Menaces d'annexion et commerciales, déclarations outrancières : Donald Trump crispe. Au point d’impacter l’attractivité des États-Unis ? « Un client m’a récemment dit : « tant que Trump est président, je n’emmènerai plus de groupes aux États-Unis », raconte Valérie Bihet, DG-fondatrice du réceptif spécialisé dans le Mice, Vibe Agency.
-20% chez Voyageurs du Monde et Orchestra
Pour Voyageurs du Monde, acteur majeur de la destination, l’impact est inédit. « Les réservations vers les États-Unis ont chuté chez Voyageurs du Monde de 20% vs l’année dernière depuis la prise de fonction du Président Trump, nous indique son PDG Jean-François Rial. On enregistre quelques annulations, certes faibles. Les clients semblent se reporter sur le Canada, l’Australie, l’Italie et d’autres destinations. » Jean-François Rial va plus loin : « C’est un phénomène inédit auquel je n’ai jamais été confronté en 30 ans de direction de l’entreprise ». La tendance coïncide pour lui avec l’investiture du président américain, ses premières mesures ou déclarations. Elle s’ajoute ainsi à la baisse préalable due à la force du billet vert jusqu’à début mars. Sur le segment des voyages à forfait, que dit le baromètre Orchestra des ventes loisirs en agences ? Du 20 janvier au 20 mars, les États-Unis diminuent légèrement (-2,5%) en volume d’affaires. En revanche, « le recul s’accélère depuis quelques semaines, soit -23% depuis le 1er mars", nous indique Bastien Crochet, vp ventes et marketing d’Orchestra. Parmi les TO généralistes que nous avons interrogés, seul Nouvelles Frontières, note une croissance par rapport à l’été 2024 (+10%).
De l’animosité chez les Européens
D’autres opérateurs observent une érosion des ventes de voyages au pays de l'Oncle Sam, mais moins prononcée que Voyageurs du Monde. C’est le cas de la plateforme de voyages sur mesure Evaneos. La baisse atteint -11% en prises de commandes, depuis le début de l’année. Aurélie Sandler, co-directrice générale, constate des « reports sur destinations limitrophes type Mexique ou Canada ». Pourtant, la tendance globale reste « bonne, avec une forte croissance sur l’ensemble des destinations étrangères ». La plateforme d’échanges de maisons HomeExchange relève elle aussi un "effet Trump". La croissance du nombre d’échanges des Français pour un séjour aux États-Unis atteint 11% cette année versus 2024, contre 22% en 2024 versus 2023 », souligne Charles-Edouard Girard, son cofondateur. « Nous recevons beaucoup de messages sur les réseaux sociaux et par mail d’Américains qui s’inquiètent de l’animosité des Européens à leur égard », complète-t-il. HomeExchange signale surtout un rejet des Canadiens à l’égard de leur pays voisin : « Les échanges des Canadiens pour un séjour aux États-Unis chutent cette année de 28% alors qu’ils progressaient de 37% en 2024. »
Clients et agences s'interrogent
De son côté, Valérie Bihet (Vibe Agency) relativise l'impact sur les voyageurs français. « Certains clients prennent un peu plus de temps pour confirmer des projets en cours, observe-t-elle. Il y a de l’attentisme. Comme à chaque fois que les Français perçoivent une certaine instabilité et une ambiance jugée contraire à leurs valeurs." « Depuis quelques jours, les questions des agences de voyages sont bien plus nombreuses. Elles ont besoin d’être rassurées », confirme Marco Guaramonti, le directeur de Naar Voyages, un spécialiste du sur-mesure et des États-Unis. « Le ressenti général est négatif, c’est vrai. Nous avons même eu quelques annulations, à la marge. Mais à date, nous sommes en avance sur la prise de commandes », complète le dirigeant du jeune voyagiste.
Vols secs : pas d’impact à ce jour
D’autres acteurs du voyage, référents sur la destination, ne constatent aucun effet Trump sur les ventes. « A ce stade, nous ne voyons pas de modification de la demande de/vers les États-Unis », nous assure le service presse d’Air France. Le spécialiste de la billetterie MisterFly est sur la même longueur d’onde. « Les États-Unis ne baissent pas par rapport aux autres destinations sur les prestations sèches vol et hôtel », souligne Frédéric Pilloud, le directeur digital. La destination reste attractive, indépendamment de Trump. Même si des effets collatéraux ne sont pas exclus. "Dans le Mice, on ne peut pas faire sans les USA », estime Valérie Bihet. Toutefois, reconnaît elle, l'incentive pourrait en pâtir : "il ne sera peut-être pas bien vu de récompenser ses salariés par un voyage aux États-Unis ».
Une question, aussi, de taux de change
Dans les choix des voyageurs, la valeur du dollar compte également. Or depuis quelques jours, le dollar regagne du terrain face à l’euro (voir le graphique ci-dessous). Ce qui renforce mécaniquement le pouvoir d’achat des touristes du Vieux Continent. Et donc, l'attractivité du pays de l'Oncle Sam. Reste à savoir si la tendance s'inscrira dans le temps. « Les États-Unis resteront une destination majeure, ça ne fait aucun doute », appuie Marco Guaramonti. « Reste à savoir comment évolueront la politique présidentielle en matière de visas ou même de ressources dans les services publics, les parcs nationaux, etc. Mais avec des si… ». Linda Lainé et Florian De Paola
Un dollar équivaut à 0,92 euro. Autrement dit, un euro vaut 1,08 dollar. Source, Google.