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Laurent Abitbol : « Les agences Havas Voyages et Selectour doivent rouvrir le 11 janvier, comme avant le Covid »

Réouverture des agences, croissance externe, sites marchands, contrats 2022-25 : après une année 2020 éprouvante, Laurent Abitbol a des projets plein les cartons pour son groupe Marietton et le réseau Selectour.

L’Echo touristique : Quel a été le niveau de ventes sur la période des fêtes ?

Laurent Abitbol (président de Marietton Développement et du directoire de Selectour) : Comment en juillet-août, un rebond classique, de vacances scolaires. Je ne pense pas que ce soit un rebond permanent.

Dans ce contexte, les agences Havas Voyages (propriété de Marietton) et Selectour rouvrent-elles après la période des fêtes ?

Laurent Abitbol : J’ai demandé qu’à partir du 11 janvier toutes les agences du GIE soient ouvertes toute la journée, comment avant le Covid, du lundi au samedi. Les 450 agences que possède le groupe Marietton seront ouvertes du matin au soir, c’est sûr. Je le conseille fortement aux agences Selectour et aux franchisés Havas Voyages. Il faut la présence d’une personne au moins dans chaque point de vente. Il y aura donc moins de chômage partiel. Cela va engendrer un coût, mais j’en prends le risque. Les boutiques forment notre force de vente. Mon père affirmait qu’une agence est faite pour être ouverte, quoi qu’il arrive. Paul Bocuse disait, lui, que son restaurant devait rester ouvert 7 jours sur 7.

Le groupe Marietton paie un million d’euros de loyer par mois. J’ai besoin que les agences soient ouvertes, même si nous ne faisons pas beaucoup de chiffre d’affaires. Ce n’est pas grave. On répond au client. La présence vaut tout le marketing du monde. On doit reprendre, ré-attaquer, répondre aux voyageurs. Les agences de voyages physiques ont un énorme atout par rapport aux agences Internet : nous étions là, comme nous en remercient nos clients par mail, texto, et sur les réseaux sociaux. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas eu de problème avec les à-valoirs. Plus que jamais, je crois aux belles boutiques.

L’important, c’est de garder les compétences.

Malheureusement, des agences ont dû fermer avec la crise. Chez Selectour, combien d’adhérents avez-vous perdu ?

Laurent Abitbol : Nous avons perdu une quinzaine d’agences, qui allaient déjà mal avant la crise. Ce n’est pas plus qu’en 2019. Nous avons aussi eu de nouveaux adhérents.

Quels sont les résultats du groupe Marietton en 2020 ?

Laurent Abitbol : Le groupe a réalisé un volume d’affaires de 600 millions d’euros en 2020, contre 2 milliards d’euros en 2019. Le voyage d’affaires a toujours fonctionné, à hauteur de 30% à 50% de l’activité habituelle. Le tourisme marche avec les vacances scolaires. Il faut savoir que 2019 avait constitué la plus belle année du groupe Marietton, soit sur 52 ans. Nous avions enregistré un Ebitda record en 2019. En 2020, nous devrions perdre 16 ou 17 millions d’euros d’Ebitda. C’est la première fois que nous perdons de l’argent. Même dans les crises les plus folles – Guerre du Golfe, 11-Septembre, Printemps arabe, nuage de cendres…-, nous en avions gagné.

Ces pertes vous conduiront-elles à restructurer ? 

Laurent Abitbol : Non. Tant que nous avons la prise en charge du chômage partiel, l’Etat nous donne du temps. Il y a des gens qui peuvent avoir envie de partir, volontairement. Mais nous ne voulons pas rentrer dans des processus compliqués. L’important, c’est de garder les compétences, en prévision de la reprise. D’ailleurs, afin de se préparer, nous avons poursuivi notre programme de travaux. Nous n’avons pas arrêté de rénover le parc Havas Voyages, nous avions contracté un prêt pour cela. D’ici le mois de juin, les agences seront neuves, avec des standards communs. Les agences Selectour ont aussi profité de la crise pour rénover. Nos boutiques marcheront, j’en suis persuadé. Les belles vitrines feront entrer les clients. Les jeunes aussi, d’autant que beaucoup d’entre eux se sont faits avoir par des sites.

Vous êtes propriétaire de 450 agences. En 2021, le réseau sera-t-il en croissance, stable ou en décroissance ?

Laurent Abitbol : Nous allons bientôt racheter quelques agences. Ce qui nous permettra d’être présent dans de nouveaux endroits.

Puisque nous parlons de rachat… Dans le tour-operating, vous possédez Voyamar, Héliades et une participation dans Solea. Etes-vous en train de saisir des opportunités sur le marché ?

Laurent Abitbol : Oui, des choses arriveront en début d’année.

Dans le tour-operating ?

Laurent Abitbol : Joker !

Au premier trimestre ?

Laurent Abitbol : Oui. C’était prévu avant le Covid, et les actionnaires l’ont voté. Il y aura donc de la croissance externe.

Nous avons arrêté les discussions avec TUI depuis le Covid.

Que deviennent vos discussions avec TUI Group, à propos de la filiale française ?

Laurent Abitbol : Nous avons arrêté les discussions depuis le Covid. Nous ne les avons pas reprises. Aujourd’hui, mon unique sujet, c’est de remettre Selectour, Marietton et Havas sur les rails.

NG Travel a acquis Jet tours auprès d’Herbé Vighier. Votre réaction, vous qui envisagiez de racheter la marque ?

Laurent Abitbol : Nous devions racheter la marque, nous l’avons perdue pour 40 000 euros. Félicitations à Olivier (Kervella, PDG de NG Travel, NDLR), qui est un ami. Je ne savais pas qu’Hervé voulait revendre Jet tours. Franchement, aujourd’hui, cela me gêne moins. Hormis une marque ou deux, les Français achètent un voyage, et non une marque de voyage. J’en suis convaincu.

Les négociations avec les fournisseurs en vue des contrats tri-annuels 2022-2025 vont bientôt démarrer. Quand et dans quel esprit ?

Laurent Abitbol : Nous commencerons les négociations à partir du mois de février. 7 à 8 partenaires ont déjà accepté de tacites reconductions, c’est très bien. Globalement, je ne prévois aucun changement de style. Nous repartons sur les mêmes bases. 2018 et 2019 avaient bien marché, nous sommes très contents des résultats. Nous ne pouvons pas en dire autant de 2020 bien sûr, ce qui n’est la faute de personne.

Patrice Caradec, président d’Alpitour/Bravo Club, aimerait que le délai de paiement soit réduit de 10 à 15 jours. Votre avis ?

Laurent Abitbol : Patrice est un ami. Mais je ne crois pas – et même je suis sûr – que le délai de paiement soit changé. Franchement, un tour-opérateur qui n’a pas la trésorerie pour faire une avance de 30 à 45 jours, cela pose problème. Il y a un problème de risques pour nous aussi. L’essentiel du cadre (de nos contrats) restera inchangé.

Les accords avec les fournisseurs seront-ils pour Selectour seul ou pour le GIE Selectour/Havas Voyages ?

Laurent Abitbol : Les accords seront GIE. Nous trouverons toujours des solutions avec nos partenaires, même s’il y a toujours un peu de show-business autour. Ce ne sont pas nos accords et le paiement avant le départ qui ont fait tomber des TO.

Quelles autres actualités concernent les agences des deux grands réseaux que vous coiffez ?

Laurent Abitbol : Deux sites marchands, un site Havas Voyages et un Selectour. Ces sites marchands super-armés seront lancés à partir de février. Les TO seront dedans, les commandes basculeront vers l’agence la plus proche. Ce sera du web-to-store. L’investissement est important, notamment en mots-clés. Ces sites sont prêts, nous devions les lancer en mars 2020.

Les sites sont lancés en même temps. Sur le même modèle ?

Laurent Abitbol : Non, ils seront différents. Selectour sera plus grand public. Havas Voyages aura une partie grand public, une partie spécialisation. Près de 600 travel planners ont d’ailleurs suivi des formations pour mieux vendre et se spécialiser.

L’accès aux produits se fera via Orchestra ?

Laurent Abitbol : Oui. Je crois beaucoup aux boutiques. Mais mon grand remord, c’est de ne pas être rentré (plus tôt) sur le Net. Pour le groupe Marietton – qui a toutefois réussi avec très peu de web -, mieux vaut tard que jamais. J’ai accepté un investissement important pour les deux réseaux afin de développer des sites vendeurs.

Quelle sera la production 2021 des différents voyagistes du groupe ?

Laurent Abitbol : Le TO Voyamar aura 11 clubs Naya dont un nouveau et superbe au Portugal, un en Sicile, un nouveau en Tunisie (soit 3 au total incluant 2 à Hammamet et un à Djerba), un en Croatie (Dubrovnik). Le flex marche très bien chez Voyamar. Nous allons de plus développer les Antilles, en club ou pas. Nous aurons des circuits Voyamar à compter de mars au plus tôt. Près de 70% des circuits ont été reportés, ce qui représente un carnet de commandes significatif. Les Etats-Unis vont reprendre. L’Europe marche à fond. L’Asie, j’ai un doute. Nous attendons avec impatience la réouverture de la Russie. Mais nous sommes prêts. Une brochure papier globale va sortir. Concernant Héliades, un plan de vol exceptionnel est prévu sur la Grèce, avec des Airbus A320 Neo neufs, en partenariat avec d’autres TO, au départ de six villes françaises. Nous rejoindrons Héraklion, Athènes, Rhodes… La Grèce sera le point d’entrée d’Héliades, en complément du Cap Vert qui va bientôt rouvrir, de la République Dominicaine et des îles européennes. Solea, lui, a bien marché sur les Maldives cet hiver. Le TO redéploiera toutes ses forces sur l’île Maurice, dès que possible.

Quel est votre principal vœu 2021 pour la profession ?

Laurent Abitbol : J’espère que les affaires vont reprendre. Que nous -mes collègues et moi, nous pourrons tous tenir le coup, financièrement. TO, agences, compagnies aériennes :  je ne souhaite du mal à personne. Quand une entreprise tombe parce qu’elle est mal gérée, cela ne me gêne pas. Mais cela me ferait de la peine que quelqu’un chute à cause du Covid.

Les Entreprises du Voyage, le Seto, les têtes de réseau ont gagné une belle unité avec le Covid. C’est une force qu’il faut garder après.

Selon vous, le vaccin va-t-il permettre aux Français de voyager à nouveau ?

Laurent Abitbol : Le prochain visa sera le vaccin. Les destinations vont l’imposer, j’en suis sûr.

Qu’a-t-on appris de cette crise ?

Laurent Abitbol : Nous sommes robustes quand même. Nous avons appris que tout peut basculer du jour au lendemain, du bien vers le mal. Nous pouvons énormément remercier le gouvernement. Jean-Baptiste Lemoyne (secrétaire d’Etat au Tourisme, NDLR) a été très bon, très proche de nous. Je remercie aussi toutes les instances : pour la première fois, les Entreprises du Voyage, le Seto, les têtes de réseau ont gagné une belle unité avec le Covid. C’est une force qu’il faut garder après. Avant, nous avions peur, plus maintenant. Nous pouvons engager d’autres batailles très importantes après la crise, comme Iata.

Revenons à Selectour. Dans un contexte toujours perturbé, pourquoi organisez-vous un congrès, en mars, en Tunisie ?

Laurent Abitbol : La première raison, c’est (la volonté de) se revoir. Le congrès sera moins festif que d’habitude, plus métier. Nous prévoyons davantage de conférences, des points sur les aides, le social, les contrats avec les partenaires. Nous voulons aider les adhérents à rebondir face à la crise. Nous serons installés dans un hôtel 5* (privatisé), qui donne sur la mer, où nous pourrons facilement respecter la distanciation sociale. Nous avons choisi la Tunisie, pour trois raisons : c’est un pays ami, avec de bons départs depuis la province, et la participation ne coûte pas cher aux adhérents. Clairement, en nous réunissant, nous pouvons créer une dynamique incroyable pour 2021.

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