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ÉDITO. Associations de consommateurs et voyagistes : l’histoire d’un clash

Le système des avoirs prévu par l’ordonnance française a sérieusement du plomb dans l’aile. Dommage, un règlement à l’amiable était pourtant sur les rails.

C’est une nouvelle douche froide pour les agences de voyages et les voyagistes. L’UFC-Que Choisir et la CLCV déposent, devant le Conseil d’Etat, un recours contre l’ordonnance du 25 mars 2020, pour permettre à tous les consommateurs aux voyages annulés de pouvoir bénéficier du droit de choisir le remboursement immédiat au lieu d’un avoir. Ces deux associations étaient pourtant en discussion avec les Entreprises du Voyage (EdV) et le Seto depuis plusieurs semaines, pour la création d’une Commission destinée au remboursement des clients les plus fragiles. Preuve qu’elles acceptaient, initialement, le principe même de l’avoir pour les forfaits et les prestations sèches (hors vols secs) prévu par l’ordonnance. Et voilà qu’elles retournent leur veste, affirmant haut et fort que « l’ordonnance du 25 mars viole doublement les textes européens ». Sans grand préavis. Nous avons contacté lundi Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage, pour recueillir sa réaction. Il n’était alors pas au courant de l’attaque en bonne et due forme entreprise par l’UFC-Que Choisir et la CLCV à l’encontre du texte français. Sic…

La mise en demeure de la France par Bruxelles est du pain béni pour les deux associations.

« L’UFC-Que Choisir fait du clientélisme, elle a trahi sa collaboration avec les syndicats qu’elle affichait encore récemment sur son site, regrette un observateur du marché. Elle va à la pêche aux adhérents. » Officiellement, selon les deux associations de consommateurs, la Commission de remboursement des avoirs, promise depuis 3 mois et demi par les professionnels du tourisme, était dans l’impasse. Selon les EdV, les négociations ont achoppé sur les conditions de sa mise en œuvre. Dans cet imbroglio, les tords sont-ils partagés ? En tout cas, alors que nous plongeons dans une crise économique d’une ampleur inédite, l’espoir d’un règlement à l’amiable s’éloigne. Avec pour victimes collatérales des professionnels du voyage qui peinent à sortir la tête de l’eau… Car revenir sur 3 mois et demi de gestion chronophage des avoirs mis en place suite à la crise du Covid-19 serait un coup de massue. Fragilisant, du même coup, de nombreuses entreprises, pour beaucoup au chômage partiel. Comme l’explique l’avocate Emmanuelle Llop, « souvent, les agences de voyages n’ont même plus l’argent, il ne faut pas l’oublier ». Face à elles, les deux associations de consommateurs ont un point d’attaque inespéré : la mise en demeure de la Commission européenne à l’égard de 10 pays dont la France. Du pain béni, qui rend plus compliquée la défense des agences, hôteliers et autres TO…

La Médiation du tourisme et du voyage pourrait-elle intervenir afin de régler le conflit, dans l’intérêt même des consommateurs-voyageurs ? Souhaitons-le, ardemment…

Dommage, encore une fois, que les voyagistes, qui possèdent une caisse de garantie des fonds déposés protégeant les clients finaux, soient dans le collimateur des défenseurs des consommateurs. Des consommateurs qui risquent toujours de s’assoir sur leurs avoirs si une compagnie aérienne fait faillite. La Commission européenne ne s’attaque toujours pas aux avoirs imposées par les compagnies, ce qui est bien regrettable. L’UFC-Que Choisir a au moins le courage, elle, de s’en prendre aux flibustiers du ciel : l’association a assigné en justice 20 compagnies dont Air France, ne l’oublions pas. Mais elle avait eu la diligence de mettre préalablement en demeure 57 compagnies ! Laissant ainsi le temps à nombre d’entre elles de rectifier le tir à leur façon. Les agences et TO n’ont pas eu cette opportunité, c’est fort dommage et inéquitable. La Médiation du tourisme et du voyage pourrait-elle intervenir afin de régler le conflit, dans l’intérêt même des consommateurs-voyageurs ? Souhaitons-le, ardemment… C’est bien connu, « un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès » (dixit Pierre Gripari).

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