Vol affrété par des TO : « Notre plus grand regret, c’est qu’il n’y ait pas plus d’avions disponibles » (Patrice Caradec/Seto)
260 Français volent actuellement vers Roissy-Charles de Gaulle, dans un avion d’Air Austral affrété par plusieurs voyagistes français. Patrice Caradec, le président du Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto), nous raconte les coulisses de cette opération qui pourrait être reconduite dans les jours à venir.
L’Echo touristique : Plusieurs voyagistes* ont affrété un vol Air Austral pour rapatrier 260 de leurs clients bloqués aux Maldives. Pourquoi cette destination ?
Patrice Caradec : Lorsque nous avons compris, au Seto, que des centaines de clients seraient bloqués pour plusieurs jours, nos avons contacté les voyagistes pour savoir combien de clients étaient concernés, où ils étaient coincés, etc… L’objectif était d’identifier, avec nos membres, les destinations les plus en souffrance en dehors du Moyen-Orient, où les opérations aériennes sont quasiment impossibles. Très vite, nous avons identifié les Maldives, le Sri Lanka et la Thaïlande comme trois destinations prioritaires. Aux Maldives, les membres du Seto avaient environ 1 500 clients bloqués par la situation. Commence alors la recherche d’un avion.
On pourrait penser que de nombreux avions cloués au sol par la situation sont disponibles…
Patrice Caradec : Pourtant, c’est bien ce qui est le plus difficile à trouver ces derniers jours. Les avions sont dispersés aux quatre coins du monde et, dans le prix d’un affrètement, il faut prendre en compte le fait de faire venir cet avion. La concurrence est par ailleurs très intense avec les autres marchés qui, eux aussi, cherchent à rapatrier leurs clients. Le circuit de décision n’est pas aussi rapide chez tous les voyagistes et nous avons vu passer quelques avions sous nos nez au profit d’autres opérateurs européens. Et, finalement, nous avons trouvé cet avion d’Air Austral.
Il vole actuellement vers l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle ?
Patrice Caradec : L’avion a décollé de La Réunion hier soir pour atterrir, au petit matin, à Malé, aux Maldives. Le décollage a pris un peu de retard, le temps d’embarquer les gens et de trouver le bon routing : il mettra 1h30 de plus qu’en temps normal pour rejoindre la France. L’avion se posera sur le tarmac de Roissy vers 16h, et je serai personnellement présent pour accueillir les passagers. Dans cette opération, il faut saluer Air Austral et, bien sûr, les voyagistes qui ont affrété l’avion. Parce que cela ne coûtera rien à leurs clients.
Pour les voyagistes, en revanche, cela représente un coût significatif.
Patrice Caradec : Selon le routing, cela représente de 1 300 à 1 700 euros par billet. C’est un effort financier énorme pour les voyagistes. Ils n’auront aucun remboursement. Mais ça n’est pas la problématique. D’ailleurs, notre plus grand regret, c’est qu’il n’y ait pas plus d’avions disponibles.
Vous dîtes, « selon le routing » , cela signifie que d’autres vols de rapatriement pourraient être organisés par des voyagistes ?
Patrice Caradec : Nous planchons déjà sur d’autres opérations. Celle-ci a été pilotée par Exotismes, qui avait le plus grand nombre de clients aux Maldives. Mais nous sommes sur le point de ficeler un autre vol au départ des Maldives avec une escale à Colombo (Sri Lanka), permettant ainsi de récupérer des clients dans les deux destinations. Cette fois-ci, c’est Thalasso N°1/Ôvoyages qui est à la manœuvre avec, dans son sillage, Fram, NG Travel, Austral Lagons, Solea ou encore Voyageurs du Monde. Voyage Privé travaille aussi sur un troisième vol. Évidemment, chacun protège ses clients avant tout. Mais l’entraide et la solidarité de la profession sont très fortes.
Les relations entre compagnies aériennes et voyagistes sont parfois tendues. Mais pas dans cette situation ?
Patrice Caradec : Au contraire, et je tiens d’ailleurs à saluer toutes les compagnies qui sont à nos côtés et qui communiquent quotidiennement : Air Austral, Air Caraïbes, Emirates… Même Air Tahiti Nui nous a proposé un avion ! Lionel Guérin m’a contacté quand il a appris nos projets. Malheureusement, il fallait faire venir l’avion de Papeete, donc ça n’était pas soutenable financièrement parlant.
Bizarrement, ces jours-ci, personne ne me demande quel est l’intérêt de passer par une agence de voyages…
Hormis ces 260 clients, combien de clients « Seto » sont bloqués ?
Patrice Caradec : Nous avons recensé environ 5 000 clients coincés dans différentes destinations. C’est un chiffre qui diminue de jour en jour. Mais il reste beaucoup à faire.
Et la situation commence à durer… les clients ne sont pas trop inquiets ?
Patrice Caradec : En fonction des profils de clients, des hôtels ou des destinations, la tension monte parfois. Les TO sont submergés d’appels. Nous allons d’ailleurs mettre en place, dans la journée, une cellule de soutien psychologique avec notre partenaire Mutuaide à destination des clients des agences de voyages et des tour-opérateurs. Il s’agit d’une ligne téléphonique avec assistance psychologique et même, en cas de besoin, des agents capables de générer des ordonnances pour récupérer des médicaments à destination, etc.
Cette crise est une belle opportunité, pour vous, pour réaffirmer la valeur ajoutée des professionnels du tourisme…
Patrice Caradec : Bizarrement, ces jours-ci, personne ne me demande quel est l’intérêt de passer par une agence de voyages (sourires). Les clients qui sont partis avec un intermédiaire sont entre de bonnes mains. Et nous répèterons ce message au grand public dès que nous en aurons l’opportunité. Alors, évidemment, nous ne sommes pas magiciens. Mais nous faisons notre maximum pour leur prise en charge. S’inscrire sur le Fil d’Ariane, c’est important, mais ça ne suffit pas. Au niveau des professionnels, c’est aussi la volonté et le rôle du Seto de fédérer, d’unir ses membres dans l’adversité : c’est souvent dans ces situations là que l’utilité d’un syndicat est réaffirmée.
*Exotismes, Nautil, Club Med, Kuoni, Les Maisons du Voyage

Qatar Airways… peut et doit mieux faire en communication et proximité avec l’industrie durant cette période… Merci par avance.