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Licenciements liés au Covid : « C’est une thérapie de pouvoir en parler »

Ce sont des témoignages extrêmement émouvants que des dirigeantes du voyage ont partagés lors du congrès des Entreprises du Voyage (EdV). Comme un exutoire.

La table ronde intitulé « 2 ans de crise : résilience et opportunités » restera comme l’un des moments les plus forts du congrès des Entreprises du Voyage (EdV) à Punta Cana. Un peu comme un psy, mais sans divan, François-Xavier Izenic a fait parler trois femmes de l’acuité de la crise, sur le plan humain.

Michelle Kunegel, présidente de LK Tours, s’est livrée sans filtre. Plus que l’impact économique, la dirigeante a été marquée au fer rouge par l’impact émotionnel des décisions « contre-nature » imposées par la pandémie. Comprenez les licenciements. « C’est une thérapie de pouvoir parler de cette décision de devoir licencier. »

Instinct de survie

LK Tours est une entreprise familiale qui existe depuis 1934, composée de 10 entreprises de transport et deux réseaux d’agences. 700 salariés avec lesquels il a fallu traverser le tsunami Covid-19. « Je n’avais pas envie d’être le dernier maillon d’une chaîne. Quand on vous lègue une entreprise familiale, on vous lègue le livre de la famille », indique Michelle Kunegel. Il a fallu réduire les équipes du groupe créé par son grand-père. « J’ai vécu au plus profond de moi-même cette décision de licencier », confie la dirigeante, émue aux larmes. « Des collaboratrices se mettaient à pleurer par rapport aux annonces, je pleurais moi aussi. (…) Mais j’étais en phase avec moi-même. J’ai expliqué ce que j’allais faire avec mon émotion et ma sensibilité. En chef d’entreprise mais également femme. Toutes ces décisions ont été très pénibles mais je retiens que je l’ai fait comme je pensais devoir le faire. » C’est alors que les 400 congressistes, qui ont pour beaucoup vécu un traumatisme semblable, l’applaudissent. Longuement.

Climats du Monde, qui fête ses 30 ans l’an prochain, est également une entreprise familiale. « Je travaille avec ma mère Christine et mon mari Charly », a rappelé Olivia Calvin. Là aussi, il a fallu prendre des décisions radicales pour sauver le spécialiste de l’Asie. Rapidement, le TO réduit de 60% son équipe composée d’une quarantaine de salariés. Une décision très difficile, pour que « l’entreprise reste pérenne », se souvient Olivia Calvin. « On chasse les coûts, on réduit tout ce qu’on peut. L’activité partielle se met en place. »

Un coach, pour dépasser la solitude du dirigeant

François-Xavier Izenic a questionné sur la « solitude du dirigeant ». Une solitude bien réelle pour Olivia Calvin, malgré son solide cadre familial. Ce qui l’a amenée, pour tenir bon, à recourir à une coach en management de dirigeants en phase Covid. Les deux femmes échangent une heure tous les 15 jours. « Cela m’a permis de prendre du recul et de comprendre qu’il y a des choses qu’on ne maîtrise pas. »

Dans l’adversité, les dirigeantes ont apprécié la solidarité dans la profession. Les Entreprises du Voyage, l’association des Femmes du tourisme et d’autres organismes professionnels ont constitué de précieux alliés.

Un sentiment que partage aussi la troisième témoin de la table ronde, Valérie Sasset, directrice générale France de BCD Travel. Au printemps 2020, le spécialiste du voyage d’affaires n’a pas licencié. Le chômage est devenu la règle. Sur 230 salariés, « seules cinq sont à temps plein », raconte Valérie Sasset. Paradoxalement, afin de compenser une baisse prévisible d’activité, la TMC recrute des profils commerciaux pour trouver de nouveaux clients.

Quand le roseau redresse la tête

Climats du Monde a aussi trouvé des solutions pour rebondir, en s’ouvrant à l’Egypte, l’Afrique australe et l’Amérique latine. De son côté, Michelle Kunegel est fière d’avoir repris trois personnes qui avaient été licenciées. C’est aussi ça la résilience. Une résilience de roseau qui plie dans la tempête, quand l’imposant chêne déracine.

Et maintenant ? Le marché reprend fort, même dans le voyage d’affaires. « La semaine dernière, chez BCD, nous étions à 115% de 2019 », indique Valérie Sasset. « Nous rencontrons des difficultés à réembarquer tout le monde dans notre quotidien. » La motivation avait déjà baissé en pleine crise sanitaire. « Au fil de l’eau, des collaborateurs ont changé de vie. On a perdu environ 10% de nos employés. » Ces départs volontaires, tous les acteurs du voyage en témoignent. Il faut réenchanter le métier, dit-on. Parce que le métier ne fait plus rêver, des postes restent aujourd’hui désespérément vacants.

1 commentaire
  1. Chômeuse alsacienne dit

    Émouvants témoignages de femmes de cœur et pleine d’humanités.
    Moi aussi j’ai été licenciée par un TO situé en Alsace filiale d’un leader mondial allemand du tourisme , aucun coup de fil , aucun remord , les affaires reprennent et aucun des plus de 40 salariés licenciés ont été appelés alors que l’activité reprends et que le personnel restant est submergé…. la qualité s’en ressent mais c’est pas grave ! On veut gagner de l’argent sur le dos des clients .
    Malheureusement mon ex patron est un homme donc pas cette sensibilité qui fait notre différence affective ….
    Une chômeuse du voyage

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