Incendies : « Le problème, c’est qu’août représente 40% du chiffre d’affaires des campings » selon Nicolas Dayot
Quel est l’impact des incendies sur l’activité des campings, notamment en Gironde ? Comment préparer le jour d’après en particulier le stratégique mois d’août ? Les réponses de Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA).
L’Écho touristique : Suite aux incendies, quelle est la situation des campings en Gironde, dans les Landes et plus largement en France ?
Nicolas Dayot : La concentration des problèmes se situe principalement en Gironde et dans les Landes, même si des incendies touchent aussi d’autres départements comme la Corse et le Var.
Depuis le début de la saison, plus de 70 campings ont été évacués en France. C’est un record absolu pour la profession. En Gironde et dans les Landes, plus de 40 000 personnes ont déjà été évacuées.
Une vingtaine de campings sont concernés dans les Landes, et le nombre continue d’augmenter en Gironde, notamment avec les évacuations préventives décidées ce matin à Lacanau.
Les campings ont-ils subi des dégâts matériels importants ?
Nicolas Dayot : À ce stade, les dégâts restent heureusement limités. Un camping de Lège-Cap-Ferret, « Aux Couleurs du Ferret », a brûlé. Trois autres établissements ont été légèrement touchés, avec quelques mobil-homes endommagés, mais l’étendue exacte des dégâts doit encore être évaluée.
La priorité reste évidemment la sécurité des personnes. Il serait indécent de parler uniquement des conséquences économiques alors que quatre pompiers ont perdu la vie et que de nombreux habitants ont perdu leur maison.

Les professionnels du tourisme comprennent-ils les appels des autorités à ne pas se rendre dans les zones concernées ?
Nicolas Dayot : Les professionnels sont très remontés face à des déclarations des autorités (notamment de la préfète de Gironde, Ndlr), car elles interviennent au pire moment de la saison. Mais, intellectuellement, nous ne pouvons que comprendre la position du gouvernement : tant que le feu n’est pas fixé, il existe des risques pour la population et les secours.
Le problème, c’est que le mois d’août représente 40% du chiffre d’affaires annuel des campings. Si l’activité est fortement perturbée à cette période, les conséquences seront très dramatiques, en particulier pour les établissements indépendants et les plus fragiles.
Tous les campings de la presqu’île du Cap-Ferret sont-ils fermés ?
Nicolas Dayot : Dans quasiment toute la zone, les campings ont été évacués et ne peuvent donc plus accueillir de clients. Mais d’autres établissements du département sont dans des situations différentes. Certains n’ont pas été évacués, ne sont pas directement exposés aux fumées et continuent d’accueillir des vacanciers. L’accès peut toutefois être très compliqué, car certaines routes sont réservées aux véhicules de secours.
Quels sont les droits des clients lorsque leur camping est évacué ?
Nicolas Dayot : La situation dépend de la capacité juridique du camping à fournir la prestation prévue. Si l’établissement est fermé ou évacué et ne peut plus accueillir le client, celui-ci doit être remboursé.
Les campings appartenant à des groupes peuvent parfois proposer une autre destination ou un avoir – avoir que le vacancier peut accepter ou refuser. Les clients acceptent souvent ces solutions, notamment lorsqu’une alternative leur est rapidement proposée. La situation s’avère beaucoup plus difficile pour les campings indépendants avec un seul établissement.
La profession a-t-elle prévu des solutions ?
Nicolas Dayot : La FNHPA a lancé une opération nationale de solidarité. Nous avons demandé aux campings de toute la France de mettre à disposition des hébergements afin que les établissements évacués puissent offrir des alternatives à leurs clients.
Plus de 3 000 hébergements ont déjà été proposés par des campings situés dans différentes régions. Le camping évacué met ensuite son client en relation avec un autre établissement similaire.
Cette initiative peut permettre d’éviter certains remboursements et de sauver des entreprises qui, dans certains cas, ne disposent plus de trésorerie suffisante. Les acomptes et les paiements encaissés pour la saison ont souvent déjà été utilisés pour faire fonctionner les établissements.
Qu’attendez-vous du gouvernement ?
Nicolas Dayot : La réunion avec les ministres organisée hier s’est bien passée. Nous avons senti des interlocuteurs à l’écoute et mobilisés pour trouver un équilibre entre la protection des personnes et la préservation des entreprises.
L’activité partielle constitue une première réponse. Les reports d’échéances fiscales et sociales annoncés par l’Urssaf et Bercy sont également utiles, car ils permettent de ne pas aggraver les difficultés de trésorerie.
Nous souhaitons aussi que la Fédération bancaire française demande aux banques de faire preuve de souplesse. Dans nos activités saisonnières, certaines échéances de prêts interviennent après l’été, parfois en une seule fois. Si les campings ne peuvent pas les régler en septembre, certains risquent le dépôt de bilan. Il faudrait pouvoir reporter ou fractionner ces échéances.
Les assurances peuvent-elles couvrir les pertes d’activité ?
Nicolas Dayot : Les déclarations de sinistre peuvent être effectuées jusqu’au 31 août. Mais la plupart des contrats d’assurance conditionnent la prise en charge de la perte d’exploitation à l’existence de dommages matériels. Or, dans la quasi-totalité des campings évacués, il n’y a pas eu de destruction. Le camping n’a pas brûlé, mais il n’a pas pu fonctionner. Dans ce cas, les remboursements dus aux clients devront être assumés directement par les entreprises.
Quelques contrats prévoient une indemnisation de la perte d’exploitation même en l’absence de dommages matériels, mais cela reste très minoritaire. Nous espérons que les assureurs accepteront un geste exceptionnel pour les campings évacués sur décision des autorités.
Les incendies nous rappellent la rapidité du dérèglement climatique Comment la profession doit-elle se préparer ?
Nicolas Dayot : Cet épisode montre qu’il faut accélérer l’adaptation des territoires et réduire la vulnérabilité des campings. Nous sommes prêts à travailler sur ce sujet. Mais il ne faudrait pas que de nouvelles contraintes conduisent à supprimer l’activité touristique ou à réduire la capacité d’accueil des établissements.
On ne peut pas demander davantage d’ombre pour protéger les vacanciers de la chaleur et, dans le même temps, supprimer toute la végétation des campings au nom de la prévention des incendies. Il faut gérer la végétation intelligemment, créer des coupures entre les forêts et les activités humaines et mieux aménager les espaces, mais pas transformer les campings en déserts.
Un établissement qui passerait de 200 emplacements à 50 ne pourrait plus faire face à ses obligations financières et disparaîtrait. La réduction de la vulnérabilité doit donc être pensée en tenant compte de la viabilité économique des entreprises.
Quel est l’impact des incendies sur les réservations ?
Nicolas Dayot : Les demandes d’annulation commencent à augmenter, mais nous ne disposons pas encore de chiffres consolidés. Certains propriétaires de campings ont eux-mêmes été évacués et n’ont plus accès à leurs outils numériques. Ils doivent gérer une masse importante d’appels et de courriels dans des conditions très difficiles.
Nous demandons donc aux clients de faire preuve d’indulgence et de patience.
Comment se présente la saison pour tous les campings français ?
Nicolas Dayot : À l’échelle nationale, la saison était globalement stable par rapport à 2025 avant le début des incendies. Les emplacements nus se comportaient bien, tandis que les hébergements locatifs subissaient davantage les arbitrages liés au pouvoir d’achat.
Les incendies auront un impact très important pour les territoires concernés, mais une partie des clients pourra être reportée vers d’autres régions. En 2025, les campings de Gironde ont produit 5,3 millions de nuitées, ceux des Landes 7,9 millions.
Les canicules ont-elles également déplacé la demande touristique ?
Nicolas Dayot : Oui. Une partie des vacanciers s’est reportée vers le littoral de la Bretagne, des Pays de la Loire, de la Normandie et des Hauts-de-France, ainsi que vers la moyenne montagne. Ces destinations offrent davantage de fraîcheur et de circulation de l’air.
Le phénomène est toutefois plus complexe qu’il n’y paraît. Certaines régions du Sud, notamment en Occitanie, ont aussi bénéficié d’une demande accrue pour des hébergements climatisés. Les comportements évoluent rapidement.
Peut-on espérer une reprise pour les territoires touchés ?
Nicolas Dayot : Oui, mais il faudra une mobilisation collective et une communication adaptée. Une grande campagne devra être lancée dès la fin de l’épisode, puis en préparation de la saison prochaine, afin de rappeler que les territoires concernés restent attractifs.
Les exemples précédents montrent une réelle résilience. Dans les Pyrénées-Orientales, le camping Brasilia, dont un tiers avait été détruit par un incendie, a rouvert et enregistré peu d’annulations. Après les incendies de 2022, la dune du Pilat a également retrouvé son attractivité.
La Gironde et les Landes devront sans doute engager un important travail de replantation et de reconquête paysagère. Mais si les acteurs publics et privés travaillent ensemble, ces territoires peuvent retrouver leur fréquentation.