Retrouvez l'actualité du Tourisme pour les professionnels du secteur tourisme avec l'Echo Touristique : agences de voyages, GDS, prestataires spécialisés, voyagistes

Fin des colos apprenantes, taxation : Michaël Brugeas tire la sonnette d’alarme pour défendre des colonies de vacances déjà en perte de vitesse

Pour Michaël Brugeas, cofondateur du réseau Resocolo et président d’Éole Loisirs, le gouvernement doit soutenir les colonies de vacances. Or le projet de budget 2026 risque au contraire de l’affaiblir avec l’arrêt du dispositif des colos apprenantes et les 8% de taxation des œuvres sociales.

L’Écho touristique : Des mesures inscrites dans le Projet de loi de finances et le Projet de loi de financement de la sécurité sociale 2026 prévoient la suppression du dispositif « colos apprenantes » et la taxation à 8% du budget des activités sociales et culturelles des CSE. Votre réaction ?

Michaël Brugeas : Les œuvres sociales – une spécificité, voire une exception française – bénéficient à 28 millions de Français et représentent 3 milliards d’euros versés par les CSE et collectivités. Elles prennent différentes formes selon les conventions collectives et les accords d’entreprise : tickets-restaurants, chèques-vacances, financement de voyages et de colonies de vacances. Le projet de budget 2026 prévoit la taxation à 8% de cette enveloppe de 3 milliards d’euros (dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, Ndlr). Concrètement, 240 millions d’euros ne seront pas redistribués, c’est énorme comme perte de pouvoir d’achat. Et c’est un mauvais signal du gouvernement, surtout dans un contexte où les familles ont besoin de soutien. Cette logique court-termisme met en péril des emplois et l’accès aux colonies de vacances – un marché déjà fragilisé.

2 millions d’enfants partaient en colonie de vacances il y a 25 ans. En 2024, ils n’étaient plus que 1,2 million, selon Jeunesse en plein air.

Pourquoi est-ce si important de soutenir les colonies de vacances ?

Michaël Brugeas : Les colonies de vacances, les séjours linguistiques, les voyages de mineurs organisés sont vecteurs de lien social depuis les années 30. Même si nous sommes désormais dans une logique marchande, leur utilité sociale demeure reconnue. D’ailleurs, Éole est agréé entreprise solidaire d’utilité sociale par la préfecture. Le début des années 2000 correspond à l’âge d’or des colonies de vacances, avec 2 millions d’enfants par an, dont 90% en France. En 2024, ils n’étaient plus que 1,2 million.

Qu’a apporté le concept des colo apprenantes créé en 2020 ? Est-ce avant tout un dispositif de communication ?

Michaël Brugeas : Le secteur a été fortement soutenu par l’État pendant la pandémie. C’est à ce moment-là qu’ont été lancées les colos apprenantes, grâce à l’implication de Sarah El Haïry et de Pascale Fontenel-Personne (ex-députée de la Sarthe, NDLR).

colonie de vacances
© Adobe Stock

Les colonies de vacances ont alors fait l’objet d’une campagne de communication pour rappeler leurs bienfaits et d’aide financières aux familles. La campagne a été bénéfique. 80 000 enfants sont partis grâce au dispositif l’an dernier (contre 250 000 en 2020, Ndlr). La terminologie « apprenante » a redonné ses lettres de noblesse aux colonies de vacances comme lieux d’apprentissage du vivre-ensemble. Le pass colo, mis en place pour les enfants pendant l’année civile de leurs 11 ans, a lui aussi été dans le bon sens en termes de communication.

Pourquoi est-on passé de 2 millions d’enfants en colonies de vacances à 1,2 million en 25 ans ?

Michaël Brugeas : La démographie avec la baisse de la natalité, la crainte par rapport à des affaires de pédophilie et des accidents largement médiatisés, les familles monoparentales, le pouvoir d’achat.

Nous pourrions aussi imaginer qu’une partie des chèques-vacances bénéficient aux colonies de vacances. Il s’agirait de chèques colos fléchés vers des prestataires Atout France et SDJES*.

Qu’attendez-vous aujourd’hui du gouvernement et du ministre Serge Papin, en charge à la fois du tourisme et du pouvoir d’achat ?

Michaël Brugeas : Nous n’attendons rien du gouvernement en termes d’aides. Nous comptons sur lui pour promouvoir les colonies de vacances et le professionnalisme des organismes encadrant les enfants. Nous avons besoin d’une vraie reconnaissance de notre secteur, ce qui est en cours au sein d’Agir pour un tourisme responsable (dont Michaël Brugeas est vice-président, Ndlr). La revalorisation du salaire des animateurs, votée en mai, permet déjà de rendre le métier plus attractif.

Il faut maintenant promouvoir cette forme de vivre ensemble. Et renoncer à 8% de taxation pour renflouer les caisses de la Sécurité Sociale. Les entreprises du secteur risquent d’avoir 8% de baisse d’activité.

Nous pourrions aussi imaginer qu’une partie des chèques-vacances bénéficient colonies de vacances. Il s’agirait de chèques colos fléchés vers des prestataires Atout France et SDJES*.

Qu’attendez-vous des collectivités et des Comités Sociaux et Économiques (CSE) sur le sujet ?

Michaël Brugeas : J’appelle les collectivités et les CSE à clarifier leurs positions. Il faut éviter la dérive consistant à remplacer les chèques-vacances ou chèques-colo par des cartes de paiement direct, déconnectées de projets éducatifs. L’argent fléché vers les voyages et les colonies doit effectivement rester une subvention ciblée, soutenant notamment le départ des enfants.

* Service départemental à la jeunesse, à l’engagement et aux sports

 À lire aussi :

- Publicité -

Laisser votre commentaire (qui sera publié après modération)

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Dans la même rubrique
Eventiz from Travelsoft