La certification ne suffit pas à construire un tourisme durable
Les labels permettent aux entreprises volontaires de progresser. Mais l’engagement des consommateurs et des normes plus strictes permettraient d’aller plus loin.
Le 1er juin, plus d’une centaine de participants réunis en congrès à l’occasion de la 5e Journée mondiale pour un tourisme responsable ont débattu de la question Le tourisme durable : quelles garanties ?. Si les labels sont nécessaires, ils ne suffisent pas pour construire un tourisme plus responsable, constatent plusieurs intervenants.
Pour Gérard Guerrier, directeur général d’Allibert, le problème est simple : « La certification, si on a une démarche sincère, nous aide à progresser vers un tourisme plus responsable. » Dans le cas contraire, elle sert simplement d’argument marketing : du greenwashing. Comme le fait remarquer Bernard Schéou, chercheur à l’université de Perpignan, on peut avoir une démarche responsable sans qu’un « tampon » vienne la valider et a contrario, mettre en avant un label qui « oublie » des points essentiels concernant des impacts sociaux et environnementaux. La démarche de l’Association pour un Tourisme Équitable et Solidaire, plus exigeante que les labels existants, « n’est pas une certification à proprement parler, puisque les différentes associations s’évaluent entre elles », explique ainsi Guillaume Cromer, consultant en tourisme durable pour le cabinet SPE Tourisme.
UN SUCCÈS RELATIF
Le succès des voyages et des hôtels labélisés est également assez relatif. Les séjours responsables et équitables représentent environ 1 % des ventes et seul 2 % des hôteliers français ont intégré des critères de développement durable. « Les touristes poussent-ils l’industrie à être plus responsable ? » s’interroge Helena Rey, du Global Sustainable Tourism Council. « Je ne vends pas plus avec un logo responsable. Les clients s’en fichent », regrette Gérard Guerrier.
Des consommateurs mieux informés et plus sensibilisés pousseraient le secteur à se mettre au vert, pense Helena Rey : « Il faut travailler avec les intermédiaires clefs, comme les guides de voyages, les portails Internet, les médias, les agences… l’objectif est de mettre en avant les produits certifiés, d’expliquer leurs avantages. » À la sensibilisation, devrait s’ajouter une plus grande implication des pouvoirs publics. « Au Costa Rica, la certification est gratuite », note en exemple Gérard Ruiz, président du Partenariat mondial pour un tourisme responsable. Enfin, des réglementations plus strictes en matière de développement durable permettraient de rétablir une certaine égalité. « Aujourd’hui, si je pousse mes partenaires à se conformer à ma charte et à respecter la loi dans certains pays, alors que mes concurrents ne le font pas, je suis hors-marché », remarque Gérard Guerrier. « Si les consommateurs, comme les entreprises, n’avancent pas, alors il faut réglementer », conclut Bernard Schéou.
