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Le nombre de défaillances d’entreprises augmente… même dans le voyage

La France déplore près de 10 000 défaillances d’entreprises au 1er trimestre 2022. Dans le secteur du voyage, les entreprises expérimentées représentent plus de la moitié des faillites.

Le nombre de procédures augmente ainsi de 34,6% au cours des trois premiers mois en glissement annuel, d’après le dernier bilan d’Altares. Ce n’est pas une « déferlante, mais plutôt un dur retour à la réalité », ajoute le cabinet d’études. La fin progressive du « Quoi qu’il en coûte » et la durée de la crise conduisent les plus fragiles à mettre la clé sous la porte. Sans surprise, les jeunes entreprises et les petites PME apparaissent les plus fragilisées, tous secteurs confondus. Les activités B2C (commerce, restauration…) s’avèrent particulièrement touchées. 

Voyages : des entreprises matures tombent

Qu’en est-il dans le secteur du voyage ? Le nombre de défaillances d’agences de voyages a augmenté de 25% au premier trimestre 2022 d’après Altares, versus le premier trimestre 2021.

« Dans la famille du voyage, nous constatons 15 défaillances d’agences de voyages au premier trimestre, précise Thierry Millon, directeur des études au sein d’Altares. Seulement deux sont placées en redressement, les autres sont en liquidation. » En termes de situation géographique, quatre agences défaillantes sont installées dans la région PACA, quatre en Ile-de-France.

Thierry Millon observe surtout une tendance propre au secteur, et plutôt inquiétante : « Plus de la moitié des agences qui sont tombées ont plus de 20 ans – contre seulement 5 de moins de 5 ans. C’est assez impressionnant puisque ces sociétés matures ont pourtant traversé de nombreuses crises, et sont en théorie plus résilientes. » Pour lui, cette létalité parmi les plus expérimentés questionne. « Des entreprises du secteur semblent avoir du mal à s’adapter à la digitalisation, et font face à l’infidélité croissante des voyageurs. »

L’APST confirme la tendance

Pour compléter cette photographie, nous avons interrogé Emmanuel Toromanof, secrétaire général de l’APST. « Je confirme une hausse des défaillances, laquelle n’impacte pas le fonds de garantie de manière significative… pour l’instant », répond-il. Emmanuel Toromanof ne donnera pas de chiffres avant d’en avoir informé les élus, lors du prochain conseil d’administration de la caisse de garantie. Ni de précisions sur le profil des sociétés qui ont fait faillite. « Le plus important sinistre, en volume de réclamations, c’est Vivarel« , poursuit le secrétaire général. L’agence de voyages de Lucien Salemi avait été créée en 1981.

« Dans l’ensemble, le premier semestre se passera correctement grâce aux aides de l’Etat. Le deuxième semestre sera plus difficile, avec la reprise d’activité (entraînant des coûts, NDLR) et les PGE à rembourser. Qui plus est, la défaillance de l’un peut entraîner la défaillance de l’autre. »

A la fin du mois de mars 2022, la France comptait 6709 opérateurs de voyages et de séjours immatriculés auprès d’Atout France, a précisé en tant qu’ancien manager de transition de l’APST, lors du récent Forum du Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto). Ce qui représente « une baisse assez sensible sur un an », a-t-il ajouté.

Pas de réassurance de l’Etat… pour l’instant

L’APST en assure environ 51%, Groupama 31%, Atradius 11%, l’Unat 4%, précise Cédric Dugardin, qui est aussi revenu sur la faillite de Thomas Cook. La chute du voyagiste en 2019 représente un sinistre de 42 millions d’euros alors que les réserves atteignaient alors 30 millions d’euros. « Du jour au lendemain, l’APST est passée d’une association florissante et largement dotée » à une structure « ruinée ». « Thomas Cook est tombé, et le super contrat de réassurance avec Axa a été dénoncé le lendemain… Je pense que l’APST est toujours en procès avec Axa… ce qui ne rapportera pas 42 millions d’euros. »

Fort heureusement, malgré l’onde de choc de la pandémie, l’industrie du tourisme n’a pas déploré de faillite majeure.

Depuis, l’APST, qui n’a pas reçu un euro de l’Etat, se débat pour assurer sa survie et celle d’une garantie illimitée malgré des ressources limitées. « Nous avons proposé une taxe sur les voyages (sur le modèle des Pays-Bas, NDLR), il nous a été répondu qu’on ne faisait pas de taxe en période électorale », a révélé Cédric Dugardin.

Dans l’attente du Go de Bruxelles

L’an passé, une solution transitoire a été trouvée, le temps que le secteur remonte la pente et que des réassureurs privés comme Axa reprenne de la couverture. Il s’agit d’un système de réassurance publique assuré par la Caisse centrale de réassurance, prévu pour deux ans soit jusqu’au 31 décembre 2023 (avec un plafond de garantie de 1,5 milliard sur deux ans, soit 40 fois Thomas Cook). A cette fin, un amendement au projet de loi de finances a été déposé le 12 novembre 2021. Un décret; publié le 30 décembre 2021 pour une mise en place le 1er janvier 2022.

Mais ce système transitoire n’est pas entré en vigueur puisqu’il manque le feu vert de la Commission européenne. « Aujourd’hui 1er avril, il n’y pas de réassurance publique. Donc s’il y a une grosse faillite dans le secteur du tourisme, il n’y pas de couverture du garant. » Ce qui pourrait poser de « légers problèmes ». Or l’Etat français n’a pas reçu le Go de Bruxelles, qui a formulé deux remarques, croit savoir Emmanuel Toromanof. Pour Cédric Dugardin, il faudra désormais attendre la fin des législatives, soit fin juin…

Cette échéance tardive prévisionnelle « n’engage que Cédric Dugardin, qui s’est exprimé en son nom personnel, et non au titre de l’APST », nuance Emmanuel Toromanof. L’APST espère avoir une bonne surprise dans les prochaines semaines.

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