Tunisie : le tourisme va-t-il aussi faire sa révolution ?
La chute du régime de Ben Ali marque la fin de l’emprise du clan de l’ex-président sur l’économie tunisienne. Même si l’industrie touristique n’était que partiellement sous contrôle, de nombreux professionnels espèrent un vrai changement de modèle.
Tout autant que la chute d’un régime politique, la fin de l’ère Ben Ali marque l’effondrement d’une mafia familiale dont l’emprise s’étendait sur la plupart des secteurs de l’économie tunisienne. L’industrie touristique n’y a pas échappé. Le nom qui revient le plus souvent est celui du groupe Karthago, détenu par Belhassen Trabelsi, le beau-frère de Ben Ali, et qui possédait des activités notamment dans l’hôtellerie et le transport aérien.
La compagnie Karthago Airlines fut ainsi l’un des bras armés du groupe, avant de fusionner avec sa concurrente Nouvelair, à laquelle on ne laissa pas le choix. Lorsque le régime s’est effondré, il y a deux semaines, les TO français qui affrètent auprès de Nouvelair (c’est le cas de Look et Marmara, notamment) ont donc un temps craint que la compagnie ne fasse les frais de la vindicte populaire. Il n’en fut rien, et elle poursuit aujourd’hui normalement ses activités. Idem à l’hôtel Karthago El Ksar, à Sousse, le dernier établissement détenu à 100 % par le groupe de Belhassen Trabelsi. « Nous continuons de le vendre, aucun changement », explique Laurent Abitbol, le PDG de Voyamar, l’un des rares TO français à le programmer.
Comme la plupart des professionnels, il s’attend à ce que l’hôtel soit repris par l’État tunisien et revendu à un nouveau propriétaire, sans conséquences sur son fonctionnement. « Plus que de la gestion touristique directe, peu rentable, le clan Ben Ali faisait de l’immobilier. Il achetait pour un dinar symbolique des terrains agricoles, qu’il requalifiait en zone touristique et revendait à des investisseurs », ajoute un responsable du groupe hôtelier Yadis.
« IL FAUT QUE LA TUNISIE RETROUVE SON AURA »
Le changement de régime pourrait, en revanche, avoir davantage de conséquences pour Tunisair. Selon plusieurs sources, la compagnie aurait été pressée régulièrement d’aider Karthago Airlines. « Totalement faux, assure pourtant Ali Miaoui, le directeur général France de la compagnie. Tunisair n’a souffert ni dans ses choix stratégiques, ni dans ses finances, hormis lorsque Ben Ali nous a fait acheter récemment un A340 présidentiel. » Il s’attend cependant à ce que la compagnie bénéficie désormais de plus d’autonomie dans sa gestion, jusqu’alors contrôlée strictement par le gouvernement.
Une évolution plus qu’une révolution, c’est aussi ce que la plupart des professionnels escomptent à court et moyen termes. S’ils semblent persuadés que le modèle touristique survivra à la chute de Ben Ali, certains voudraient aussi que cette rupture politique s’accompagne d’un changement de modèle. « Le régime n’a pas défini de stratégie cohérente et a enfermé le tourisme tunisien dans une vision de destination de masse à bas prix, en soutenant ceux qui la bradaient, tempête ainsi Raouf Benslimane, le PDG du groupe Ô Voyages. Il faut que la Tunisie retrouve son aura des années 70 ou 80, celle d’une destination de qualité. » Une métamorphose qui risque de prendre des années.
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