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Les GDS sortent de leur métier historique

Le contexte : Il y a cinquante ans, les compagnies aériennes créaient des GDS. Objectif : permettre à leurs agents de réservations et aux distributeurs du monde entier de réserver des billets, via un ordinateur.Nouveau métier : Aujourd’hui arrivés à maturité au niveau de leur coeur de métier, Sabre, Galileo, Worldspan et Amadeus ont enfilé la casquette de fournisseur technologique.Objectif : Les quatre géants développent des services autour

Outre son métier originel de Global Distribution System (GDS, système de réservation centralisée), Amadeus se positionne de plus en plus comme fournisseur technologique auprès des professionnels du voyage. En témoigne le protocole d’accord récemment conclu avec Carlson Wagonlit Travel, au niveau mondial : « C’est la première fois que nous signons un accord avec un grand réseau pour devenir un fournisseur technologique significatif, souligne Philippe Chérèque, vice-président commercial exécutif d’Amadeus. Mais nous avons déjà développé des outils de mid-office et de back-office pour Amex et BCD Travel. » Concrètement, CWT envisage d’externaliser certaines technologies mid-office (comptabilité, ndlr) et back-office (facturation, ndlr), pour les confier à Amadeus, qui promet en échange des économies d’échelle « en transformant des coûts fixes en coûts variables ».

DES SOLUTIONS STANDARDISÉES

Les produits au coeur du protocole sont des solutions de gestion comptable, de gestion de profils voyageurs, d’aide à la décision… c’est-à-dire « des outils qui tournent autour de la réservation de voyage », ajoute Philippe Chérèque. Amadeus a déjà oeuvré comme important fournisseur technologique auprès des agences de voyages, quand il les équipait de PC, d’imprimantes et de lignes télécoms. Il s’est ensuite rétracté du hardware et de sa maintenance, afin de se recentrer sur son métier de GDS. Aujourd’hui, il se présente à nouveau comme fournisseur technologique, mais dans le software (solutions logicielles), dans lequel les agences dépensent des centaines de millions d’euros. Avec pour cible les distributeurs d’envergure mondiale, voire des réseaux nationaux prêts à adopter des solutions plus standardisées. Le groupe madrilène marcherait, alors, sur les plates-bandes d’IGA et autres Perinfo. Sous-traitant informatique, c’est un métier qu’Amadeus exerce depuis 1999, pour les transporteurs aériens, via sa gamme Altéa. Objectif : affranchir les compagnies des contraintes liées aux systèmes informatiques de réservation, d’inventaire, de contrôle des départs… « 25 % de nos revenus proviennent désormais des technologies de l’information, et 75 % de notre activité de GDS, assure Philippe Chérèque. Nous enregistrons un vrai décollage depuis trois ou quatre ans. Nous avons acquis plus d’un tiers du marché. » Altéa compte aujourd’hui 90 compagnies clientes, contre 16 en 2004. « Les contrats courent sur dix à quinze ans, et nécessitent un certain nombre de migrations », poursuit-il. En plus des acteurs de l’aérien et de la distribution, Amadeus souhaite convaincre compagnies ferroviaires et hôteliers de lui confier des outils de gestion et de comptabilité. C’est une diversification de métier nécessaire, pour trouver de nouveaux leviers de croissance et de marges. Pour autant, et malgré le développement des ventes directes, Amadeus maintient ses positions comme GDS. « Nous avons gagné 0,9 point fin décembre 2009, précise Philippe Chérèque, ce qui porte notre part de marché mondiale à 36,7 % en segments. » Au niveau des outils de mid-office et de back-office, « nos concurrents ne sont pas les autres GDS, mais des entreprises comme IBM ou HP », assure-t-il.

EXTERNALISER L’INFORMATIQUE

Pourtant, Sabre porte bel et bien, lui aussi, la casquette de fournisseur technologique… Créé en 2001, Sabre Airline Solutions invite notamment les transporteurs à externaliser une partie de leur informatique. Cette gamme de produits, qui comprend des solutions d’hébergement, des réservations, des mouvements aéroportuaires et de la billetterie, aurait séduit plus de 300 compagnies aériennes et 100 aéroports. Son équivalent existe pour les groupes hôteliers, depuis un an, sous l’appellation Sabre Hospitality Solutions. Et pour les agences ? « Nous avons commencé à développer des solutions, notamment dans la téléphonie mobile », explique Claire Gagnaire, directeur général de Sabre France. Avec la solution mobile TripCase, téléchargeable à partir des iPhone, BlackBerry et smartphones sous Windows, les voyageurs sont informés avant, pendant et après leurs déplacements. « Trip Case dispose d’un énorme potentiel pour les voyageurs d’affaires », a précisé John Samuel, vice-président de Sabre Travel Studios, la division qui l’a enfantée. Une première agence spécialisée dans les déplacements professionnels vient de signer pour cette technologie, aux États-Unis : Omega World Travel. D’autres produits et services hors GDS sont en plein développement, notamment dans le merchandising. Claire Gagnaire cite Attribute-Based Shopping, un produit permettant d’indiquer à son client les options payantes facturées par une compagnie pour un repas, un bagage supplémentaire, un siège avec hublot… « Nous avons commencé par le déployer aux États-Unis, puisque c’est principalement là-bas que les compagnies ont introduit des suppléments pour les bagages, les repas, certains sièges… Mais nous allons aussi le lancer en Europe, et en France, dès cet été. » Mieux, le GDS américain a conçu un comparateur, pour visualiser les suppléments pratiqués sur un même itinéraire par différents transporteurs. L’idée, c’est de mettre à disposition des vendeurs les moyens de bien renseigner leurs prospects, pour éviter une trop forte évasion des clients vers les sites BtoC. Au lieu d’être de simples preneurs d’ordre, les professionnels doivent délivrer des informations à forte valeur ajoutée, toujours et encore. Les GDS, qui sont aussi actionnaires de grands pure players, veulent être des maillons forts de cette relation entre distributeurs et clients finaux. Au risque, d’ailleurs, de disperser leurs efforts et leurs investissements. « Nous sommes tous des fournisseurs technologiques », lance Emmanuel Bourgeat, directeur général France du groupe Travelport (Galileo et Worldspan). Nous sommes à une étape clé de l’évolution de notre secteur d’activités ». Et il décrit par le menu quatre tendances lourdes : la multiplication des sources de contenus ; la désintermédiation, qui pousse les fournisseurs vers la vente directe ; la complexification des offres tarifaires, avec les suppléments bagages en soute par exemple ; l’importance du multicanal, qui fait d’Internet une énième vitrine.

UNE TECHNOLOGIE AMBITIEUSE

Travelport prépare justement une interface unique plus ouverte, tournée vers le front office. Baptisée Universal Desktop, c’est une technologie ambitieuse donnant accès, à travers un langage unique, à une multitude de sources, incluant du contenu local. Avec PNR et message comptable universels, promet-on. « Les agents de voyages perdent trop de temps à passer d’un site d’information à un site de réservation. Notre future plate-forme sera un point d’entrée unique, qui évitera de telles pertes de productivité. » Ce bureau universel permettra aussi la comparaison de disponibilités et de prix de compagnies régulières, de transporteurs low cost et de la SNCF, par exemple. Comme un outil de gestion en ligne des voyages d’affaires (un « self booking tool »). « Universal Desktop intégrera des contenus de Galileo et de Worldspan », ajoute Emmanuel Bourgeat. Des clients américains et européens testeront l’outil courant 2010. En France, le projet sera lancé dans quelques mois, avec un déploiement en douceur. À travers Universal Desktop, Galileo et Worldspan resteront accessibles, en mode cryptique, à leurs clients respectifs. À l’image d’Amadeus, Travelport compte-t-il proposer, à son tour, des solutions de comptabilité et de facturation ? « Non, répond Emmanuel Bourgeat. Chacun son métier. Nous, nous sommes agrégateurs de contenus. Nous fournissons le front office, et tous les messages qui peuvent enrichir le mid-office et le back-office. » Ces propos devraient rassurer les sociétés de services informatiques françaises spécialisées dans le voyage, qui n’ont pas les moyens des systèmes globaux de réservations…

Amadeus se positionne de plus en plus comme fournisseur technologique auprès des professionnels du voyage

Sabre Airline Solutions, qui aurait séduit plus de 300 compagnies aériennes et 100 aéroports, a un équivalent pour les groupes hôteliers

Travelport prépare justement une interface unique plus ouverte, tournée vers le front office

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