Aérien : l’ACI anticipe un doublement du trafic d’ici 2045 mais pointe des risques structurels majeurs
Le Conseil International des Aéroports (ACI) estime que le seuil des 20 milliards de passagers sera franchi dans les 20 prochaines années.
Le secteur aérien s’inscrit désormais dans une trajectoire de croissance continue, et dépasse ses références pré-pandémiques. Selon le rapport « World Airport Traffic Forecasts 2025–2054 » publié le 28 janvier par l’ACI, le trafic mondial devrait atteindre 10,2 milliards de passagers en 2026*, soit une progression de 3,9% par rapport à l’année précédente. Un volume qui représente déjà 107% du niveau de 2019, et confirme ainsi la résilience de la demande. Sur le long terme, les perspectives demeurent tout aussi soutenues : l’organisation projette 18,8 milliards de voyageurs en 2045 et estime que le seuil des 23,2 milliards sera franchi à l’horizon 2054, porté par une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 3%.
Basculement vers l’Asie-Pacifique
Cette expansion globale masque cependant des dynamiques régionales contrastées : le centre de gravité du transport aérien se déplacerait progressivement, selon l’ACI, vers les économies émergentes. L’ACI souligne que la croissance à long terme sera principalement alimentée par ces nouveaux marchés.
D’ici le milieu du siècle, la région Asie-Pacifique devrait ainsi capter près de la moitié du trafic mondial – avec environ 10 milliards de passagers. Elle distancera alors nettement les marchés européens et américains, attendus respectivement à 5,1 et 4,1 milliards de voyageurs.
Freins structurels
Malgré ces indicateurs positifs, le directeur général d’ACI, Justin Erbacci, tient à rappeler que cette croissance à long terme n’est pas garantie et dépendra de la capacité du secteur à l’accueillir. Le rapport identifie des contraintes de capacité tangibles, matérialisées par la saturation des infrastructures aéroportuaires existantes et les retards de livraison d’aéronefs qui pénalisent l’offre des compagnies. À ces limitations physiques s’ajoute une complexité opérationnelle accrue, nourrie par les incertitudes géopolitiques et les exigences de la transition écologique, qui pèsent sur les coûts et la fluidité des opérations.
L’impératif de l’investissement
Pour l’ACI, le risque est de voir se former des goulots d’étranglement systémiques si une action collective n’est pas engagée rapidement. L’organisation exhorte les gouvernements et les régulateurs à favoriser l’investissement dans les infrastructures et la modernisation de l’espace aérien. Justin Erbacci prévient qu’un sous-investissement face à la demande prévue entraînerait non seulement une dégradation de la qualité de service, mais aussi une perte d’opportunités économiques. En rappelant que l’aviation contribue à hauteur de 3,9% au PIB mondial, l’ACI positionne la modernisation du secteur non plus comme une simple problématique de transport, mais comme un enjeu de développement économique global.
*Si ce chiffre parait exubérant face aux données publiées par l’IATA en décembre 2025, c’est parce que la méthodologie d’ACI n’est pas la même. L’un compte le nombre de passagers transportés, quand l’autre compte le trafic passager.
- La méthode IATA compte les « passagers transportés ». Si vous faites un vol Paris → New York, pour l’IATA, vous êtes 1 passager.
- La méthode ACI compte le « trafic passager » (mouvements au sein des terminaux). Si vous faites ce même vol Paris → New York, vous êtes compté une fois à Paris (départ) et une fois à New York (arrivée). Pour l’ACI, vous représentez 2 mouvements de passagers.
