Atout France reste confiant sur la fréquentation de la France pour 2026
À l’occasion du salon Rendez-vous en France, qui se déroule hier et aujourd’hui à Nice, L’Écho touristique a pu faire le point avec Adam Oubuih, le DG d’Atout France, et plusieurs directeur régionaux du GIE.
Quel sera l’impact touristique pour la France de la guerre en Iran ? Cette question était sur les lèvres de nombreux participants de la 20e édition du salon Rendez-vous en France qui se tient cette semaine à Nice. Une édition de tous les records qui a réuni 1850 professionnels dont 814 prescripteurs internationaux (voyagistes, agences, DMC…) en provenance de 52 pays avec à la clé plus de 28 000 rendez-vous. Si les délégations ont fait le plein avec notamment plus de 90 Américains, celle des pays du Moyen-Orient n’a réuni que 6 personnes au lieu des 40 prévues en raison de la suspension des vols Air France, transporteur partenaire de l’opération.
Trois scénarios
« Rendez-vous en France est un succès. Notre force c’est de faire venir nos principaux acheteurs en France pour 4 jours à une semaine pour ceux qui effectuent des pré et/ou post-tours », explique Adam Oubuih. Face aux évènements géopolitiques du golfe persique, le directeur général d’Atout France souligne que trois scénarii ont été définis : optimiste, médian et récessif. Ce dernier repose sur un prix très élevé du baril de pétrole au cours des six prochains mois qui entrainerait une hausse importante des tarifs aériens et une inflation élevé dans nombre de pays impactant alors les dépenses et donc le budget vacances dans plusieurs pays clés comme les États-Unis, la Chine ou l’Inde. Déjà, des difficultés sont observées sur les arrivées en provenance d’Asie et d’Australie de voyageurs utilisant les compagnies du golfe avec des annulations et reports observés.
« Nous voulons rester optimiste en misant sur le scénario intermédiaire. Notre fréquentation est composée à 76% de clientèles de proximité. Beaucoup de voyageurs ont déjà réservé leurs vacances d’été et les voyageurs haute contribution sont moins sensibles à l’augmentation des tarifs aériens. La France bénéficie par ailleurs d’une bonne accessibilité en train, poursuit Adam Oubuih. Il faut en outre être agile et profiter des opportunités avec des voyages, notamment de groupes Mice, prévus au Moyen-Orient qui se reportent sur la France ». Parmi les signes positifs, les réservations France des TO italiens sont supérieures en avril et mai en comparaison avec l’an dernier. « En Espagne, Edreams a fait état d’une hausse de 53% des recherche pour la France à l’occasion de la Semaine sainte », ajoute Emmanuel Marcinkowski, responsable de la zone Europe du Sud et Amérique du Sud. « Les Espagnols sont très consommateurs de train, ce qui est un bon point avec nos liaisons SNCF et Renfe. Notre objectif est de capter les clientèles latines arrivant sur Madrid ou Barcelone pour qu’elles prolongent leur séjour chez nous ». Les Scandinaves semblent, eux, abandonner un peu la chaleur espagnole au profit des châteaux de la Loire et de nos côtes méditerranéennes ou atlantiques. La reprise de SAS par le groupe Air France-KLM devrait enfin profiter à l’Hexagone via un renforcement des dessertes.
La France reste une destination qui rassure les visiteurs
La perception sécuritaire de la France est jugée bonne depuis les Jeux olympiques de Paris 2024 même si la bombe artisanale déposée ce weekend devant la Bank of America n’est pas du meilleur effet. « Après plusieurs années de croissance, le prévisionnel pour 2026 demeure une hausse de 6% du nombre d’Américains en France en raison d’une très large offre de vols transatlantiques. Tout dépendra de l’inflation américaine et du pricing des compagnies aériennes », confie Frédéric Mazenq, le directeur régional pour les États-Unis et le Canada. Pour un premier voyage, la moitié de ces 5,4 millions de visiteurs américains annuels privilégient la capitale avec un budget de 6 000 euros par personne pour une semaine.

Les chiffres sont également bons sur l’Asie, avec des réservation aériennes en hausse, de 4,4% pour la Chine continentale notamment. Le marché groupes est néanmoins en léger retard comparé à 2025. « Les compagnies chinoises continuent de survoler la Russie, ce qui leur permet de proposer des tarifs plus attractifs que les transporteurs étrangers qui ont des coûts d’exploitation plus élevés. Les compagnies qui enregistrent des taux de remplissage élevés comme Cathay Pacific augmentent leurs vols directs pour compenser les perturbations des hubs de Dubaï et Doha », note Anne Laure Tuncer, la directrice de la zone Asie au sein d’Atout France.
Et de préciser que « les clientèles asiatiques se diffusent désormais sur l’ensemble du territoire et à l’année. Elles sont plus aventureuses ». Le responsable de l’agence Mitravel de Taipei souligne ainsi l’engouement pour l’Alsace et se félicite du millier de clients envoyé à Chamonix afin de découvrir le charme de la station alpine et sa Mer de glace. « La durée de séjour s’est également allongée passant de 6/7 nuits à 10 nuits dont trois jours consacrés à Paris », détaille le voyagiste taïwanais.
Habituellement, 200 000 visiteurs du Moyen-Orient
Au final, la zone touchée par la guerre ne représentent « que » 200 000 visiteurs par an. Une goutte d’eau comparé aux 102 millions de touristes accueillis dans l’Hexagone l’an dernier « mais cette clientèle pèse beaucoup en valeur », reconnaît Adam Oubuih. « Nous espérons que la situation s’apaise pour que la programmation des voyages d’été puisse s’engager. Il n’est pas trop tard. Le rebond peut s’opérer en deux mois », assure Dominique Maulin, la directrice régionale pour les Emirats Arabes Unis, le Proche et Moyen-Orient. Malgré ce contexte incertain, l’objectif demeure pour Atout France de rester au-dessus des 100 millions de visiteurs à l’horizon 2030 et, surtout, d’atteindre les 100 milliards d’euros de recettes touristiques, contre 77 Md€ en 2025.
« La France doit rester la première destination touristique mondiale en raison de son excellence et de son audace. Elle sait renouveler constamment son offre afin de séduire les visiteurs », assure le DG du GIE qui souligne également l’importance de devenir une destination durable. Sans surprise, la France joue de ses atouts touristiques sur les marchés internationaux, du séjour urbain au tourisme vert, de la culture à l’art de vivre, de la gastronomie à l’œnotourisme… Sans oublier le shopping essentiel pour certaines clientèles : Chinois, Mexicains, Brésiliens, Japonais… Des célébrations sont également mises en avant dans les campagnes de communication comme Normandie impressionniste et les 100 ans de la disparition de Claude Monet en 2026, le Millenium normand en 2027, Bourges capitale européenne de la culture en 2028, les Jeux olympiques d’hiver de 2030… « La France est attractive pour les grands évènements. L’annonce de la série de concerts de Céline Dion à l’automne est un beau geste de confiance. Une reconnaissance de l’attrait de la France », conclut Adam Oubuih.
Rendez-vous choisit Bordeaux pour 2027
Après Lyon l’an dernier et Nice cette année, Bordeaux sera la ville hôte de Rendez-vous en France pour son édition 2027 programmée les 23 et 24 mars. Une bonne nouvelle pour la Métropole bordelaise et la région Nouvelle Aquitaine qui accueillera également les 6 et 7 octobre le salon professionnel touristique Destination Vignobles. Très prisée des clientèle étrangère la région annonce 34 millions de visiteurs et 206 millions de nuitées touristiques (dont 7 millions pour Bordeaux qui abrite 14 000 chambres). « Avec 14 200 emplois, le tourisme représente 7% du PIB régional soit plus que l’agriculture », nous a précisé Christelle Chassagne, la présidente du CRT Nouvelle Aquitaine qui milite pour « une approche durable de la destination et un tourisme respectueux des territoires ».
