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Vacances d’été : vers un déficit de 300 000 partants selon Didier Arino

Didier Arino, directeur de Protourisme, analyse les tendances de l’été. Les Français partiront moins en vacances cet été, et surtout moins à l’étranger, d’après un sondage effectué fin juin.

L’Écho touristique : Vous avez mis à jour votre sondage sur les intentions de départ pour l’été 2026, en interrogeant les Français fin juin. Quels sont les grands enseignements ?

Didier Arino : Nous observons une espèce de mouvement de yoyo assez incroyable. En début d’année, un million de Français de moins que l’an passé envisageaient de partir en vacances par rapport à l’an dernier – dont 400 000 sur l’été. Avec la guerre au Moyen-Orient, ce déficit est passé à deux millions de partants, soit un doublement sur l’été. Et là, nous enregistrons une reprise : nous avons regagné quasiment 500 000 personnes qui disent vouloir partir en vacances cet été, notamment parce qu’elles n’en peuvent plus des villes où l’on suffoque. Ces Français vont rechercher la mer ou des destinations plus fraîches. Mais dans le même temps, un certain nombre d’entre eux comptent annuler leur séjour à cause des canicules. Nous avons ces mouvements de yoyo perpétuels.

En janvier, 30% de ceux qui envisageaient de partir cet été avaient prévu un séjour à l’étranger. Nous sommes aujourd’hui autour de 24%.

Donc, à fin juin, vous constatez un déficit de 300 000 candidats aux vacances par rapport à l’an passé ?

Didier Arino : Oui, nous sommes en déficit d’environ 300 000 personnes. Toutefois, en prenant en compte une marge d’erreur, disons entre 250 000 et 400 000 personnes. Il y a beaucoup d’hésitations à réserver ses vacances. Et il faut ajouter à cette tendance une diminution de la durée moyenne de séjour, qui entraîne mécaniquement une baisse des nuitées. La sociologie du tourisme change également. Nous sommes de moins en moins dépendants de la période juillet-août, puisque plus de la moitié des vacanciers français ont plus de 50 ans.

Quelle est la répartition entre les destinations françaises et les destinations étrangères ?

Didier Arino : En janvier, 30% de ceux qui envisageaient de partir cet été avaient prévu un séjour à l’étranger. Nous sommes aujourd’hui autour de 24%. Et cette tendance bénéficie à la France, notamment à des Français qui avaient initialement prévus de partir de l’étranger et qui restent finalement en France.

En résumé : moins de partants, moins longtemps, plus en France ?

Didier Arino : Exactement. La tendance se résume en trois mots : moins loin, moins longtemps, moins cher. Pour les raisons que l’on connaît – la guerre au Moyen-Orient, les préoccupations de pouvoir d’achat, la hausse des prix des carburants. Et maintenant la canicule, qui joue dans les deux sens : elle incite certains urbains à partir, mais elle en fait annuler d’autres, qui se considèrent mieux chez eux, avec une piscine ou un certain confort.

Quel budget de vacances envisagent les Français ?

Didier Arino : Nous nous acheminons vers environ 1 850 euros par foyer pour des vacances en France, et autour de 3 300 euros pour l’étranger – en baisse dans les deux cas. Ce recul s’explique à la fois par la réduction de la durée des séjours, par les contraintes de pouvoir d’achat, et par un recours accru à des offres d’entrée ou de milieu de gamme. A observer aussi légèrement plus de non-marchand.

Quelles sont les destinations gagnantes et perdantes ?

Didier Arino : La grande gagnante de l’été, c’est la côte nord de la France, de la frontière belge jusqu’à la Vendée. Les zones de lacs sont également plébiscitées. Tout ce qui a de l’eau fonctionne. À l’inverse, les destinations sèches sont moins recherchées – et l’actualité ne fait qu’accentuer ce phénomène qui existait déjà avant.

La climatisation est devenue un critère déterminant dans le choix de l’hébergement.

Y a-t-il une tendance forte que vous n’avez pas encore évoquée ?

Didier Arino : Oui, deux. D’abord, une extraordinaire capacité d’adaptation : les Français réservent, annulent, se laissent le choix jusqu’au dernier moment chaque fois qu’ils le peuvent. C’est une demande de flexibilité que l’on n’avait jamais vue à ce niveau.

Ensuite – et c’est peut-être l’enseignement majeur -, la climatisation est devenue un critère déterminant dans le choix de l’hébergement. Nous sommes passés de 11% à 25% de vacanciers qui la considèrent comme totalement déterminante. Si on y ajoute ceux qui la jugent « importante », on atteint 60%. C’est la première fois que j’observe de tels chiffres. La climatisation arrive désormais avant le critère de la recherche d’expérience particulière ou originale.

Et le premier critère reste le prix ?

Didier Arino : Oui. Pour 71% des personnes interrogées, le prix est le premier critère de choix pour leurs vacances. Suivent le confort de l’hébergement à 61%, la possibilité de cuisiner soi-même à 39%, la présence d’un lieu de baignade à proximité (piscine, mer, lac) à 37%. Les critères suivants sont la présence de services intégrés (animations, spa, restaurants…) à 34%, l’hébergement climatisé à 25%, les formules tout compris (21%), les professionnels engagés dans démarches environnementales à 17%.

Un nombre croissant de clients réclament la climatisation. Comment l’offre s’adapte-t-elle ?

Didier Arino : C’est un vrai problème. Certains bâtiments neufs, conçus pour être économes en énergie l’hiver – avec isolation renforcée, baies vitrées, sans climatisation-, se transforment en fournaises l’été. Les décrets qui sont imposés aux hébergeurs, notamment par l’Ademe, ne sont pas du tout adaptés aux logements touristiques, qui fonctionnent essentiellement d’avril à septembre. Nous manquons cruellement de pragmatisme. 

*Méthodologie : sondage réalisé selon la méthode des quotas auprès de 1002 Français du 13 au 16 juin pour le profil du vacancier, et de 2034 personnes ayant l’intention de partir en vacances cet été du 20 juin au 02 juillet par internet.

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