », résume Madame Pigeon. La facture électronique fait transiter des données structurées sur chaque opération. A cela s’ajoute l’obligation de transmettre les statuts de vie des factures, notamment le fait qu’elles soient réglées ou non. L’administration disposera ainsi d’une visibilité beaucoup plus fine et rapide sur l’activité des entreprises – ce qui rompt avec la logique du « pas vu, pas pris ». Les données circulent en temps réel et au bon format. Les contrôles deviennent ainsi plus simples à automatiser : concordance entre factures émises et reçues, cohérence des SIREN, des montants, des dates, suivi des paiements… « Cela va modifier profondément les rapports », résume Catherine Pigeon.
Facturation électronique : comment la mettre en place ?
Avant de choisir une plateforme, il s’agit de cartographier les besoins et les cas concrets du métier : selon les produits et segments, les situations alternent entre intermédiation (la prestation est facturée par le transporteur, l’hôtelier, le loueur) et achat‑revente (l’agence facture, souvent au régime de la TVA sur marge en loisir). Il convient aussi de distinguer ce qui relève de la facture électronique, et de la transmission électronique des données pour les ventes aux particuliers et les flux internationaux. Les partenaires à intégrer doivent être identifiés (compagnies ferroviaires, hôteliers, loueurs), tout comme les systèmes concernés (outils d’agence, comptabilité, gestion électronique des documents, notes de frais) et l’emplacement des référentiels (clients/fournisseurs, coordonnées de paiement). « C’est la société qui choisit sa PDP », précise Sandrine Reymond, directrice finance chez Havas Voyages, en charge du projet « facturation électronique » pour l’agence de voyages.
Le volet « données » est à engager immédiatement. Il convient alors de nettoyer les référentiels : numéros SIREN/SIRET du client à faire figurer sur la facture, adresses de livraison lorsque nécessaire, coordonnées bancaires, suppression des doublons et des comptes « fourre‑tout ». L’identifiant d’acheminement convenu avec les clients (permettant d’adresser la facture à la bonne plateforme) doit être préparé.
Le circuit de facturation mérite d’être passé au crible avant toute automatisation : qui crée et valide les tiers, à quel moment la qualification « professionnel ou particulier » est posée (dès la réservation), qui émet la facture et selon quelles règles (intermédiation versus achat‑revente), comment sont traités acomptes, annulations et avoirs, comment les pièces sont structurées et comment les statuts de paiement remontent. L’organisation du traitement des rejets doit être prévue, avec des responsabilités claires et des délais. « Même si la matière est fiscale, c’est un projet d’entreprise », précise Sandrine Reymond. « Ça veut dire que l’impact va concerner toute la chaîne (…) Tout le monde doit être impliqué. » Et de préciser : « Si une partie est sous-traitée chez un expert-comptable, il faut travailler main dans la main avec lui. »
Un projet d’entreprise
Dans tous les cas, Sandrine Reymond recommande de nommer « au moins une personne en charge », car « c’est un sujet qui va prendre du temps. » Pour démarrer de manière pragmatique, il est recommandé de nommer un sponsor au niveau de la direction et un chef de projet, de dresser rapidement la cartographie des entités et de leurs échéances (2026/2027), des flux France/hors France, puis de lancer le nettoyage des référentiels. Le choix d’une plateforme de dématérialisation partenaire connaissant les spécificités du voyage peut ensuite être cadré, avec les connexions nécessaires aux outils existants. « C’est important de choisir une PDP qui connaît un peu l’industrie du tourisme », recommande Catherine Pigeon. Une expérimentation de bout en bout sur un périmètre réduit – quelques clients et plusieurs fournisseurs majeurs – permet de valider la chaîne réservation → facture → paiement → retour de statuts → réconciliation comptable, d’observer les rejets, de corriger les données et de stabiliser les processus.
Bien préparée, la réforme réduit les litiges de type « facture non reçue », accélère les règlements et allège la charge administrative. L’enjeu réside dans l’alignement des équipes, des données et des systèmes, et dans une mise en œuvre progressive, testée et documentée.
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