L’île Maurice paie cher son goût du luxe
Résultat d’un développement hôtelier qui a privilégié le très haut de gamme, la destination se retrouve aujourd’hui en surcapacité sur le 5* mais en manque de chambres sur les segments inférieurs.
«C’est une période difficile. » En plein IFTM/Top Résa, devant un parterre de professionnels du tourisme français, Arnaud Martin, numéro 2 du groupe Sun Resorts, avait joué la franchise. L’aveu, de toute façon, n’avait surpris personne. Tous ceux qui opèrent sur l’île Maurice savaient déjà dans quelle situation compliquée se trouvent les hôteliers mauriciens spécialistes du luxe, en particulier Sun et Naïade.
UN DÉSÉQUILIBRE QUI PROFITERA AUX TO GÉNÉRALISTES
Pierre Cosentino, DG de l’agence Nautil, résume le problème en deux phrases : « Ces groupes ont engagé de grosses dépenses pour se développer sur le très haut de gamme. Le résultat est une surcapacité en 5* et comme ils pratiquent des prix élevés pour rentabiliser leurs investissements, ils n’arrivent pas à remplir. » Auraient-ils pu faire autrement ? « Sun aurait voulu ouvrir un 4* , mais les coûts de construction sont tels que ça n’aurait pas été rentable », répond Fabrice Bouillot, directeur de la production de Tourinter. Résultat : l’île est désormais en manque cruel de capacités sur le 3 et le 4* . Hormis quelques bonnes adresses régulièrement citées, en particulier celles des groupes Veranda et Attitude, les TO disent avoir trop peu d’offres à proposer à leurs clients, alors pourtant que ce sont les segments qui marchent le mieux. « Même si Maurice reste une vraie destination haut de gamme, on a toujours vendu plus de 3 et 4* que de 5* », confirme Fabrice Bouillot. Cette hôtellerie milieu-haut de gamme fut d’ailleurs le moteur de la croissance l’an dernier, permettant à des opérateurs comme Tourinter ou Exotismes de terminer la saison à + 30 ou + 35 % en nombre de clients. Conscient de perdre des parts de marché, et confronté à l’agacement grandissant des TO, le groupe Naïade commence à consentir des rabais dans ses hôtels 5* . Mais ceux qui tireront le plus de profit de ce déséquilibre du parc hôtelier mauricien pourraient bien être, au contraire, les TO généralistes à gros volumes, bien décidés à occuper le segment 3* avec leurs hôtels clubs. Un mouvement que rejoint cet hiver Fram, qui ouvre dans l’île son premier Framissima, mais que le ministère du Tourisme mauricien continue de voir d’un mauvais oeil. À en croire Hon Michaël Yeung Sik Yuen, le nouveau ministre, c’est surtout le cas Marmara qui ne passe toujours pas. Ouvert il y a trois ans, le club du TO n’a cessé de susciter les critiques gouvernementales. « Nous l’avons encore répété à Marmara, Nouvelles Frontières et Corsairfly lors de l’IFTM-Top Résa, nous sommes là pour faire du haut de gamme, martèle le ministre. Nous allons donc continuer à pousser les 4 et 5* , les remettre en pleine lumière. » Besoin de remplissage oblige.
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