Céline Peteille-Ducret (Mayotte Evasion) : « Mayotte, ce n’est pas un territoire comme les autres »
Malgré le passage du cyclone Chido en décembre dernier et un contexte dégradé, cette responsable d’agence reste profondément engagée auprès de sa clientèle locale. Tout en continuant de croire au potentiel touristique de l’île.
« Mayotte, ce n’est pas un territoire comme les autres », lance d’entrée Céline Peteille-Ducret. Lorsqu’elle fonde son agence en 2007, l’île n’est pas encore devenue un département. « Je voulais que mon agence soit structurée comme celles de métropole », explique-t-elle. C’est dans cet esprit qu’elle rejoint bien des années plus tard le Cediv. « Je me sentais isolée dans mon coin. Avec le Cediv, j’ai trouvé une famille. Adriana (Adriana Michella, la présidente) m’a prise sous son aile, et ça m’a fait un bien fou », confie-t-elle.
« Je gère tout pour eux, même à distance »
Mayotte Evasion s’adresse principalement à une clientèle composée d’élus, de fonctionnaires ou de chefs d’entreprise. Des voyageurs qui se déplacent pour des raisons professionnelles ou personnelles, souvent à destination de Paris, La Réunion, Maurice, l’Inde ou Dubaï. « Billets d’avion, cartes de fidélité, forfaits touristiques… Je gère tout pour eux, même à distance », précise la dirigeante.
Contrainte par des soucis de santé, Céline Peteille-Ducret travaille aujourd’hui principalement en télétravail, depuis la métropole. « J’ai instauré un lien de confiance très fort avec mes clients. Ils m’envoient les passeports sur WhatsApp. On fait tout par téléphone », raconte-t-elle.
Le Mahorais ne voyage pas léger
Travailler avec cette clientèle mahoraise implique de répondre à des attentes bien spécifiques. « Ici, on voyage avec beaucoup de bagages. On paie souvent en plusieurs fois. Et surtout, il faut être disponible presque 24/24 », souligne la responsable. « Si le client n’a pas ses bagages inclus, il change d’agence », ajoute-t-elle. C’est pourquoi Céline a négocié des accords avec des compagnies comme Air Austral ou Corsair, afin d’offrir des prestations adaptées aux spécificités locales.
Un cyclone dévastateur, une activité à reconstruire
Mais l’activité a été durement frappée par le cyclone Chido en décembre dernier. L’agence a été détruite, forçant Céline Peteille-Ducret et sa collègue Gaëlle à s’installer provisoirement dans un local de fortune. « Ça a été un vrai coup dur pour toute l’île », témoigne-t-elle. Les infrastructures ont été gravement endommagées, les hôtels détruits ou réquisitionnés par l’armée ou les forces de l’ordre, les routes impraticables… « Il n’y a quasiment plus d’hébergement pour les clients. Même les profs affectés à Mayotte arrivent sans logement. On bricole comme on peut avec des chambres chez l’habitant, mais ce n’est pas toujours digne », résume-t-elle.
Si Céline Peteille-Ducret constate une volonté de relancer rapidement l’activité, elle reste cependant lucide. « Aujourd’hui, les priorités des habitants sont ailleurs. Reconstruire, se relever. Voyager passe au second plan ». À cela s’ajoutent des impayés – notamment de la part d’institutions – qui fragilisent encore plus l’équilibre financier de l’agence. « On attend toujours. La trésorerie est sous pression », admet-elle.
Le contexte sécuritaire complique davantage les choses. « Vols, barrages, voitures incendiées… C’est une réalité. Certains clients refusent les vols arrivant tard le soir, de peur d’être agressés à la sortie de l’aéroport ». Et pourtant, Céline tient bon. Ancrée depuis toujours dans l’océan Indien, elle garde un sang-froid impressionnant face aux crises. « J’ai grandi aux Comores. Les coups d’État, l’instabilité, je connais. Ça fait partie de mon ADN », lâche-t-elle sans détour.
Un potentiel intact et une reprise différée
Sur l’île, le tourisme de loisir est aujourd’hui quasiment à l’arrêt. « Les billets sont trop chers, les hébergements quasi inexistants. Les rares hôtels encore debout sont pleins… ou inutilisables ». Mais chez Mayotte Évasion, pas question de baisser les bras. « Les Mahorais sont résilients. Il y a des projets, de l’énergie. L’écotourisme a un vrai potentiel, autour de la mangrove, du lagon… Il faut juste laisser du temps au temps ».
Et Céline Peteille-Ducret de conclure avec une conviction intacte, « mon métier, c’est bien plus qu’un boulot. C’est un engagement envers cette île. Même dans la tempête, je reste à bord. »
