La Réunion tourne la page du chik
Désertée en 2006 en raison de l’épidémie de chikungunya, l’île de l’océan Indien retrouve ses touristes de loisirs, quelques mois après la clientèle affinitaire et les voyageurs d’affaires.
Impossible de les manquer. Les affiches publicitaires pour l’île de la Réunion tapissaient les couloirs du métro menant au salon Le Monde à Paris (MAP), qui s’est déroulé la semaine dernière à Paris Expo. Elles font partie d’une vaste campagne publicitaire (d’un coût de 1,7 ME), comprenant 2 000 panneaux 4×3 et plus de 270 spots radio, avec le slogan La Réunion, une île, un monde. Les investissements publicitaires financés par la région depuis deux ans commencent à porter leurs fruits. Le tourisme est bien reparti. L’île a accueilli près de 340 000 visiteurs en 2007, alors que la destination avait été désertée en 2006 pendant et après l’épidémie de chikungunya. Il n’y a plus aucun cas de chik sur l’île. Les pouvoirs publics ont employé les grands moyens pour assainir et démoustiquer. Et la plupart des Réunionnais qui ont été malades sont maintenant immunisés. Ils ne sont donc plus des vecteurs porteurs de la maladie, explique Catherine Frécaut, directrice de l’agence réunionnaise Bourbon Voyages.
Une croissance à deux chiffres
Ce retour à la normale est enfin passé auprès des agences de voyages. Les tour-opérateurs français constatent tous une hausse exponentielle de leur portefeuille de réservations. Même si les chiffres 2006-2007 étaient faibles, le nombre de nos clients a été multiplié par trois sur la période allant du 1er novembre dernier au 30 avril prochain. C’est très encourageant, constate Olivier Larue, directeur général adjoint d’Austral Lagons. Après les 8 000 clients réalisés sur la Réunion en 2007, nous enregistrons une croissance à deux chiffres en 2008, se réjouit pour sa part Gilbert Cisneros, DG d’Exotismes. L’île est la troisième destination du TO, en nombre de clients comme en chiffre d’affaires. Tourinter confirme également la tendance. Notre portefeuille de réservations 2008 affiche une croissance de 50 % par rapport à l’hiver précédent, annonce Valérie Julliard, chef de produit de ce spécialiste, filiale de TUI Travel. Le fait d’appartenir au même groupe que Nouvelles Frontières nous permet de vendre le Paladien Les Villas du Récif, établissement qui rencontre un bon succès, ajoute-t-elle. De fait, l’île semble partie pour approcher les 400 000 touristes comme en 2004 et 2005. La Réunion a à la fois retrouvé ses visiteurs affinitaires et d’agrément et un niveau de tourisme d’affaires qui n’est pas négligeable, se félicite Pierre Vergès, président de l’Ile de la Réunion Tourisme (IRT), la structure qui succède au Comité du tourisme de la Réunion (CTR).
Cet engouement général est pour certains encore à nuancer. Si la clientèle d’affinité constituée de la famille ou des amis est revenue, le retour des touristes de loisirs est plus timide, témoigne Catherine Frécaut. Surtout, l’île a changé de visage, car la capacité d’hébergement a chuté de 25 %. De nombreux hôtels classés, notamment dans la catégorie 3b, ont fermé. Et l’hôtellerie familiale dans l’intérieur de l’île reste très fragile.
Ce manque de capacités est l’un des freins à la relance hors France. Nous prospectons des marchés à fort potentiel comme l’Allemagne et les pays scandinaves. Nous aimerions aussi nous diversifier sur des marchés extra-européens, comme l’Afrique du Sud, mais il faudrait que l’Etat facilite la délivrance des visas. Alors seulement nous pourrons relancer le développement hôtelier, affirme Pierre Vergès. Plusieurs projets attendent ainsi une autorisation administrative : deux complexes balnéaires dans l’Ouest, un établissement dans l’Est, et un autre qui serait situé sur les flancs du Piton de la Fournaise. La balle est dans le camp des politiques.
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