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Alain Capestan (Voyageurs du Monde) : « Honte d’être voyagiste ? Pas d’accord ! »

Le métier de voyagiste est en pleine crise identitaire. Quel est son avenir ? Les réponses d’Alain Capestan, Jean-Pierre Nadir et Christian Delom.

Du premier voyage organisé de Thomas Cook à TUI Group, en passant par Nouvelles Frontières, le métier de voyagiste a subi plusieurs cataclysme géopolitiques, sanitaires et identitaires. Aujourd’hui, nombre de TO s’engagent dans une voie responsable. Mais quels consommateurs le savent réellement ? Pendant ce temps, une minorité très active fait du bruit en fustigeant les dommages pour la planète du voyage en avion. Et donc de l’activité de voyagiste.

Voyageurs du Monde est un groupe très engagé, a rappelé à jute titre son directeur général délégué Alain Capestan. C’était lors du récent 10e édition séminaire d’Agir pour un tourisme responsable (ATR). « Moi membre d’ATR, je réduis mon empreinte sur l’environnement. J’incite mes clients à prendre des vols directs. J’informe mes clients. Je limite volontairement la taille de mes départs à 15 personnes. Je fais mon bilan carbone chaque année, et j’absorbe ou j’envisage d’absorber la totalité de mes émissions de CO2. Je coche presque toutes les cases. Pourtant, je suis passé, moi membre d’ATR, du statut envié de modèle de développement durable à celui honni du flygskam » (honte de prendre l’avion.

Alors, en attendant que la profession respecte toujours plus l’environnement et les peuples, « faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Cesser de voyager, comme on l’entend ? », interroge Alain Capestan. « Je ne le crois pas. Cesser de voyager provoquera plus de problèmes qu’il n’en réduira. Le directeur général délégué de Voyageurs est en revanche favorable à l’accélération des engagements. Il assume même l’idée « d’un juste prix des vols, peut-être sans subvention », et l’intégration « d’un coût écologique, actuellement non pris en compte dans le prix de revient des voyages ». A condition, bien sûr, que l’argent récupéré soit ensuite fléché vers un projet de transition écologique. Au regard de tout ce travail accompli et futur pour un tourisme responsable, Alain Capestan n’est « pas d’accord pour avoir honte de ce que nous faisons. La vie de millions de personnes dépend de notre activité. »

Pour J.-P. Nadir, il est urgent de valoriser le métier

Jean-Pierre Nadir a lui aussi évoqué à sa façon la crise identitaire du métier de voyagiste. Le fondateur d’Easyvoyage a tout d’abord rappelé les difficultés des géants du secteur. Un an après la faillite sismique de Thomas Cook, c’est TUI qui tangue. « TUI, leader européen, avait un modèle industriel qui faisait 1Md€ d’Ebitda, avec une grande puissance de frappe. En quelques mois de Covid, le groupe se retrouve à genoux, et fait la manche », a souligné Jean-Pierre Nadir. Pour mémoire, l’Allemagne a récemment accordé trois milliards d’euros d’aides publiques au voyagiste.

Or cet ancien « fleuron de l’industrie » s’est construit sur « la logique de rapports nord-sud », a complété l’expert. « Dans cette chaîne de valeur, il n’y a aucune valeur, tout le monde à genoux : les compagnies aériennes, les hôteliers, les populations » qui ne peuvent pas (pleinement) bénéficier retombées. « Tous vos débats me semblent extrêmement marginaux par rapport à ce qui se passe : un monde qui se réinvente en dehors des valeurs que vous évoquez », a-t-il ajouté à l’adresse des membres d’ATR. « J’en veux pour preuve les millennials, qui consomment Booking, Airbnb, et les low cost à tour de bras. »

Mais tout n’est pas perdu, loin s’en faut. Parmi les voyageurs, 10% sont pour la décroissance (et la sobriété dite « heureuse »), 20% se moquent de l’écologie, estime-t-il. Et 70% sont prêts à modifier leurs comportements touristiques dès lors que les professionnels ont des propositions concrètes. « Ce que vous ne faîtes pas assez, c’est la valorisation des choses positives » du secteur, de la diminution de l’empreinte carbone à l’avion plus propre (en attendant l’Airbus à hydrogène). « Le tourisme peut être un levier de réinvention de tous les modèles, autour de la notion du plaisir. Son pari ? La « rationalité joyeuse », ce qui consiste à « se marrer, être responsable et agile ». Et le faire savoir, soit valoriser l’expertise métier. « Il n’y a plus de grand porte-parole des TO, à l’image de (Jacques) Maillot », fondateur de Nouvelles Frontières. « Il manque une voix forte pour expliquer votre métier. »

Le juste prix

La question du « juste prix » du voyage est aussi souvent revenue dans les débats du séminaire d’ATR. « Ces 30 dernières années, les coûts unitaires ont largement baissé sous l’effet de la densification de l’offre qui a accompagné toute la démocratisation du voyage », a expliqué Christian Delom, secrétaire général du Forum A World For Travel. « Aujourd’hui, les modèles économiques sont sous pression, par l’augmentation des coûts que la transformation exige et la prise en compte du coût environnemental qui peut se traduire par des taxes nouvelles ou de plus de compensations », relève Christian Delom. Alors, les prix vont-ils augmenter ? Pas si sûr.

« Tout porte à croire que la demande va diminuer au moins pendant 4 à 5 ans, selon les prévisionnistes. Qui dit baisse de la demande dit en théorie, aussi, baisse des prix… » Ce que nous constatons aujourd’hui dans l’aérien avec des vols AR d’Air France vers les Dom-Tom à partir de 300€TTC…

« Mais il existe des prix planchers, et ces prix ont toutes les raisons d’augmenter, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour restaurer des marges faméliques et financer la transformation. Oui, tout milite dans la direction de l’augmentation des prix et de la valeur. » Plutôt à long terme, donc.

Du grain à moudre pour A World For Travel

En attendant, la pandémie risque de créer de la casse et de redistribuer les cartes. « La question est aussi de voir l’effet des consolidations d’entreprises voire des disparitions, qui vont diminuer la concurrence. Si le mix entre business travel et déplacements personnels et touristiques se fait en faveur de ces derniers, le yield peut baisser de façon significative. »

Christian Delom reste modérément optimiste : « Les nouveaux entrants sur le marché seront plus agiles et auront moins de contraintes, mais aussi moins d’expérience et de connaissance du marché. La restructuration du marché des voyages et du tourisme est en train de s’accélérer. » « Les débats sur ce sujet, au World For Travel, vont être passionnants et éclairants, car jamais le jeu n’a été aussi ouvert. Jamais le champ des possibles n’a été aussi large depuis des décennies. Tout est entre nos mains. »

Lors ce forum organisé par Eventiz Media Group au Portugal, la profession sera bien représentée avec notamment Vincent Fonvieille (président d’ATR) comme speaker. Michel Salaun (groupe Salaün) et Jean-Pierre Nadir compteront parmi les participants.

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