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Face aux « obstacles », Renfe suspend son projet de train à grande vitesse entre l’Espagne et Paris

L’opérateur ferroviaire espagnol met fin à l’accord-cadre qu’il avait conclu avec SNCF Réseau pour atteindre Paris.

La liaison ferroviaire à grande vitesse entre l’Espagne et Paris verra-t-elle le jour ? Face aux « obstacles » et à l’absence d’homologations de ses trains, la compagnie ferroviaire espagnole Renfe a annoncé mercredi qu’elle suspendait son projet, qui devait initialement aboutir en 2024. « Comme nous ne pouvons pas établir d’horizon stable, nous avons retiré la réservation des sillons d’exploitation », c’est-à-dire les créneaux d’autorisation de circulation sur le réseau ferré, du projet de ligne à grande vitesse (LGV) reliant l’Espagne à Paris, ainsi que les sillons entre Paris et Lyon, a indiqué à l’AFP la Renfe.

Sujet « sensible »

Le sujet est « sensible », avertit la compagnie. Renfe évoque des « obstacles » l’empêchant d’avoir une « date opérationnelle claire ». Le groupe ferroviaire, engagé depuis plusieurs années dans un bras de fer avec les autorités ferroviaires françaises, maintient toutefois ses lignes déjà existantes jusqu’à Lyon et Marseille et dit « vouloir reprendre le projet quand les conditions techniques et opérationnelles le permettront ».

C’est un nouveau coup dur, voire un enterrement, pour ce projet de liaison, qui devait initialement voir le jour en 2024 pour les Jeux olympiques de Paris. Faute d’avoir obtenu une homologation pour ses nouveaux trains S-106, produits par le fabriquant espagnol Talgo, la Renfe avait ensuite évoqué une arrivée dans la capitale française en décembre 2024, puis à une date non précisée. La Renfe n’a pas souhaité donner davantage d’explications sur la suspension annoncée mercredi, alors qu’elle est engagée dans un bras de fer avec la SNCF qui l’oblige à revoir ses ambitions en France.

Plomb dans l’aile

Depuis quelques années, le marché à la grande vitesse a permis à des compagnies étrangères d’ouvrir des lignes dans l’Hexagone. Depuis 2023, Renfe dispose d’une ligne reliant Madrid à Marseille ainsi que d’une ligne reliant Barcelone à Lyon (un train par jour dans les deux cas), avec des arrêts dans les villes espagnoles de Gérone et Figueras, mais aussi à Perpignan et Montpellier.

La compagnie espagnole devait aussi relier Barcelone à Toulouse mais ce projet a également du plomb dans l’aile et avait été suspendu au printemps 2025, déjà pour des problèmes d’homologation de son matériel roulant. En avril 2025, la Renfe évoquait ainsi des « difficultés » dans le « déploiement de son offre de services à grande vitesse en France » et disait avoir « engagé un processus d’analyse et de réflexion sur sa stratégie globale dans ce pays ». L’annonce du lancement de liaisons directes entre Barcelone et Toulouse, cinq ans après y avoir mis fin en pleine crise du Covid-19, était réclamé de longue date par les élus des villes concernées.

Manque de « réciprocité »

La Renfe, qui souhaitait faire du marché français un tremplin pour son internationalisation, a mis en cause à plusieurs reprises les autorités ferroviaires françaises, accusées de freiner l’arrivée des trains espagnols pour protéger la SNCF face à la concurrence européenne. Madrid s’est plainte à plusieurs reprises d’un manque de « réciprocité » alors que la SNCF exploite plusieurs lignes ferroviaires sur le marché espagnol, via sa filiale Ouigo, depuis 2021. Ces trains à bas coûts desservent notamment Barcelone, Valence, Alicante, Valladolid et l’Andalousie.

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