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Ben Spalding (Disneyland Paris), de maître nageur à producteur de spectacles

Il y a trente ans, le 12 avril 1992, Disneyland Paris ouvrait ses portes. Un événement hors-norme à l’époque pour l’industrie du tourisme en France… et pour les milliers de salariés qui participaient à ce lancement.

Ben Spalding était l’un d’entre eux. Aujourd’hui producteur délégué de spectacles pour le complexe francilien, il revient sur les trente dernières années.

L’Echo touristique : Disneyland Paris fête, aujourd’hui même, son trentième anniversaire. Et vous y étiez ! Quel souvenir gardez vous de cette journée ?

Ben Spalding : Le 12 avril 1992, c’était une journée très spéciale. En fait, je travaillais déjà pour Disneyland Paris, qui s’appelait alors Eurodisney, depuis le 5 mars 1992. C’est la date précise de mon embauche. Mon premier travail, à Disneyland Paris, était maître-nageur à l’hôtel New York. Pendant les semaines qui ont précédé l’ouverture, je m’entraînais donc dans les piscines du ranch Davy Crockett avec les pompiers de Chelles, mais aussi des formateurs américains. Et puis, arrive enfin le jour tant attendu de l’inauguration. C’était une journée très étrange pour un jeune comme moi, venu d’un petit village d’Irlande. Il y avait tout ces gens, venus du monde entier. Il y avait même des stars de cinéma ! Et puis, depuis mon poste à la piscine de l’hôtel, le vent nous ramenait les sons du parc. Nous entendions la musique de la parade, des spectacles, le sifflement du train, le bruit des attractions, le feu d’artifice… C’est quelque chose qui est difficile à décrire précisément, mais qui m’a marqué pour toute la vie.

Comment un jeune Irlandais se retrouve maître-nageur dans un hôtel de Disneyland Paris ?

Ben Spalding : A l’époque, je travaillais dans un hôtel, en Irlande, qui faisait une pause saisonnière. C’est à ce moment là que des amis me parlent d’Eurodisney. Je n’en avais jamais entendu parler. A vrai dire, je n’ai même pas beaucoup de souvenirs d’enfance liés à Disney. Quand j’étais petit, en Irlande, on passait beaucoup plus de temps à jouer dehors qu’à regarder la télévision. Et me voilà donc parti, avec huit de mes amis, en direction de Marne-la-Vallée, pour passer des entretiens. Je suis le seul à avoir décroché un CDI, un mot que je ne connaissais même pas. Et j’ai eu de la chance ! Je postulais pour une place dans la restauration, qui était mon métier. Mais, lorsque j’ai passé mon entretien, il n’y avait plus de poste disponible dans ce secteur… Je m’attendais à rentrer en Irlande quand les recruteurs ont remarqué que j’avais une expérience de maître-nageur au cours de vacances d’été. Ils m’ont alors proposé un poste à l’hôtel New York. Je ne parlais que très peu français, mais ça n’était pas grave. La clientèle de l’hôtel était principalement anglo-saxonne. Et me voilà donc, avec tant d’autres, au milieu des champs de betteraves et de céréales. Car, autour de Disneyland Paris, il n’y avait absolument rien à l’époque. Même les arbres n’avaient pas poussé au bord de l’autoroute.

J’ai rencontré ma femme à Disneyland Paris. C’est une patineuse.

Aujourd’hui, vous êtes producteur délégué de spectacles. Comment passe-t-on de la piscine de l’hôtel New-York au Disney D-Light, le nouveau spectacle créé pour les trente ans de Disneyland Paris ?

Ben Spalding : C’est, encore une fois, un peu le fruit du hasard. J’ai rencontré ma femme à Disneyland Paris. C’est une patineuse, qui travaillait dans les métiers artistiques du groupe. Je l’ai aperçu glisser sur la patinoire de l’hôtel, et je suis tombé amoureux au premier regard. Un jour, je l’ai accompagné pour passer une audition pour intégrer la parade. Un peu par hasard, j’ai, moi aussi, passé l’audition. Et j’ai été retenu ! Pendant quatre ans, j’ai fait tous les métiers possibles et imaginables autour de la parade : j’ai appris à jongler, à marcher avec des échasses, j’ai été artiste de rue, pilote de voiture… Cela m’a permis d’intégrer la division « Spectacles » de Disneyland Paris. J’y ai occupé plusieurs postes comme coordinateur d’événement, organisé des tournages nocturnes, beaucoup voyagé à travers le monde pour représenter le resort… Jusqu’à ce que je rencontre mon ancien manager, qui m’a invité à rejoindre la production. Nous sommes alors en 1999.

Ben Spalding, producteur délégué de spectacles pour Disneyland Paris, a commencé comme maître nageur à l’hôtel New York.
© Disneyland Paris

 

Passer de maître-nageur à la production de spectacles, c’est un grand écart étonnant…

Ben Spalding : C’est le genre de parcours que peut offrir Disneyland Paris. C’est un endroit où les portes et les esprits sont constamment ouverts. On a le droit d’y tester des choses. Depuis que j’ai rejoint le service, en 1999, j’ai occupé tous les postes liés à la production. Cela m’a permis de découvrir cet univers si particulier, que je ne connaissais pas du tout. Pour quelqu’un qui vient de la restauration, le milieu du spectacle est spécial. Et c’est, selon moi, ce qui incarne le mieux ce que nous faisons à Disneyland Paris. Il fait appel à la créativité, aux idées, aux technologies, il permet de rendre les choses possibles. Dans cette équipe, il y a toujours la volonté d’innover pour surprendre nos visiteurs, et leur offrir ce à quoi ils ne s’attendent pas. C’est d’ailleurs ce qu’on a fait avec Disney D-Light.

Ce spectacle, c’est le vôtre ?

Ben Spalding : C’est celui de toute l’équipe créative de Disneyland Paris, depuis des décennies. Nous avons toujours eu plein d’idées, et certaines n’ont toujours pas pu être réalisées par manque de technologies adéquates. Mais c’est vrai que j’ai eu l’idée de réaliser un pré-show à Disney Illuminations. Nous voulons toujours voir plus grand. J’ai imaginé cette tête de Mickey géante qui survolerait le Château de la belle au bois dormant. J’ai alors contacté Dronisos pour leur exposer mon idée, et ils l’ont réalisée. Je l’ai ensuite présentée à Disneyland Paris, qui n’a pas été convaincu au premier abord… Mais j’ai insisté, et le projet a fini par être validé. Nous étions alors à huit mois de la première représentation du spectacle. Nous nous sommes donc mis au travail en toute confidentialité : une quarantaine de salariés tout au plus connaissaient nos intentions. Et nous sommes très fiers du résultat pour ce spectacle unique au monde pour un parc Disney. Après ces deux ans de pandémie, il fait passer des émotions qui résonnent en chacun.

C’est votre plus grand défi, de continuer à toucher le public ?

Ben Spalding : C’est en tout cas ce qui m’apporte le plus de satisfaction. Il n’y a rien de mieux que de faire sourire les gens. Et c’est encore plus intéressant quand ce sont les adultes qui retombent en enfance ! Nous sommes capables de raviver les émotions des gens, en jouant avec leurs souvenirs d’enfance. Je me souviens du vingtième anniversaire de Disneyland Paris. Nous avions créé le spectacle Disney Dreams pour cette occasion, et nous avions convié des élus pour la première représentation. Le préfet faisait partie des invités. Il est arrivé plutôt rigide, et assez froid, et je lui disais en plaisantant « vous allez voir, vous allez pleurer ». A la fin du spectacle, je l’ai vu beaucoup plus détendu, et je pense avoir vu une petite larme au coin de son œil.

D’ailleurs, quel serait votre souvenir le plus marquant ?

Ben Spalding : C’est difficile d’en choisir un seul, tellement il s’est passé de choses en trente ans. Je n’ai pas vu les années passer. Chaque lancement de spectacle est un moment particulier. Il vient conclure des mois de travail difficile, parfois de nuit, parfois sous la pluie, dans le brouillard… Et lorsque vous voyez, le jour de la première représentation, que tout s’assemble, que tout fonctionne, et que les sourires arrivent sur les visages des visiteurs, vous êtes rassurés. A chaque lancement, je m’installe au milieu du public, pour observer les réactions, sentir le public. Ce sont des moments très précieux. Mais c’est définitivement l’aspect humain qui m’a le plus marqué. Tout ça n’existerait pas sans les milliers de salariés qui ont travaillé ou qui travaillent encore à Disneyland Paris. Pour ce trentième anniversaire, nous avons réuni plusieurs centaines d’entre eux qui, comme moi, étaient présents il y a trente ans. C’est un moment chargé d’émotions. Nous revoir après tout ce temps, c’est vraiment un moment fort.

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