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Parcs de loisirs : au Pal, une transmission familiale dans un secteur en pleine concentration

Créé en 1973, Le Pal vient de passer entre les mains de la troisième génération familiale. Transmission, concentration dans le secteur des parcs de loisirs et futur du parc : entretien croisé avec Charles et Arnaud Bennet, le premier succédant au deuxième.

L’Echo touristique : Arnaud, après avoir passé 35 ans à la tête du Pal, vous venez d’en confier les rênes à votre fils Charles. Quel regard portez-vous sur ce que vous avez construit au Pal ?

Arnaud Bennet : Depuis que j’ai pris la direction générale du Pal, en 1989, ça n’a été quasiment que du plaisir. Mon beau-père, qui a créé le parc zoologique en 1973, a eu cette idée visionnaire d’y adosser des attractions en 1981. Encore aujourd’hui, Le Pal est l’un des rares parcs de loisirs européens à posséder ces deux dimensions : la partie ludique avec les attractions, et la partie pédagogique avec les animaux. Je suis fier d’avoir réussi à préserver et cultiver cet ADN spécifique. Mais aussi d’avoir réussi à faire du Pal une destination à part entière avec l’ouverture de deux hôtels. Aujourd’hui, nous sommes parmi les plus grands parcs de loisirs en France. Et, désormais, il y a cette envie de transmettre à une nouvelle génération.

Charles, c’était évident, pour vous, de reprendre le flambeau ?

Charles Bennet : Ça n’est pas la voie que j’ai empruntée initialement puisque j’ai fait des études en ingénierie aéronautique avant de travailler pour Airbus, pendant cinq ans, en Allemagne et en France. Mais le Pal est un parc auquel toute notre famille est attachée. Nous y avons de nombreux souvenirs. J’ai fini par avoir l’envie de me rapprocher du secteur des parcs de loisirs. Ce que j’ai fait en 2018 en devenant directeur des opérations du groupe Looping. Puis s’est posée la question de la succession au Pal.

Quelles ont été les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées pendant ce processus de transmission ?

Arnaud Bennet : Il n’y en a pas eu, parce que nous avons pris le temps de la préparer pendant plus d’un an. Mes trois enfants, accompagnés d’un cabinet spécialisé, ont travaillé sur le projet, avec quelles modalités, et surtout la perspective de poursuivre le développement de cette belle entreprise. Toutes les questions qui auraient pu soulever des difficultés ont donc été réfléchies, travaillées et résolues de façon collective.

Charles Bennet : Aujourd’hui, je suis le président du Pal, mais mon frère et ma sœur font partie de la gouvernance de l’entreprise. J’en ai la gestion opérationnelle mais ils interviendront dans les questions stratégiques.

Le Pal, c’est une pépite dans le secteur.

Le Pal reste donc un parc à l’actionnariat familial. C’est devenu rare au sein d’un secteur en pleine concentration autour d’acteurs puissants. Certains auraient pu être intéressés par la reprise du parc ?

Arnaud Bennet : Nous ne sommes jamais positionnés en tant que vendeur. Mais nous avons conscience que des fonds d’investissements ou des industriels du secteur auraient pu être intéressés. Le Pal, c’est une pépite dans le secteur.

Charles Bennet : Le fait de conserver une gouvernance familiale nous rend plus fort par rapport à nos concurrents. Certes, ils ont des capacités d’investissements énormes. Mais notre indépendance nous donne la capacité d’être plus agile, d’investir plus souplement et plus rapidement. Même dans ce secteur où beaucoup d’argent est investi, il n’y a pas beaucoup de parcs qui, comme Le Pal, investissent entre 10 et 30% de leur chiffre d’affaires, chaque année, pour renouveler l’offre.

Le déséquilibre entre les moyens n’est donc pas une faiblesse ?

Arnaud Bennet : C’est une configuration qui nous donne la possibilité de faire différemment. C’est comme notre situation géographique. Nous sommes installés dans l’Allier, qui n’est pas un grand territoire touristique. Mais en faisant travailler les entreprises locales, en tissant des liens avec les élus et en dynamisant le territoire, on a réussi à faire grandir le Pal, tous ensemble.

Charles Bennet : Et la question des moyens n’impacte pas le niveau d’exigences et de compétences dont nous disposons. Dans mon ancienne vie, j’ai pu visité de nombreux parcs de loisirs à travers le monde. C’est ce qui me permet de dire, aujourd’hui, que la qualité des équipes, leur engagement, mais également celui des fournisseurs ou des autorités locales, est l’une des principales forces du Pal. Tout cet écosystème a énormément de valeur.

Comment envisagez-vous le développement futur du Pal ?

Charles Bennet : Nous nous inscrivons dans la continuité de ce qui a été fait depuis 1973. Nous ne renverserons pas la table. Tout ce que les gens aiment au Pal doit toujours exister. Mais nous allons apporter notre pierre à l’édifice, réinventer le parc, tout en gardant notre âme. Cela passe par le développement de nouvelles attractions, de nouvelles zones pour accueillir des animaux, par l’accentuation de toute la partie botanique, avec la volonté d’obtenir le label « Jardin remarquable » grâce à nos 1 500 espèces végétales. Et nous pensons sérieusement à augmenter notre offre hôtelière.

Les hôtels apportent de la crédibilité à la destination

Peut-on avoir plus d’informations sur ces projets de nouvelles attractions et de nouvel hôtel ?

Charles Bennet : Nous ne communiquons pas encore autour de ces projets, hormis le fait que nous accueillerons la plus grande attraction qu’ait jamais construit Le Pal en 2028. Cela représente un budget de 18 millions d’euros. Les travaux commenceront à l’automne prochain. Et, comme pour tous nos projets futurs, nous pouvons dire qu’elle permettra de renforcer l’immersion proposée dans le parc. Ce concept est devenu notre fil rouge. Nous allons également créer l’avant-poste du Cap Nord, une zone centrale qui sera le point de ralliement de nos visiteurs, et de départ vers une dizaine d’univers thématisés. Elle sera une zone à part entière avec sa bande sonore dédiée, son offre gastronomique thématisée et sa végétation. Renforcer le narratif du Pal par l’immersion, c’est ce que nous avons commencé à faire avec l’ouverture de la Yukon Valley (2018), qui plonge nos visiteurs dans le Grand Nord canadien, ou Fjord Explorer (2024) et ses paysages scandinaves.

Le Pal
Fjord Explorer, inauguré en 2024. © Le Pal

Arnaud Bennet : Ce levier de l’immersion, c’est ce qui nous permet d’aller plus loin dans la réponse aux attentes des visiteurs. Plus l’immersion est importante, plus la rupture et la déconnexion avec le quotidien sont fortes, et plus nos clients sont à même de voyager pour partager des sensations en famille. Notre zone de chalandise historique s’établit à environ 3h de route autour du Pal. Mais, depuis l’ouverture des hôtels immersifs, nous attirons des visiteurs venus de toute la France, et même de l’étranger. Nos hôtels, que nos clients comptent revisiter ou recommander à 97%, apportent de la crédibilité à la destination Le Pal.

Justement, vous avez attiré 700 000 visiteurs en 2025. Jusqu’où pourra grandir Le Pal au sein d’un secteur qui n’a jamais affiché une aussi bonne forme ?

Arnaud Bennet : En réalité, le secteur a toujours été très dynamique. Tout s’est accéléré avec l’arrivée des majors, et notamment Disneyland Paris (1992), qui a mis un vrai coup de projecteur sur le secteur. Les parcs de loisirs sont depuis montés en gamme, ils ont réussi à capter la clientèle française et les gens, fidélisés, passent d’un parc à l’autre. Le secteur, dans son ensemble, peut encore progresser. Mais certaines entreprises, en fonction de leurs spécificités, pourraient atteindre un plafond de verre.

C’est le cas du Pal ?

Arnaud Bennet : C’est à la troisième génération qu’il faut poser la question (rires).

Charles Bennet : Disons qu’il est sans doute impossible de faire indéfiniment, comme nous le faisons depuis plusieurs années, 15% de croissance chaque année. La question des leviers qu’on pourrait activer pour continuer de grandir se pose déjà, même s’il est bien trop tôt pour en parler. Mais il y a plusieurs sujets, notamment celui de la dépendance aux conditions météorologiques. Donc, si on peut aller chercher de la croissance externe en se rapprochant d’une entreprise qui n’est pas météo-dépendante par exemple, c’est quelque chose à étudier. Une offre couverte, ou éloignée géographiquement – et donc avec une saisonnalité différente – pourrait aussi apporter de la complémentarité à nos activités au Pal.

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