Est-ce l’entrée dans les terres du Mordor décrites par Tolkien ? L’instant précédant l’apparition d’une armada de drakkars vikings ? Dans un brouillard à couper au couteau, notre 4X4 avance sans repère au milieu d’un dédale minéral. Angoissant. Pour l’Islande, cette brume épaisse et capricieuse n’a pourtant rien d’un handicap touristique : elle entretient l’image mystérieuse, sauvage et onirique de la destination. Sans compter que la météo, sur cette île aux confins du cercle polaire, change souvent plusieurs fois par jour, y compris pour laisser place au soleil. La terre, en revanche, ne s’arrête jamais de fumer. Dans des paysages de premier matin du monde, le souffle de ses entrailles se concentre en colonnes de vapeur et de gaz qui s’élèvent dans une odeur de soufre. Posée sur un barbecue géant, l’Islande tire depuis longtemps profit de cette intense activité souterraine : six centrales géothermiques (dont la visite est passionnante) fournissent 30 % de l’électricité consommée sur l’île et 90 % de l’eau chaude, transportée via un impressionnant réseau de conduites métalliques qui sillonnent le pays tout entier.
