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Pascal de Izaguirre (Corsair) : « Nous irons jusqu’au bout de l’examen du rapprochement avec Air Austral »

Le projet de rapprochement Corsair-Air Austral a-t-il toujours une chance de l’emporter sur la solution réunionnaise ? Quelles sont ses forces et ses failles ? Le point avec Pascal de Izaguirre, le PDG de Corsair.

L’Echo touristique : Corsair a travaillé sur un projet de rapprochement avec Air Austral, et non de fusion, avez-vous insisté en plénière du congrès des Entreprises du Voyage. C’était important pour vous de le rappeler, notamment pour ne pas inquiéter les employés ?

Pascal de Izaguirre : Les mots sont importants. Il s’agit bel et bien d’un projet de rapprochement capitalistique entre Corsair et Air Austral. Il n’est pas question d’une fusion des deux compagnies. Le projet vise à créer une holding qui détiendrait Corsair et Air Austral. Les deux compagnies garderaient leur identité, leur marque et leur certificat de navigation respectifs. Air Austral conserverait son ancrage réunionnais.

Corsair a été un peu moteur, à la genèse du projet ?

Pascal de Izaguirre : Que les choses soient claires : Corsair n’a pas fait de proposition. Air Austral et Corsair avaient entamé des discussions en vue de créer une coopération commerciale, une joint-venture. L’Etat a ensuite considéré pertinent que les deux compagnies étudient un rapprochement capitalistique, sous son égide. Les deux actionnariats ont accepté. Le montage financier n’est pas défini. Mais déjà, il n’est pas prévu que Corsair apporte de l’argent. Il est fait appel à de nouveaux investisseurs pour cette approche combinée Air Austral. Il est prévu que les actionnaires actuels des deux compagnies puissent néanmoins participer à ce tour de table. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Le projet Corsair-Air Austral s’éloigne aujourd’hui. La Réunion ne privilégie pas cette option. Quel impact pour vous ?

Pascal de Izaguirre : Nous avions une stratégie dite en stand alone (seuls, NDLR). Nous étions sur notre trajectoire. Nous la poursuivrons si cette opération ne se fait pas. Notre restructuration date de fin 2020, elle est derrière nous. La flotte poursuit son développement. Nous avons reçu nos quatre Airbus Neo en 2021. Le cinquième sera livré dans quelques jours. En 2024, notre flotte sera totalement homogène et composée exclusivement d’A330 neo neufs. Nous avons aussi annoncé la création de 120 emplois d’hôtesses et de stewards outre-mer. Ce sont des jeunes, tous inscrits à Pole Emploi.

Je suis partisan de la consolidation.

Revenons au projet, pourquoi ce rapprochement aurait-il du sens ? Marc Rochet, PDG d’Air Caraïbes, rappelle quand même qu’Air Austral va mal, avec une dette colossale et une flotte hétérogène…

Pascal de Izaguirre : Je suis partisan de la consolidation. Dans le transport, la notion de taille critique est importante. Nous aurions énormément de synergies à déployer, avec de la création de valeur. Nos réseaux sont complémentaires. Nous pourrions faire des achats en commun. L’union fait la force. Le CSE de Corsair avait d’ailleurs rendu un avis favorable sur le principe. Pour ce qui est de sujets comme l’homogénéisation de la flotte, il faudrait voir cela au niveau de la holding.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Pascal de Izaguirre : L’Etat a toujours dit qu’il faudrait que le dossier soit clarifié d’ici la fin du mois de juin. Globalement, deux dossiers sont donc sur la table : celui d’un rapprochement avec Corsair, soutenu par l’Etat ; et celui privilégié par la région de La Réunion, en stand alone, avec un consortium d’investisseurs réunionnais. Les discussions bilatérales entre l’Etat et La Réunion se poursuivent, nous n’y participons pas. Le projet doit désormais se décanter au niveau politique, je n’ai pas à me prononcer. Nous en sommes là. Ce n’est plus entre mes mains. Pour convoler, il faut être deux. La région La Réunion est le pivot dans cette affaire. C’est à elle de se déterminer.

Donc pour vous, il reste peu de chances pour que le projet de rapprochement Corsair-Air Austral se fasse ?

Pascal de Izaguirre : Non, je ne dis pas cela non plus. Je ne fais aucun pronostic. J’attends de voir la suite. Certains éléments m’échappent dans ce dossier. Nous verrons comment la situation évolue.

Si effectivement le rapprochement n’a pas lieu, vous pensez remettre le partenariat commercial à l’ordre du jour ?

Pascal de Izaguirre : Oui, si les autorités de la concurrence sont d’accord avec ce partenariat commercial et à quelles conditions. Avec Air Austral, cela fait plusieurs mois que nous avons entamé les discussions à ce sujet.

Marc Rochet est lui aussi intéressé par un partenariat commercial ?

Pascal de Izaguirre : Il est logique qu’il veuille se positionner. Mais il n’est pas sûr qu’il ait entamé des discussions en ce sens. Ce sont des processus tellement exigeants en énergie et en moyens qu’il est difficile de mener deux projets en parallèle. Pour l’instant, nous allons jusqu’au bout de l’examen du rapprochement avec Air Austral.

La hausse du prix du baril représente un surcoût de 50 millions d’euros pour Corsair, sur le seul deuxième semestre.

Autre sujet d’actualité : quel est l’impact de l’envolée du pétrole sur votre bilan ?

Pascal de Izaguirre : Très important. Pendant le Covid, les compagnies ont eu des aides d’Etat comme amortisseur. Là, le prix du kérosène explose, sans aide gouvernementale à ce jour. Le transport aérien, via la Fnam, réclame d’ailleurs un soutien, notamment via son inscription dans le Plan Résilience. Le prix du baril de pétrole a plus que doublé par rapport à l’hypothèses budgétaires, c’est gigantesque. Pour nous, cela représente un surcoût de 50 millions d’euros pour Corsair, sur le seul deuxième semestre, soit du 1er avril au 30 septembre 2022. Alors bien sûr, nous avons dû, comme les autres compagnies, augmenter les tarifs. Néanmoins, on ne répercute pas la totalité du surcoût. Sinon on casserait la dynamique de reprise.

Comment se présente l’été ?

Pascal de Izaguirre : Les ventes sont en forte croissance. Au deuxième semestre, nous serons au niveau de 2019, voire au-dessus. Les gens veulent se faire plaisir. Le problème, c’est l’augmentation du fuel et l’inflation qui risque d’impacter la consommation. L’hiver s’annonce plus difficile.

Nous avons parlé en plénière d’un problème de surcapacité sur Antilles, versus 2019. Vous avez pointé la responsabilité d’Air France…

Pascal de Izaguirre : Je ne veux pas faire de polémique. Mais Air France a très considérablement augmenté son offre. C’est déstabilisant.

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