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J.-L. Boch (ANMSM) : « La moitié de l’écosystème montagne pourrait disparaître »

Le président de l’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM) tire la sonnette d’alarme après un hiver catastrophique en raison de la fermeture des remontées mécaniques.

L’Echo touristique : La montagne paie un lourd tribut à la crise. Quelles en sont les conséquences pour les acteurs du tourisme concernés ?

Jean-Luc Boch : Elles sont catastrophiques. Même si certaines stations de moyenne montagne enregistrent des taux de fréquentation satisfaisant, le chiffre d’affaires généré pendant la période ne dépasse pas 20%, par rapport à une année normale. Avec ces résultats, il est impossible de gagner de l’argent. C’est donc le modèle économique hivernal de la montagne qui est remis en question, à la fin de cet hiver 2020/2021. Or, l’écosystème de la montagne est basé sur cette rentrée d’argent frais en hiver, l’été ne représentant que 10 à 20% du chiffre d’affaires annuel. C’est donc 30% à 50% de l’écosystème montagne qui est menacé de disparition après cet hiver.

Quels sont les profils des entreprises les plus menacées ?

Jean-Luc Boch : 90% des professionnels de la montagne sont au bord du gouffre. Les indemnisations ne sont malheureusement pas à la hauteur, et il manque beaucoup d’argent pour sauver tout le monde. Un mois d’activité en station équivaut à un trimestre en vallée ou en centre urbain. Nous avons du mal à faire comprendre cette temporalité spécifique à la montagne à Bercy. L’écosystème montagne est particulier et peut s’écrouler en quelques mois, ce qui coûterait de l’argent à tous les Français. Et ce qui génèrerait un exode en montagne, car c’est le travail qui retient les gens. De nombreux profils sont oubliés par les plans d’aides, comme les médecins de montagne par exemple. Il n’y a pas de formation, à l’université de médecine, à la traumatologie liée à la pratique du ski. C’est un savoir-faire acquis sur le terrain, par des décennies de pratique, que l’on perdrait si les médecins de montagne n’arrivaient pas à se maintenir. C’est aussi valable pour l’ensemble des petits commerces (boulangerie, boutiques, …) : seuls ceux qui sont installés depuis longtemps survivront, en puisant dans les économies de toute une vie. Les affaires récentes ou nouvellement lancées ne résisteront pas sans un plan d’urgence à la hauteur.

L’Echo touristique : L’Etat va plancher sur un plan d’investissement pour le tourisme en montagne…

Jean-Luc Boch : Le tourisme en montagne a d’abord besoin d’un plan d’urgence. Un plan qui permettrait d’investir dans les territoires touristiques concernés, pour préparer au mieux l’année 2022. Notre modèle économique fait qu’on a toujours un an de décalage pour l’investissement. L’année 2022 devrait donc être financée sur la base des revenus de l’hiver 2021… Cela risque d’être très compliqué. Nous militons donc pour une reprise de toute l’activité, y compris événementielle, dès cet été, ou cet automne au plus tard. C’est ce plan d’urgence qui conditionnera le succès de l’année 2022, dont nous avons terriblement besoin. Les acteurs du monde de la montagne ont besoin de soutien, avant tout financier. Ou nous risquons de perdre notre savoir-faire. La France fait partie des leaders mondiaux du tourisme en montagne, avec les Etats-Unis et l’Autriche. Il faut défendre cette compétitivité. Parmi ces trois destinations, seule la France a fermé ses remontées mécaniques cet hiver…

L’été 2021 en sera d’autant plus important ?

Jean-Luc Boch : Il sera un vecteur psychologique important, pour tous les professionnels de la montagne. Si on fait un bel été, voire un très bel été, nous respirerons un peu. Même si tout est relatif : un très bel été ne représentera que 15 à 20% du chiffre d’affaires annuel des stations de montagne. Mais nous voulons connaître un bel été, comme en 2020. Plusieurs campagnes de promotion sont programmées avec Atout France et France Montagnes, et nous allons solliciter tous les acteurs institutionnels locaux pour qu’ils nous aident à inciter les Français à venir en station cet été. Sinon, c’est tout un modèle de vie qui risque de s’écrouler. Le dernier plan Neige, lancé il y a une soixantaine d’années, avait pour vocation de maintenir la vie sur les territoires de montagne. Nous sommes aujourd’hui dans une situation similaire. La paralysie du tourisme a des conséquences sur toute la montagne, jusqu’aux agriculteurs. La montagne fait vivre, au minimum, 500 000 personnes en France. Et personne ne pourra dire que nous n’avons pas tiré la sonnette d’alarme.

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