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Pour des safaris responsables, Eco Tanzania accepte d’être plus cher

L’impact à destination est le sujet phare du séminaire ATR, qui se déroule actuellement à Malaucène, dans le Vaucluse. Un impact qui demande une démarche engagée, comme l’a démontré l’agence Eco Tanzania.

« Nous avons récemment créé Eco Tanzania, un réceptif qui a vocation à travailler avec des agences souhaitant faire des voyages responsables en Tanzanie », pose Emilien Chauvetet.

Emilien est le directeur d’Endallah, une entreprise qui organise depuis 2009 des voyages équitables et solidaires en Tanzanie et au Kenya. L’an passé, ce spécialiste des safaris a « imaginé » le réceptif Eco Tanzania avec le soutien de Jean-Christophe Guérin, propriétaire de Vie Sauvage et président d’Agir pour un tourisme responsable (ATR).

Cette jeune marque n’a pas d’ambitions démesurées, mais la volonté de créer des voyages sur mesure et à impact auprès des Tanzaniens.

Economie solidaire

« 85% du prix du voyage va à des Tanzaniens », promet Emilien Chauvetet. Eco Tanzania ne possède ni flotte de véhicules ni hébergements. Une grande partie de ses guides touristiques possèdent leurs propres 4X4, « et donc gagnent de l’argent dessus ». Eco Tanzania privilégie également les lodges et des hôtels détenus par des locaux, ou encore des chambres d’hôtes. « Nous dégageons 20% de profits. Et nous reversons 3% dans l’économie locale. »

Eco Tanzania distribue à ses clients de bonnes pratiques à ses clients.

Le réceptif assure avoir ainsi investi 70 000 dollars l’an passé. Eco Tanzania a notamment financé la construction d’un restaurant désormais géré par trois femmes tanzaniennes qui préparent des « lunchbox » écoresponsables à 15 dollars. C’est le restaurant solidaire Mama Umoja.

Les safaris qui s’imprègnent d’une démarche responsable ont naturellement un coût. « En travaillant avec nous, Jean-Christophe a accepté d’augmenter son prix d’achat de 7% à 8%. Nous ne pouvons pas être aussi compétitifs que des réceptifs rognant leurs marges sur tout », reconnaît Emilien Chauvetet.

L’entrepreneur a présenté son agence locale à l’occasion du séminaire d’ATR, qui se déroule du 3 au 5 novembre dans une résidence Arts et Vie située à Malaucène dans le Vaucluse.

Après le carbone, l’impact à destination

« La question de l’utilité du voyage est souvent questionnée, a rappelé Jean-Christophe Guérin. Or le voyage a de l’utilité s’il a de l’impact à destination. »

Caroline Le Roy © Maria Alberola
Caroline Le Roy – © Maria Alberola

En 2025, l’impact à destination représente ainsi le sujet phare du séminaire d’ATR, qui s’est longtemps concentré sur le bilan carbone. Pendant trois jours, les adhérents présents vont travailler en petits groupes afin de trouver une méthode commune, en vue d’un guide pratique en 2026. ATR a déjà conçu des guides pour les opérateurs de voyage, sur différents thèmes : eau, inclusivité, 0 plastique, communication RSE…

En parallèle, l’association fait avancer son jeune fonds de dotation, en partenariat avec 1% for the Planet France. L’objectif est de financer trois projets climatiques et solidaires : restauration de coraux au Kenya, agroécologie et sécurité alimentaire en Inde, préservation de haies en France. Trois premiers membres s’engagent dans le fonds : Arts et Vie, Les Compagnies du Voyage, Eric & the Trip. « Nous n’obligeons pas les membres d’ATR à verser 1% de leur chiffre d’affaires », précise Jonathan Guyot, responsable senior des programmes et partenaires environnementaux de 1% for the Planet France. Ce n’est donc pas un prérequis.

« Le tourisme est pharmakon »

À l’occasion du séminaire, Caroline Le Roy, actuellement sous contrat au sein de Fairmoove Solutions, a pour sa part pointé les contradictions du tourisme.

« Le tourisme est pharmakon », a-t-elle insisté, reprenant un terme utilisé par l’anthropologue Prosper Wanner, notamment à propos de Venise. Autrement dit, le tourisme est à la fois remède, poison et bouc-émissaire.

« Il faut faire en sorte que le tourisme soit un remède et pas un poison et encore moins un bouc-émissaire », a ajouté Caroline Le Roy. « Le secteur contribue d’ailleurs à la santé des territoires. Grâce aux taxes perçues par le secteur, vous pouvez financer et développer certains services publics. »

Caroline Le Roy s’intéresse fortement au sujet, et finalise d’ailleurs une thèse de doctorat sur « le travail institutionnel des organismes de gestion de destination face aux défis de l’Anthropocène – le cas des tableaux de bord ».

Une centaine de professionnels sont réunis au séminaire d’ATR. Julie Geoffroy devient co-directrice, en tandem avec Julien Buot. © Linda Lainé

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