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États-Unis : le contrôle des réseaux sociaux des touristes pourrait entrer en vigueur

Sauf changement de dernière minute, les voyageurs étrangers – dont les Français – souhaitant entrer aux États-Unis avec un Esta devront bientôt déclarer leurs activités sur les réseaux sociaux lors des cinq dernières années.

Depuis ce 9 février, la période de consultation concernant la mesure de vérification de l’historique des réseaux sociaux des voyageurs internationaux éligibles au programme d’exemption de visa, l’Esta, est terminée. Sauf changement de dernière minute, les touristes étrangers souhaitant entrer aux États-Unis avec un Esta devront donc bientôt fournir des informations précises concernant leur activité sur les réseaux sociaux lors des cinq dernières années. La mesure concerne les 38 pays membres du programme, dont la France.

Son application concrète demeure toutefois floue. Pour le moment, difficile de savoir quand et comment seront examinés les historiques des voyageurs. Est-ce qu’un agent de l’immigration, à l’aéroport, prendra le temps d’inspecter l’empreinte numérique d’un touriste ? Ou l’analyse des informations fournies sera-t-elle confiée à un outil d’intelligence artificielle (IA) ?

Des exigences contraignantes voire intrusives

Outre l’historique des médias sociaux, les services des douanes et de la protection des frontières (CBP) exigeront sans doute d’autres données. Notamment les numéros de téléphone utilisés au cours des cinq dernières années et les adresses électroniques utilisées lors de la dernière décennie.

Les demandeurs d’Esta devront aussi livrer des informations sur les membres de leur famille (noms, numéro de téléphone, date de naissance, lieu de naissance et de résidence…), espère l’administration Trump. Des exigences contraignantes voire intrusives, mais pas inédites pour les services de l’immigration aux États-Unis. En effet, les autorités demandent déjà ce genre d’informations pour la délivrance de visas classiques, titres de séjour et autres permis de travail ou visas étudiants.

Il existe une crainte de venir aux États-Unis.

Mais c’est précisément pour alléger ces dispositifs que l’Esta a été créé, en 2008. Si les candidats à l’Esta sont soumis à autant de procédures que les aspirants au long séjour américain, son utilité même peut être interrogée. Le remplissage du formulaire, avec ces nouvelles exigences, prendrait d’ailleurs bien plus de temps qu’auparavant.

Pour l’heure, RapideVisa nous confirme que la rubrique portant sur les réseaux sociaux demeure optionnelle, aujourd’hui, lorsqu’on entame une procédure d’obtention de l’Esta. Du côté de l’Office de tourisme des Etats-Unis, aucune date d’entrée en vigueur de la mesure relative à l’historique des réseaux sociaux n’est communiquée.

« L’effet Trump » devient difficile à nier

Cette actualité autour des formalités menace clairement l’attractivité touristique des États-Unis, déjà moribonde à l’issue de l’année 2025. Le pays de l’Oncle Sam est l’un des rares à enregistrer une décroissance du nombre d’arrivées touristiques internationales. Et si l’inflation a longtemps servi d’explication, « l’effet Trump » semble désormais difficile à nier pour les professionnels du secteur et de la destination.

Y compris de l’autre côté de l’Atlantique. Geoff Freeman, le président de l’U.S. Travel Association, qui fédère des milliers de professionnels américains du tourisme, expliquait lors d’une récente conférence Phocuswright à San Diego qu’il « existe une crainte de venir aux États-Unis ». S’inquiétant des conséquences de cette « perception négative » sur l’activité touristique dans le pays, il invitait la Maison Blanche à se questionner. « Nous allons dans la mauvaise direction… Et nous devons nous demander pourquoi ».

Selon une étude Ipsos-BVA pour Europe Assistance*, 87% des Français n’ont « aucun projet de voyages » vers la destination en 2026. 41% des sondés évoquent « le contexte politique et sécuritaire » comme premier frein. La hausse des coûts des voyages, qui se stabilise après une inflation accrue ces dernières années, vient en deuxième (32%). Enfin, 14% des voyageurs se disent « découragés » par les nouvelles formalités administratives exigées.

Le marché français boude les États-Unis

38% des Français ont par ailleurs une image négative de l’accueil touristique potentiel aux États-Unis. Néanmoins, 26% d’entre eux pourraient reconsidérer leur position si des promotions sur les vols et les hébergements venaient animer le marché. Une mince lueur d’espoir pour les professionnels du tourisme spécialistes de la destination…

Car dans les faits et dans les chiffres, cette désaffection est déjà bien tangible. Après une chute marquée en janvier 2025 (-24%), les États-Unis s’effondrent en janvier 2026 (-40%) dans le dernier baromètre Orchestra pour L’Echo touristique. La destination ne fait pas non plus partie des plus réservées pour l’été 2026 auprès des voyagistes membres du Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto), après une baisse significative (-14,6%), sur l’ensemble de l’exercice 2024/2025.

En dépit d’une riche actualité, marquée notamment par le centenaire de la Route 66 ou la Coupe du monde de football, l’année 2026 s’annonce donc compliquée, sur le plan touristique, pour les États-Unis. Une étude du World Travel & Tourism Council évoque même plus de 15 milliards de recettes touristiques perdues et 157 000 emplois menacés comme impacts principaux de la seule mesure concernant la vérification des réseaux sociaux des voyageurs. Et ce sont les professionnels du tourisme qui pourraient faire les frais des arbitrages sécuritaires de l’administration Trump.

*Enquête réalisée par Ipsos du 30 janvier au 2 février 2026 via l’omnibus Ipsos.Digital. L’enquête a interrogé un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 à 75 ans, constitué selon la méthode des quotas.

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