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Nicolas Dayot (FNHPA) : « Pour les campings, cette saison, ce sera quitte ou double »

Quand les campings ouvriront-ils ? Les professionnels du secteur s’impatientent, alors qu’aucune date n’est officiellement annoncée. Et que les délais sont plus que serrés, pour sauver une saison qui démarre sous le signe de la Covid-19.

L’hôtellerie de plein-air a les yeux rivés sur le 2 juin, date à laquelle les professionnels du secteur espèrent pouvoir rouvrir leurs établissements. Même si pour l’heure, aucune date de réouverture n’a été clairement été évoquée pour ce secteur. Nicolas Dayot, le président de la Fédération Nationale de l’Hôtellerie de Plein Air, (FNHPA) veut néanmoins y croire. Nous sommes confiants sur le fait que les campings puissent rouvrir le 2 juin, car personne ne comprendrait que ce ne soit pas le cas”, lance-t-il. De fait, les parcs de loisirs ou les restaurants, eux, ont déjà marqué d’une croix la date sur le calendrier, espérant voir se confirmer prochainement leurs espoirs de réouverture. Signal positif, tous les propriétaires de mobilhomes peuvent à nouveau y séjourner, à condition de se trouver dans la limite des 100 kilomètres. Une avancée obtenue grâce à la mobilisation de Jean-Baptiste Lemoyne, “qui a défendu la profession d’arrache-pied”, se félicite Nicolas Dayot. De quoi limiter l’impatience des propriétaires de campings, “qui constatent, pendant ce temps, que les aires stationnement des campings cars sont pleines à craquer”, rapporte Nicolas Dayot. Et pour être sûrs de faire passer le message, les 8000 campings de France ont publié lundi dans Le Figaro, sous l’égide de la FNHPA, une tribune demandant au président de la République et au Premier ministre une date de réouverture officielle.

80% du chiffre d’affaires sur juillet et août

Car il faut faire vite pour sauver la saison, explique Nicolas Dayot : 80% du chiffre d’affaires des campings se fait sur les mois de juillet et août. Du côté des réservations, on est revenu au même rythme journalier qu’à la même période l’an dernier, observe le président de la FNHPA. Si la tendance est encourageante, cela signifie toutefois qu’il n’y a pas pas encore eu de phénomène de rattrapage suite aux longues semaines d’attentisme engendrées par la situation sanitaire. En clair, il faudra une date de réouverture, mais aussi que la restriction des 100 kilomètres soit levée, pour que s’ensuive un véritable coup d’accélérateur. Et si les campings ne manquent pas de rappeler leurs atouts en cette période de pandémie  – hébergement individuel, plein air…-, certaines questions, pour le moins épineuses, restent encore à trancher. Pour ce qui concerne par exemple les animations – comment gérer spectacles, activités et clubs enfants si la limitation à 10 personnes est toujours de mise ? Mais aussi, sujet tout sauf anodin, la piscine. “Si les piscines devaient rester fermées, 58% des vacanciers ne maintiendraient par leur séjour”, avance Nicolas Dayot, citant un sondage réalisé par la FNHPA. Lundi, la fédération devait d’ailleurs être auditionnée sur les conditions de validation du protocole sanitaire. 

Autre sujet qui pèse lourdement sur le secteur : la réouverture des frontières. “Certains campings travaillent quasi exclusivement avec de la clientèle étrangère, qui a pour le moment maintenu les réservations effectuées au début d’année. Si le gouvernement venait à annoncer mi-juin que les frontières restent fermées, ce sont des vagues entières d’annulations brutales auxquelles ces campings devraient faire face. Sans avoir suffisamment de temps pour se retourner et engranger de nouvelles réservations auprès de la clientèle française. C’est une situation très stressante”, alerte le président de la FNHPA.

« Le gouvernement a fait le job »

Nicolas Dayot espère espère en tout cas voir son secteur surmonter la crise du Covid-19, et passer le cap. Moins frappés que l’hôtellerie ou la restauration, car le gros de la saison est devant eux, les campings n’ont pour autant qu’une marge de manœuvre étroite, dans un contexte des plus complexes. “C’est quitte ou double, explique-t-il. Notre chiffre d’affaires se fait à 80% sur les mois de juillet et août. Si nous réussissons la saison, nous pourrons limiter la casse.” “Le gouvernement a fait le job par rapport au sauvetage des entreprises, avec tous les dispositifs qui ont été mis en place pour sauver la trésorerie à court terme, ajoute-t-il. Nous avons été entendus sur de nombreux points. Mais nous avons encore des inquiétudes pour certaines entreprises qui étaient déjà fragiles avant la crise, et notamment pour les repreneurs de campings, pour lesquels la crédibilité bancaire est limitée pour obtenir un Prêt Garanti par l’Etat (PGE), par exemple.” Si la saison s’avère mauvaise, la FNHPA demandera une prolongation du dispositif de chômage partiel jusqu’au printemps de 2021. “Licencier, c’est devoir faire face à une perte de compétences, explique-t-il. Et ça a aussi un coût, qui peut faire basculer une entreprise.”

Une chose est sûre à ses yeux : jamais l’importance du tourisme n’a été aussi clairement démontrée. “Il y a quelques mois encore, on parlait de surtourisme, rappelle Nicolas Dayot. Aujourd’hui, le tourisme est en difficulté, et tout est dépeuplé. La France n’a pas d’avenir économique sans le tourisme, cette crise le démontre de façon très claire.” “Il y a toujours des choses positives qui sortent des périodes compliquées, dans la vie, il faut rebondir”, poursuit-il. Cette saison annoncée comme franco-française pourrait d’abord ancrer le tourisme de proximité dans les habitudes, offrant ainsi de nouvelles opportunités d’activité. “Les Français vont redécouvrir cet été qu’ils ont des richesses à leurs pieds”, prévoit Nicolas Dayot.

Une opportunité historique pour le secteur ?

Pour le président de la FNHPA, le plan de relance européen de plus de 500 milliards d’euros, qui doit être présenté mercredi 27 mai par la Commission européenne, pourrait être une “opportunité historique” pour le secteur. “Même s’il faut encore attendre pour voir ce qui va en ressortir, ce plan pourrait donner à la France l’occasion de déployer un nouvel acte d’aménagement du territoire, très différent de celui des années 60/70. On pourrait répartir les flux de manière beaucoup plus homogène, en arrêtant de tout concentrer sur 20% du territoire. La France est le premier pays d’Europe en terme de flux touristique, elle doit prendre le lead sur ces questions”. Une stratégie qui bénéficierait au renouveau du tourisme rural, un pari que fait Nicolas Dayot, rejoignant sur ce point les convictions de Roland Héguy, le président de l’Umih. “La campagne peut être prospère grâce au tourisme plaide-t-il, alors que certains pensent qu’elle est finie. Ce n’est pas vrai.” (…) “On peut développer des choses, imaginer des micro-projets touristiques qui pourront être testés et dupliqués. A condition bien sûr de ne pas artificialiser les espaces sensibles”, souligne Nicolas Dayot, qui dirige également la commission Développement Durable du Comité de filière Tourisme. “Il va falloir se montrer malins, agiles et économes. Il faudra faire le meilleur usage possible des fonds de l’Europe pour que tout le monde profite la croissance verte touristique. On doit s’organiser, être suffisamment malins pour positionner la France sur des thématiques très fortes, pour être le plus spectaculaire et le plus durable possible.”

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