Laurent Abitbol (Havas Voyages/Selectour) : « Nous voulons la même prise en charge des coûts que les restaurateurs »

Totalement abasourdi par les annonces du gouvernement, le patron de Marietton et de Selectour demande à l'Etat de soutenir plus fortement les professionnels du voyage. "Nous sommes la profession la plus sinistrée", martèle-t-il.

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Linda Lainé

Linda Lainé

15 janvier 20213 min de lecture

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Laurent Abitbol, président de Selectour et du groupe Marietton Développement.© Archives L'Echo touristique

"Nous avons reçu une énorme gifle", nous explique en préambule Laurent Abitbol, président de Marietton Dévelopement et du directoire de Selectour, au lendemain des annonces de Jean Castex. Le gouvernement déconseille "totalement et strictement" les déplacements internationaux ? "Compte tenu de la situation sanitaire, nous pouvons comprendre cette décision, ajoute-t-il. Mais alors, nous devons être considérés comme des établissements fermés. Nous avons besoin d'une prise en charge de 70% des frais fixes, comme les restaurateurs."

"Nous sommes la profession la plus sinistrée"

"C'est la triple peine pour nous", poursuit Laurent Abitbol. "Nous avons géré les annulations du premier confinement, puis les reports de reports, et nous rentrons dans la troisième vague d'annulations. Nous sommes la profession la plus sinistrée : nous n'avons plus de chiffre d'affaires, et nous sommes obligés de faire travailler nos collaborateurs." A contrario, les restaurants fermés, par exemple, n'ont pas besoin de maintenir des employés au travail, sauf s'ils développent la vente à emporter... laquelle génère des recettes. Le groupe Marietton, qui paie un million d’euros de loyer par mois, a pour sa part rouvert ses 450 agences de voyages dès le 11 janvier 2021. "La réouverture a plutôt bien marché. Nous étions à un niveau de 45% de commandes. Notre travail est massacré". Suite aux nouvelles consignes du Quai d'Orsay et du Premier ministre, Laurent Abitbol va modifier les plannings de ses points de vente.

Une profession abasourdie

Comme d'autres dirigeants, le patron regrette aussi que la profession n'ait pas été avertie des nouvelles mesures, qui vont entraîner une gestion kafkaïenne des dossiers en cours. Les agences de voyages, les TO et les transporteurs vont devoir gérer des reports et des annulations suite, notamment, à l'instauration d'une septaine obligatoire dès lundi 18 janvier pour les personnes de retour de pays hors UE. « Je comprends que ce soit très difficile pour le gouvernement, qui nous a par ailleurs fortement soutenus », nous a confié Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde et vice-président du Syndicat des entreprises de tour-operating. « Mais annuler au dernier moment les voyages concernés aura, pour les professionnels du voyage, de lourdes conséquences financières, organisationnelles, psychologiques et sociales. » "La décision du Premier ministre d’imposer un isolement de 7 jours à tous les voyageurs provenant de destinations hors Europe soulève de nombreuses questions puisque toutes les doctrines de santé publiques disent que la fermeture des frontières pour endiguer une épidémie est inutile", ont pour leur part réagi ce matin Les Entreprises du Voyage. "Elle induit le doute sur l’efficacité des tests PCR, puisque malgré deux tests négatifs (un au départ du pays d’origine, un à l’arrivée en France), l’isolement sera nécessaire." Des tests qui sont pourtant devenus une obligation imposée par de nombreuses destinations.

Ce qu’a dit Bruno Le Maire

Lors de la conférence de presse du 14 janvier, Bruno Le Maire a confirmé des aides pour les secteurs fermés administrativement, comme les restaurants, ou les entreprises en grandes difficultés. « Nous avons parfaitement conscience du fait que, pour beaucoup d’entrepreneurs, le poids des coûts fixes, notamment des loyers, est absolument insupportable dans cette période de fermeture ou de limitation de leur activité. Cela concerne des structures importantes, je pense aux chaînes d’hôtels et aux restaurateurs, aux activités indoor », a souligné le ministre. « Nous prendrons en charge jusqu'à 70% des coûts fixes pour les entreprises qui ont un chiffre d'affaires supérieur à un million d'euros par mois », a-t-il poursuivi. Un plafond de 3 millions d'euros est prévu sur la période allant de janvier à juin 2021. Il s'agit d'un « point de départ, nous allons négocier avec la Commission européenne pour relever ce plafond », a complété le locataire de Bercy.

EN DIRECT | #COVID19: conférence de presse du Premier ministre @JeanCastex. https://t.co/IwUGgBRKhL

— Gouvernement (@gouvernementFR) January 14, 2021

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