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Cédric Dugardin décrypte le plan de réassurance publique pour les agences

C’est presque passé inaperçu. Un communiqué émanant de Bercy, parmi lequel deux lignes à peine, mentionnaient une « solution de réassurance « publique. Cédric Dugardin, mandataire de l’APST, nous en donne tous les détails.

L’Echo touristique : Bercy vient d’annoncer un plan de réassurance pour les agences. Qu’en est-il ?

Cédric Dugardin : Je ne dirais pas que l’APST est à l’origine de ce système. Depuis des mois, tous les garants avaient réclamé cette réassurance publique ou semi-publique ou parapublique pour la garantie voyage. Mais je pense que c’est l’APST qui a forcé le destin. Nous avions proposé un fonds de réassurance semi-public qui serait financé par les cotisations des voyageurs. Mais, compte tenu de cette période électorale, la proposition n’avait pas été retenue par Bercy.

En revanche, Bercy a réfléchi et trouvé un système alternatif : la CCR (Caisse Centrale de Réassurance) va prendre en charge et assumer 75% du risque porté par les garants financiers en échange de 75% des cotisations. Avec un plafond qui est égal à 40 fois le montant des cotisations versées.

Dans le cas de l’APST, pour 10 millions de cotisations versées, la CCR garantit à hauteur de 400 millions de sinistres. Ce qui veut dire, soyons très clairs, que 400 millions équivalant à 75% du sinistre, nous sommes couverts à hauteur de 530 millions. Ce qui représente 12 fois le montant du sinistre de Thomas Cook.

Mais pour l’APST ?

Cédric Dugardin : Très simple. Comme la CCR n’a pas vocation à gérer des dossiers, elle va reverser 35% de ce qu’elle prélève afin d’assurer les frais de gestion. Ce qui signifie qu’à la fin, la CCR nous prélève à 48,5% de nos cotisations pour nous couvrir à 75%. Au premier euro, sinistre par sinistre, sans plafond.

Concrètement, que le sinistre s’élève à 10 000€ ou qu’il coûte 10M€, la CCR assume 75%.

C’est le principe général. Je pense que le principe va être voté cette semaine ou la semaine prochaine dans le cadre d’un amendement gouvernemental au PLF (Projet de Loi de Finances) à l’Assemblée nationale. Il va ensuite falloir mettre en place les modalités techniques. Mais le principe en tout cas est acté et j’imagine mal que l’Assemblée s’oppose à un tel amendement.

C’est la survie de l’APST ?

Cédric Dugardin : C’est la survie de tout le monde. On sait par exemple que l’UNAT est enthousiaste sur le système. En fait, le système s’adapte à toutes les tailles de garant. L’UNAT, par exemple, est 15 fois plus petit que l’APST, mais elle sera quand même couverte à 40 fois les cotisations versées. Ça s’adapte à tous les garants, quelle que soit leur taille.

Tout le monde sera d’accord ?

Cédric Dugardin : Je ne le sais pas, mais je pense que oui. Ce système va protéger indirectement toute l’industrie du tourisme.

Qu’est-ce qui pourrait bloquer ?

Cédric Dugardin : Rien je pense. Dans l’amendement qui va être proposé à l’Assemblée nationale, il est écrit que « l’engagement financier de l’Etat est limité à 1,5 milliard ». Ça devrait aller.

De plus et c’est important, il va y avoir un fonds de roulement de 150 M€, une ligne de crédit en quelque sorte.

Pour être plus clair, avant que les garants aient versé leurs cotisations, il y aura une ligne de crédit de 150 millions. C’est-à-dire que demain, si le marché s’effondre, la CCR dispose d’une ligne de crédit de 150 millions de la part de l’Etat pour payer les sinistres.

Comme quoi, nous ne nous sommes pas remués pour rien et cela va permettre d’assurer la pérennité de tous les garants. De permettre également à des compagnies d’assurance, tel Atradius qui avait décidé de ne plus garantir, de revenir sur le marché.

C’est allé très vite.

Finalement, tout ceci s’est passé très vite…

Cédric Dugardin : Oui, vraiment. Mais je dois dire que les autorités ont été impeccables. Ce qui prouve que, parfois, le gouvernement français, quand il veut bouger, est capable de le faire vite.

Qui est l’artisan de ce projet ?

Cédric Dugardin : Je pense que ça vient très largement des discussions que nous avons eu avec le CIRI, le cabinet de Griset et le cabinet de Lemoyne… C’est vraiment une initiative commune, avec des gens que je connais bien. Ce qui veut dire que je sers quand même un peu à quelque chose.

L’entrée en vigueur du système est prévue rapidement ?

Cédric Dugardin : Ça va être voté très prochainement. Je pense que janvier 2022 sera le début de ce système. Sachant toutefois qu’il faudra attendre un peu les décrets d’application, pour une mise en œuvre au premier trimestre 2022. Honnêtement, je pense que c’est une très bonne nouvelle, non seulement pour l’APST, mais également pour les professionnels, de trouver plus facilement des garanties et probablement un meilleur prix. Aujourd’hui, l’APST est sûrement la moins chère du marché, parce que nous sommes quasiment les seuls. Des adhérents, des petits, nous ont d’ailleurs dit que la différence de prix entre Groupama et nous était assez conséquente. Si ce système peut faire baisser les prix du marché, c’est une bonne chose.

Et pour l’APST, c’est tout bon ?

Cédric Dugardin : Effectivement. Aujourd’hui, nous n’avons plus de problème de trésorerie, nous avons vendu l’immeuble. Nous avons largement de quoi faire face à la fin de Thomas Cook et aux autres sinistres résiduels qui nous restent. Nous avons de quoi faire face à l’année 2022. Et avec ce système-là, même si cela doit ponctionner une partie de nos cotisations, ça nous donne une assurance-vie assez significative. L’horizon s’éclaircit pour l’univers des voyages.

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