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Paris cherche ses nouveaux touristes

« Après deux années difficiles, Paris met les bouchées doubles pour diversifier sa clientèle et séduire les touristes des pays dits « émergents », en particulier d’Inde et de Chine. Une politique ambitieuse, qui nécessite d’adapter l’offre. »

Elle est japonaise, vingt ans peut-être. Le nez dans un plan de Paris, elle cherche la rue Oberkampf. Voyager seule ne l’effraie pas puisqu’elle parle anglais : mal mais suffisamment pour se débrouiller. Il est new-yorkais, la petite trentaine. C’est sa quatrième visite à Paris. Pour la première fois, il a opté pour un échange d’appartements ; il fait son marché comme un vrai Parisien, trouve la formule géniale, plus conviviale et économique que l’hôtel. Ceux-là ne sont pas des archétypes, mais pas non plus des exceptions. Seulement des touristes plus matures.

Chine, Inde, Brésil et Russie, les géants de demain

Les professionnels du tourisme n’apprécient pas forcément cette évolution, mais ils ont le bon goût de la trouver naturelle, soulignant que ceux-ci, au moins, sont venus ! Car depuis le 11 septembre 2001, la baisse de fréquentation des Américains et des Japonais fait grincer les dents des professionnels franciliens : il est vrai que ces marchés sont parmi les plus rentables du secteur.

En 2002, 43 % des Américains et des Japonais en visite à Paris sont descendus dans un hôtel 4b ou 4b luxe. Nous avons perdu 700 000 visiteurs américains en deux ans, résume Paul Roll, directeur général de l’office de tourisme et des congrès de Paris. De- puis quelques semaines, ils reviennent (surtout les Japonais). Mais certains clichés attachés à ces marchés vaches à lait n’ont pas survécu à la crise. Ainsi, les Américains seraient devenus plus attentifs aux prix, conséquence d’un taux de change défavorable : les agences spécialistes des locations d’appartements de luxe et les grands hôtels en font les frais. De leur côté, les Japonais apprécient de plus en plus de découvrir la capitale seuls : les excursionnistes s’en plaignent.

TID Thema est une agence réceptive spécialisée dans les forfaits haut de gamme pour Américains et Japonais. L’an dernier, elle a décidé de créer un département Inde, dont la direction a été confiée à une jeune femme d’origine indienne. Cette démarche illustre parfaitement la tendance du moment. La Chine et l’Inde, mais aussi la Russie ou le Brésil, seront les géants de demain, et il convient dès à présent de se positionner sur ces marchés. Et pour cause : l’Inde et la Chine comptent chacun plus d’un milliard d’habitants et l’emballement de l’économie dans ces deux pays va permettre à une partie de la population d’envisager de voyager. En 2003, 650 000 Chinois ont visité l’Europe. L’Organisation mondiale du tourisme estime à 100 millions le nombre de voyageurs chinois potentiels en 2020 !

Tous les pays multiplient les initiatives pour séduire ces clientèles alternatives et la concurrence fait rage entre les capitales d’Europe, qui postulent toutes au titre de meilleure porte d’entrée.

L’Ile-de-France et l’OT de Paris se partagent le monde

L’enjeu est de taille : le choix de l’agence réceptive s’effectue souvent dans le pays d’arrivée, qui est aussi celui où les clients séjourneront le plus longtemps dans le cadre d’un tour d’Europe. Les agences britanniques trustent le marché indien, les allemandes ont les faveurs des Chinois, les françaises sont à la traîne. Seuls les groupes mondiaux, à l’image de Kuoni, tirent leur épingle du jeu. Ses filiales asiatiques rabattent les clients vers le siège à Zurich, qui les dispatche en-suite vers les succursales européennes.

Depuis peu, Paris s’est donc lancé à corps perdu dans la bataille des marchés émergents. En théorie, l’office de tourisme de la capitale et la région Ile-de-France se partagent le monde : les marchés traditionnels pour le comité régional du tourisme, les émergents pour Paris. La réalité est plus nuancée, la ville déployant encore des moyens importants pour soutenir quelques marchés traditionnels ou reconquérir les Etats-Unis. Mais les marchés émergents bénéficient des plus gros budgets. Il faut préparer l’avenir, explique Paul Roll. Après le Japon il y a cinq ans, et la Chine il y a quatre ans, des comités Russie, Corée et Inde ont été créés voici deux ans. Ils fédèrent des professionnels (hôteliers, réceptifs, grands magasins, cabarets) qui, seuls ou en partenariat avec Maison de la France, partent à la ren- contre des professionnels et des leaders d’opinion.

Un potentiel réel, mais des conditions d’entrée strictes

Ce printemps, à Paris, on ne parle d’ailleurs plus que des Chinois ! Ils ont même réussi à éclipser l’élargissement de l’Europe à vingt-cinq. Il est vrai que les dix nouveaux membres de l’UE ne représentent que 17 millions d’habitants. Mais rien n’est simple.

Les bateaux-mouches sur la Seine pro-posent certes des audio-guides en mandarin depuis plusieurs années, mais les tracasseries administratives n’ont jamais permis un vrai décollage. Venir en Europe pour un Chinois tient encore du parcours du combattant : les conditions de délivrance des visas sont strictes, l’Europe craignant une arrivée massive d’immigrés clandestins. D’après les opérateurs indiens, il n’est pas non plus très facile d’obtenir un visa français en Inde, mais cela serait dû là à un manque de personnel.

Manger français oui, mais pas à tous les repas !

Les choses devraient toutefois changer. Depuis le 1er mai, un accord de destination autorisée permet en effet aux touristes chinois de se déplacer librement dans l’espace Schengen s’ils sont munis d’un visa d’un des pays membre. De quoi raviver les espoirs.

L’intérêt suscité par le marché chinois tient à son potentiel énorme mais aussi à son aspect précurseur. A l’exception des Japonais, nous accueillons pour l’heure des touristes de culture proche ; ils ont des horaires, des goûts peu différents des nôtres, analyse Paul Roll. Dans quelques années, deux ou trois des cinq premières nationalités des touristes à Paris viendront de régions du monde où les systèmes d’écritures, les religions et la culture sont différents. Nous devons préparer la ville.

Un appel d’offres a ainsi été lancé et de nouvelles agences sont habilitées à recevoir les touristes chinois. Mais là encore, les tracasseries sont nombreuses. Un article du protocole signé entre l’Europe et la Chine laisse à ce titre rêveur. Nous devons par exemple nous engager à ce que tous nos clients rentrent en Chine à l’issue du voyage. Que faire ? Attribuer un garde du corps à chaque touriste ?, s’interroge Gilbert Molinari, patron de la branche réceptive de Kuoni en France. Les conditions sont très strictes, c’est vrai, mais le potentiel est réel, estime pour sa part Patricia Tartour, PDG du groupe Maison de la Chine, qui vient de lancer un département réceptif dédié. De son côté, la communauté chinoise s’organise : les hommes d’affaires de Chinagora créent une nouvelle agence pour répondre à la demande pressante des partenaires de l’hôtel éponyme et, dans quelques jours, les bateaux-mouches feront escale au pied de l’hôtel.

Le groupe Accor ne veut pas non plus rater ce rendez-vous : 25 hôtels d’Ile-de-France proposent des petits déjeuners chinois, une chaîne de TV câblée chinoise et des services de ré-ceptionnistes qui parlent mandarin. D’autres sous-traitent des petits déjeuners au nouveau service catering du consortium Tang. Car si les Chinois veulent découvrir Paris, ils souhaitent pouvoir manger comme chez eux. Ils apprécient la gastronomie française mais pas à tous les repas, explique une agence spécialisée. Par chance, Paris ne manque pas de restaurants asiatiques !

Les hôtels de luxe hésitent à franchir le pas en raison de la faible proportion de clients chinois. En revanche, le groupe Intercontinental vient de mettre en place des petits déjeuners japonais qui remportent un franc succès et depuis peu, les menus du Café de la Paix (à l’Opéra) sont traduits. Mais les Japonais représentent 15 % des clients, contre 1 % pour les Chinois !

Les agences et les hôtels qui veulent séduire le marché indien vont aussi devoir s’adapter et proposer de la nourriture végétarienne et épicée. Certains se contentent de fournir une liste des restaurants indiens. En revanche, Kuoni emporte une cuisine dans ses circuits. Une caravane est accrochée à l’autocar ; ce n’est pas idéal mais nous n’avons pas trouvé d’autre solution, explique Gilbert Molinari. Une évolution nécessaire mais pas suffisante. Adapter la nourriture, c’est bien, améliorer le service serait encore mieux, poursuit un réceptif.

Organiser l’accueil… et le service

Déjà, les Américains et les Japonais trouvaient notre conception du service bien légère ; le problème pourrait être pire avec les Indiens. Car ceux qui viennent en France sont issus d’une classe aisée qui a l’habitude d’être servie. Mais pour le moment, ils ont rarement les moyens de séjourner dans des palaces au service impeccable.Du coup, ils exigent une qualité maximale, même pour un 3b ! Il faudrait aussi adapter la capacité des chambres (les Indiens voyagent en famille), traduire les menus, améliorer notre pratique de l’anglais… Des groupes de veille ont été créés, réunissant institutionnels et professionnels, mais le chantier est vaste !

Quand l’accueil sera organisé, il restera à convaincre les Parisiens d’être aimables avec ces touristes en saris ou en costumes mal coupés… Ce n’est qu’à ce prix que Paris pourra faire le poids face à Londres ou Berlin. Le tourisme est devenu la première activité économique de Paris et le premier gisement d’emplois, souligne Paul Roll. Un argument de poids !

Dans l’avenir, les

principaux touristes viendront de pays où les systèmes d’écriture, les religions et la culture sont très différents.

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