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Les groupes de loisirs dans la spirale des investissements

Pour continuer à séduire les visiteurs, petits et grands, les parcs d’attractions sont condamnés à investir toujours plus pour se renouveler. Au risque, parfois, de se louper…

Depuis quelques jours, sur une musique endiablée, d’immenses robots industriels font tourner la tête des visiteurs du Futuroscope le temps d’un ballet aérien, dont la chorégraphie a été imaginée par Kamel Ouali (celui de la Star’Ac !). Danse avec les robots mais aussi Buzz l’Eclair : Bataille Laser à Disneyland Resort Paris, Mousquetaire de Richelieu au Grand Parc du Puy-du- Fou, le Grizzli à Nigloland et les Vikings au Parc Astérix ne sont que quelques-unes des nouveautés 2006 des 200 sites de loisirs qui parsèment l’Hexagone, qu’ils soient parcs d’attractions, à thème, animaliers, grands aquariums…

Mais après des années d’euphorie, le marché (qui est passé de 3 millions de visiteurs en 1980 à 55 millions en 2003, selon une étude de l’Agence française de l’ingénierie touristique, Afit) marque le pas. Certains sites (le Futuroscope à Poitiers, Vulcania près de Clermont-Ferrand, le Mémorial de Caen, Planète Sauvage à Nantes) connaissent, ou ont connu, des difficultés. Sans parler d’Eurodisney qui, 14 ans après son inauguration, peine à dégager des profits et dont le second parc, lancé en 2002, les Studios Disney, n’a pas eu l’effet escompté sur la fréquentation.

La direction en place à cette époque espérait un bond à 17 millions de visiteurs dès 2003, alors que le site semble plafonner à plus de 12 millions (ce qui en fait néanmoins le premier site touristique payant visité en Europe). Confronté au demi-échec des Studios Disney et à la récession économique sur certains de ses marchés européens, Eurodisney n’a pu faire l’économie de plusieurs plans de restructuration depuis 2003.

Une forte concurrence des autres modes de loisirs

Pour justifier ces difficultés, certains professionnels estiment que la concurrence entre les sites de loisirs, qui se sont multipliés en France dans les années 90, est plus forte que jamais. Ils doivent par ailleurs batailler face au développement d’autres modes de loisirs et de détente, comme les jeux vidéo, les centres commerciaux géants (Domus, Les 4 Temps…), les fêtes foraines, les marchés de Noël, les carnavals, sans oublier les offres gratuites émanant des collectivités locales au travers de spectacles de rues, de concerts ou de festivals pyrotechniques.

Même Mickey a ainsi vu émerger à Marne-la-Vallée ses propres concurrents, avec le Disney Village et le centre commercial du Val d’Europe (et sa Shopping Outlet Arcade), des sites dont l’accès est libre et gratuit. Cette concurrence a sans doute toujours existé, nuance Olivier de Bosredon, ancien président du groupe de loisirs Grévin & Cie. Mais, peu sensible dans une phase de forte croissance, elle est beaucoup plus visible dans un marché devenu mature.

Une explication évidente semble en outre expliquer les déboires de sites pourtant récemment inaugurés. Une fois passé l’attrait de la nouveauté (auprès de la clientèle groupes notamment), ces structures retombent à un niveau de fréquentation correspondant à leur pouvoir d’attraction local et régional. Et la chute peut être d’autant plus vertigineuse que ces équipements n’ont pas été implantés sur un axe sujet à d’importants flux touristiques. Le meilleur exemple est Vulcania, qui après ses 600 000 entrées réalisées la première année en 2002-2003 n’a accueilli l’an dernier que 355 000 visiteurs.

Un devoir contractuel vis-à-vis des clients

Pour attirer et fidéliser les visiteurs, les parcs sont donc contraints de proposer tous les deux ou trois ans une grande nouveauté, qu’il s’agisse d’une attraction ou d’un spectacle, et de renouveler chaque année une partie des films, expositions et animations présentés au public. Selon l’enquête présentée en 2004 par l’Afit (rebaptisée depuis Odit France), près de la moitié des visiteurs (44 %) conditionnaient ainsi une nouvelle visite dans un parc d’attractions à la proposition de nouveautés, tenant soit au contenu, aux attractions, ou aux sensations.

Le grand parc du Puy du Fou travaille ainsi déjà sur 4 ou 5 grands projets qui devraient voir le jour d’ici 2011. Nous renouvelons chaque année 20 % de l’offre du Futuroscope, confirme Dominique Hummel, directeur général du parc. C’est un devoir contractuel vis-à-vis des clients, estime Olivier de Bosredon. Il faut pour cela réinvestir 10 à 20 % du chiffre d’affaires. En deçà, il est difficile de marquer sa différence. Au-delà, le risque financier devient important, surtout si le public ne suit pas.

Et le risque est d’autant plus grand pour les sociétés gestionnaires que ces nouveautés coûtent de plus en plus chers : 10,5 ME pour le spectacle Mousquetaire de Richelieuau Grand Parc du Puy-du- Fou, 7 ME pour Danse avec les Robots au Futuroscope. Sans parler de Mickey, où l’enveloppe globale réservée aux attractions des deux parcs de Marne-la-Vallée pour la période 2005-2010 représente la bagatelle de 240 MEE! Cette somme sera en partie consacrée à muscler les Studios Disney avec la création de Toon Studios en 2007 et le lancement de la House of Terror en 2008. Il faut donner une âme à notre second parc, nous précisait récemment Jeffrey Speed, alors DGA aux finances du groupe (il vient d’être remplacé par Ignace Lahoud).

Tous les espoirs sont ainsi placés dans ces nouveautés. Le Futuroscope espère de son côté gagner 100 000 visiteurs de plus cette année grâce à ses robots géants. Et retrouver un résultat net positif après plusieurs années de restructuration et de redéfinition de son contenu. Il nous fallait avoir de vraies nouveautés et ne pas proposer uniquement des images. Le parc se doit de rester une vitrine technologique et de demeurer à l’avant-garde, estime Dominique Hummel. Tous les parcs sont un jour ou l’autre confrontés à ce passage à une deuxième vie. Nous avons à nouveau dépassé les 60 % de taux de revisite, après avoir chuté à 40 % il y a quelques années. Ce sont ces clients qui assurent le renouveau du Futuroscope.

La contribution du tourisme d’affaires est essentielle

Des clients que le Futuroscope va aussi chercher dans les entreprises. Tous les parcs de loisirs ont besoin, pour survivre, de séduire les touristes d’affaires. Si le tourisme d’affaires ne représente qu’environ 50 000 personnes par an, sa contribution sur la marge de l’entreprise est importante, précise en substance Dominique Hummel. Avec des équipes dédiées, Walibi Lorraine, le Parc Astérix, Nigloland ou Marineland ne sont pas en reste pour séduire les entreprises. De même, le Grand parc du Puy-du-Fou a édifié le bâtiment qui doit accueillir son nouveau spectacle avec l’objectif d’utiliser les 3 000 places pour des opérations évènementielles.

Mais le leader incontesté sur ce créneau, de surcroît présent sur l’ensemble de ses marchés européens, reste Disneyland Resort Paris, avec deux centres de congrès et plus de 18 000 m2 d’espaces professionnels. Les conventions et séminaires y représentent une activité cruciale, contribuant au remplissage de ses sept hôtels (environ 6 000 chambres), notamment durant la période hivernale. Tout est fait sur mesure, à la demande du client, qui peut obtenir en soirée la privatisation partielle ou totale d’un parc.

Pour rebondir, la direction du parc attend aussi avec impatience l’inauguration en 2007 du TGV Est, qui rapprochera du resort les clientèles allemande, luxembourgeoise et suisse. Et regarde d’un bon oeil l’arrivée de compagnies low cost européennes sur l’aéroport de Roissy. D’ailleurs, au travers de ses opérations de communication, Disneyland Resort Paris cible désormais les Européens, et plus particulièrement les familles avec enfants qui ne connaissent pas encore le parc.

L’autre objectif est d’augmenter le remplissage de ses hôtels en se démarquant par rapport aux hôtels associés du site, qui représentent un parc supérieur à 2 000 chambres. Il faut communiquer auprès des familles sur notre spécificité, liée notamment à la présence dans nos hôtels de personnages Disney, insiste Jeffrey Speed. Les promotions ne sont cependant pas oubliées pour booster les ventes. En France, Disneyland Resort Paris applique ainsi une réduction de 15 % sur tous les forfaits de sa brochure vendus avant le 17 avril, pour des arrivées jusqu’au 20 juillet, en pleines vacances d’été ! Au niveau régional, le groupe vient par ailleurs de lancer un billet francilien à tarif préférentiel (à partir de 29 E/personne pour 1 jour/1 parc en semaine jusqu’à 39 Eles 2 parcs en week-end) réservable à date fixe jusqu’à 5 jours à l’avance.

L’heure est aux extensions

Les difficultés rencontrées par le Futuroscope et Disneyland Resort Paris, les deux plus grands parcs français, mais aussi celles de structures de moindre taille, comme Vulcania ou le Mémorial de Caen, font qu’il n’existe plus de grands projets de création dans les cartons. Le Naturascope, parc sur le thème de l’environnement, imaginé il y a quelques années par le Conseil général de la Vienne a été abandonné.

L’heure est aux extensions de la part de groupes de loisirs soucieux d’améliorer leur offre et de devenir une destination de séjour pour 2 voire 3 jours. Un parc qui grandit, année après année, sans subir les modes, fort de son identité, va pouvoir construire, au fil des ans, une relation solide et intime avec ses clients, justifie Olivier de Bosredon. Eurodisney compte ainsi développer avec Pierre & Vacances un nouveau concept de villages nature. Cinq unités sont prévues, qui pourraient accueillir leurs premiers clients à l’horizon 2008-2009. Grévin & Cie planche toujours sur une extension du parc Astérix (avec un second hôtel et vraisemblablement un parc aquatique) qui pourrait voir le jour en 2009, à l’occasion du 20e anniversaire du site et du cinquantenaire des personnages imaginés par Albert Uderzo et René Goscinny. Ce groupe de loisirs (propriétaire du Musée Grévin, du parc de Bagatelle, de la Mer de Sable, des aquariums de Touraine et de Saint-Malo…) pourrait se porter acquéreur du Marineland et donner une nouvelle envergure à ce parc aquatique situé à Antibes. Le Grand Parc du Puy-du- Fou va pour sa part construire ses premiers hôtels à thème afin de satisfaire les 100 000 personnes qui visitent chaque année le site durant 2 jours ou 3 jours.

La création d’un parc est aujourd’hui inenvisageable sans aides publiques des collectivités territoriales et de l’Etat. En témoignent les ouvertures cette année à Sainte-Césaire, en Charente-Maritime, du Paléosite, parc sur le thème de la préhistoire, à Valette, dans le Cantal, du Scénop

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