Tourisme en Corse : « Une dégradation rapide de la situation économique du secteur »
À l’initiative du GHR, les professionnels de l’hôtellerie-restauration alertent sur le risque d’une crise économique majeure. Ils demandent des mesures d’urgence.
Explosion des coûts d’exploitation, difficultés de recrutement, crise du logement des salariés, hausse des prix du transport aérien, annulations de vols, concurrence déséquilibrée des meublés touristiques et affaiblissement du pouvoir d’achat, selon le Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR) les signaux d’alerte se multiplient pour le tourisme corse.
Une économie touristique sous pression
Les données publiées par Infogreffe en 2025 illustrent cette fragilisation, indique le GHR, qui fédère 12 000 établissements. Le groupement fait état d’une hausse de 36,3% des radiations d’entreprises en Corse, de +12,6% d’entreprises en difficulté et de +8,4% d’injonctions de payer. Alors que le tourisme représente près de 41% du PIB insulaire, le syndicat estime que la fragilisation des hôtels, cafés et restaurants menace l’ensemble de l’économie locale.
À ces difficultés s’ajoute un surcoût structurel d’activité évalué à +14,3% par le rapport Goodwill sur l’économie corse. En cause, selon le GHR : l’insularité, la forte saisonnalité de l’activité et le coût du logement des salariés.
Les meublés touristiques et le transport aérien dans le viseur
Face à cette situation, le GHR et le GHR Corsica réclament des mesures immédiates et concrètes. Les professionnels demandent d’abord une régulation accrue des meublés touristiques via les outils prévus par la loi Le Meur. Avec près de 600 000 lits touristiques marchands et non marchands, contre environ 180 000 lits hôteliers, ils dénoncent une concurrence devenue « profondément déséquilibrée » sur les plans fiscal, social et réglementaire.
Le syndicat réclame également une harmonisation des règles entre les différents acteurs du tourisme et de la restauration, notamment sur les licences, la vente d’alcool et les obligations sociales et fiscales.
Autre sujet de préoccupation, le transport aérien. Le GHR alerte sur les effets des hausses tarifaires et des annulations de vols, accusées de désorganiser les séjours et de peser sur la fréquentation touristique. Les professionnels demandent des engagements des compagnies aériennes pour garantir les dessertes vers l’île sans inflation du prix des billets.
Le logement des salariés, autre point de tension
Le logement des salariés constitue un autre point de tension. Dans plusieurs zones touristiques, les entreprises peinent à loger leurs collaborateurs, ce qui freine les recrutements, l’allongement des saisons et parfois le maintien même de l’activité. Le GHR propose notamment un mécanisme permettant aux entreprises de récupérer la TVA sur les dépenses engagées pour créer ou aménager des logements destinés aux salariés, sur le modèle de dispositifs existants dans certains secteurs comme la sécurité ou le gardiennage. L’organisation défend aussi des solutions temporaires et encadrées, telles que les mobil-homes, lorsque la situation l’exige.
Enfin, le GHR et le GHR Corsica demandent à l’État de considérer le tourisme corse comme un secteur stratégique national. Ils appellent Atout France à lancer rapidement une campagne nationale de promotion de la destination.
« C’est tout notre modèle économique qui est menacé »
Pour Catherine Quérard, présidente du GHR, « la Corse n’a pas besoin de compassion économique. Elle a besoin de décisions. Lorsque le tourisme corse souffre, c’est toute l’économie insulaire qui vacille. Les professionnels demandent simplement des règles équitables, de la stabilité et les moyens de continuer à travailler ».
De son côté, César Filippi estime qu’« aujourd’hui, faire tourner un hôtel, un café ou un restaurant en Corse devient parfois intenable ». Il alerte notamment sur les difficultés liées au logement des salariés, aux transports, aux autorisations d’occupation temporaire (AOT) et à la concurrence des meublés touristiques. « C’est tout notre modèle économique qui est menacé », déclare-t-il.