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Club Med : pour Patrice Caradec, « il ne faut pas rouvrir la boîte de Pandore »

Avec le Club Med, le client ne paiera plus à l’agence, mais au TO. Un sujet qui alimente les discussions entre professionnels. Même si, pour l’instant, c’est l’union sacrée qui doit primer, selon Patrice Caradec.

Le Club Med a, disons-le clairement, dicté sa loi aux franchisés Havas Voyages (groupe Marietton). Désormais, les ventes réalisées par les mandataires, franchisés et corners, ne passeront plus par la centrale des paiements Tess, mais en direct auprès du voyagiste.

« N’est pas Club Med qui veut ! »

Avant la crise, plusieurs TO rêvaient justement de revoir le circuit des flux financiers, pour ne plus laisser la trésorerie chez les distributeurs. On se souvient du débat enflammé entre Laurent Abitbol, président de Marietton (Havas Voyages) et Patrice Caradec, président d’Alpitour France. Laurent Abitbol avait déclaré qu’il refuserait de changer les règles. « Pour moi, les règles sont très bonnes en France », avait martelé le président de Marietton Développement, parlant d’un « exemple français ».

Comment réagit Patrice Caradec à l’annonce du nouveau système mis en place par le Club Med ? « N’est pas Club Med qui veut ! nous a-t-il déclaré lundi. La distribution indirecte représente seulement 15% de son chiffre d’affaires … Et je ne suis pas certain que les agences ‘vendent’ le Club Med : elles assurent une proximité avec les clients acheteurs et fidèles au produit Club Med, pour le Club Med c’est en quelque sorte un ‘mal nécessaire’ qui doit coûter le moins possible. » C’est le privilège d’un producteur qui ne dépend pas du tout de la distribution, contrairement aux TO classiques et spécialistes.

« Aujourd’hui, le Club Med peut l’imposer en tant que TO B2C, ajoute le patron d’Alpitour/Bravo Club. Et je ne le critique pas, il est dans son rôle. Nous qui appartenons à la famille des TO natifs B2B, nous avons essayé par le passé, et ce fut mission impossible. »

Pas d’huile sur le feu

Aujourd’hui, le patron d’Alpitour France refuse donc de mettre de l’huile sur le feu. « Le sujet est important. Mais ce n’est pas en pleine crise sanitaire qu’il faut l’aborder. » « Est-ce le bon moment pour changer les règles ? renchérit-il. Je pense que les sujets qui divisent doivent être mis au placard en ces temps compliqués pour tous, distributeurs comme producteurs. Il ne faut pas rouvrir la boîte de Pandore. A chaque période son combat. »

Et puis, le timing joue contre les voyagistes, qui viennent de reconduire avec le GIE Asha (Havas Voyages/Selectour) les contrats de référencement, pour la période de trois ans démarrant au 1er janvier 2022. « Nous avons reconduit les contrats Gold, Silver et Bronze, sur les mêmes bases que précédemment, et toujours avec une quarantaine de partenaires », nous a expliqué Laurent Abitbol, dès septembre 2021. 

« Aujourd’hui, nous avons tous intérêt à nous entraider, à faire front commun », rappelle Patrice Caradec, à l’heure où la pandémie freine fortement le rythme des réservations de voyages. « Notre priorité, c’est que les agences aient envie de nous vendre. Il faut donc leur donner de la souplesse, avec la commission et la trésorerie. » En espérant être récompensé plus tard : « On peut penser que la distribution saura reconnaître ses alliés », espère Patrice Caradec.

A long terme, un effet d’entraînement ?

Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage qui représente les distributeurs mais aussi les producteurs, refuse de commenter la nouvelle politique commerciale du Club Med à l’égard des franchisés Havas Voyages. Considérant qu’il s’agit de « règles économiques entre les agences et les TO », soit du registre des relations bilatérales. Et, bien sûr, le sujet est hautement sensible, pour ne pas dire explosif…

Mais déjà, certains professionnels pensent que les compagnies de croisières pourraient, un jour, suivre la voie du Club Med.

Le paiement direct du client au voyagiste, c’est en tout cas la règle imposée par les grands tour-opérateurs en Allemagne, où le rapport de force joue en leur faveur, nous rappelle François Piot, patron du réseau Prêt à Partir. En France, le marché est autrement plus atomisé, avec quelque 200 TO de tailles variables. La comparaison a donc ses limites.

En tout cas, le précédent du Club Med va donner des arguments aux voyagistes, lors de la négociation des prochains contrats du GIE Asha. Ou, qui sait, permettre de se rassoir à la table des négociations d’ici trois ans, quand la crise sanitaire sera derrière nous. La question n’est pas simple pour Laurent Abitbol, à la fois distributeur (Selectour, Havas Voyages) et multi-TO à travers le groupe qu’il préside, Marietton.

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