BSP : la crainte d’un paiement hebdomadaire imposé aux agences
La décision récente de Iata de vouloir harmoniser à l’échelle mondiale les délais de reversement BSP n’aura pas d’impact immédiat sur le marché français. Pour autant, le passage d’une fréquence de paiement bimensuelle à hebdomadaire est loin d’être écarté.
Dans un communiqué récent, l’Alliance mondiale des associations d’agences de voyages (WTAAA) critiquait vivement la décision des compagnies aériennes membres de l’Iata d’imposer un délai de reversement harmonisé à l’échelle mondiale pour les agences de voyages. Cette mesure, estime la WTAAA, « affaiblit la gouvernance locale et met en péril les relations de collaboration entre représentants locaux des compagnies aériennes et agences de voyages ».
Fréquence de paiement et délais de reversement, une distinction essentielle
Selon Arnaud Fontanille, président de la commission Transports au sein des Entreprises du Voyage, et par ailleurs directeur général Finance et Achats du groupe Marietton, la décision annoncée par Iata n’a toutefois aucune incidence concrète sur le marché français. « Il faut distinguer deux choses, explique-t-il : la fréquence de paiement du BSP – hebdomadaire, bimensuelle ou mensuelle – et la remittance period (période de remittance – délais de reversement), c’est-à-dire le nombre de jours entre la fin de la période de vente et la date de paiement effectif », explique-t-il. Autrement dit, l’intervalle spécifique entre la date de reporting et la date limite de remise de fonds par les agences.
En France, la majorité des agences règlent aujourd’hui le BSP tous les quinze jours, avec un paiement effectué sept jours après la fin de chaque quinzaine. Or, c’est précisément cette remittance period que Iata souhaite désormais plafonner à sept jours au maximum au niveau mondial.
« Certains pays avaient des délais allant jusqu’à 16 jours. Iata veut aligner tout le monde sur un maximum de sept jours. Mais en France, on est déjà à sept jours. Donc, concrètement, cela ne change strictement rien pour nous », résume Arnaud Fontanille.
Le vrai sujet, la menace d’un paiement hebdomadaire
Si la décision actuelle ne bouleverse pas l’équilibre français, elle ravive en revanche une inquiétude plus profonde et ancienne, le passage potentiel d’une fréquence de paiement bimensuelle à hebdomadaire. « Le vrai sujet, celui sur lequel nous discutons avec Iata depuis quatre ans, c’est la fréquence de paiement », souligne le président de la commission Transports.
Ce scénario n’est d’ailleurs pas nouveau. Lors de discussions menées avec Iata il y a trois ans, un principe avait été évoqué avec un possible basculement vers un paiement hebdomadaire à partir de 2027. « C’est sur cette base que les échanges avaient eu lieu, ce qui explique que l’on puisse craindre une mise en œuvre à cet horizon. Mais ce point n’a jamais été formellement voté », insiste Arnaud Fontanille.
À ce stade, rien n’est donc juridiquement acté. Les EdV entendent d’ailleurs poursuivre les discussions avec Iata. Un groupe de travail a été constitué sur ce dossier. « L’objectif est de décaler encore ce calendrier. Je ne sais pas si nous y parviendrons, mais tant que ce n’est pas voté, le sujet reste ouvert », explique-t-il. Une décision formelle pourrait toutefois intervenir avant la rentrée de septembre.
Un risque majeur pour certaines agences corporate
Pour les agences, l’enjeu est majeur. Un passage à un paiement hebdomadaire entraînerait une accélération significative des sorties de trésorerie, sans modification équivalente des délais de règlement clients. Le risque est particulièrement sensible sur le segment du voyage d’affaires. Si les grandes TMC internationales, déjà largement organisées autour du paiement par carte, seraient relativement peu impactées, les petites et moyennes agences spécialisées business travel apparaissent bien plus exposées. « Elles travaillent avec des clients entreprises qui paient à 30 ou 45 jours. Si elles doivent reverser au BSP toutes les semaines, elles devront avancer des montants très importants », alerte Arnaud Fontanille. « En termes de trésorerie, cela peut devenir très compliqué, voire dangereux pour certaines structures. »
À l’inverse, les agences loisirs seraient globalement moins concernées. La part de la billetterie aérienne y est souvent plus limitée et les clients règlent fréquemment des acomptes, voire la totalité du voyage, dès la réservation.
Pour les EdV, gagner du temps
Dans ce contexte, la stratégie des EdV est jusqu’à présent avant tout défensive. L’objectif est clair : éviter, ou à défaut retarder, un passage imposé au paiement hebdomadaire.
« Le marché français présente un faible taux de défaillances des agences. C’est un argument fort pour démontrer qu’il n’y a pas d’urgence à accélérer », estime Arnaud Fontanille. Le groupe de travail constitué sur ce dossier a donc pour mission d’infléchir une décision qui, à terme, pourrait néanmoins s’imposer. Un exercice pas facile.
