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Le grand dessein touristique du Maroc

Quatre ans après le lancement du programme Vision 2010, 14 000 des 80 000 chambres annoncées ont vu le jour. Certes, à mi-chemin, les objectifs ne sont pas tout à fait atteints. Néanmoins, le Maroc séduit chaque année plus de visiteurs.

Le message se voulait fort. Quatre ans après avoir initié un important programme baptisé Vision 2010, destiné à faire du Maroc un acteur majeur du tourisme dans le monde, le roi du Maroc Mohammed VI a tenu, exceptionnellement, à présider les cinquièmes Assises nationales du tourisme qui se sont déroulées du 13 au 15 janvier à Ouarzazate. Ce rendez-vous annuel, dont l’objectif est d’évaluer les progrès accomplis par le pays afin de lui permettre de franchir le cap des 10 millions de touristes par an en 2010, intervient après une année 2004 encourageante. L’an dernier, le Maroc a accueilli pour la première fois de son histoire plus de 5 millions de visiteurs étrangers, dont 1,1 million de Français (+29 % par rapport à 2003). Un record, qui fait désormais du Maroc la quatrième destination préférée de nos compatriotes, derrière l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne. Pour autant, si beaucoup de projets ont été lancés en cinq ans, des nouveaux hôtels ouverts et de nombreux emplois créés, le chemin à parcourir est encore long.

Rappelons que l’objectif du contrat programme 2001-2010 est de positionner le Maroc parmi les 20 premières destinations touristiques mondiales. Cela passe par la concrétisation de projets hôteliers et d’unités d’accueil déjà programmés (une cinquantaine au total), et le renforcement des destinations existantes, culturelles (Marrakech, Ouarzazate, Fès-Meknès, Casablanca, Rabat) et balnéaires (Agadir, Tetouan et Tanger). Outre Agadir, où la société Robinson (filiale immobilière de TUI) ouvrira un club de 350 chambres en 2006, Tanger va par exemple se doter d’un City Center comprenant un complexe hôtelier de 1 300 chambres proche de la mer.

Six nouvelles stations balnéaires

Parmi les autres chantiers figurent également l’aménagement de cinq campings sur la côte atlantique et surtout, la création de six nouvelles stations balnéaires dans le cadre du plan Azur. Quatre d’entre elles ont leur aménageur : un groupe espagnol à Saïda/Berkane, au Nord (une première tranche de 28 000 lits ouvrira fin 2006), un consortium belgo-hollandais à Lixus/Larache (12 000 lits pour une première échéance fin 2007), Kerzner International à Mazagan/ El-Jadida (8 000 lits et un centre aquatique, mi-2007) et un groupement belge, hollandais et français (auquel participe Accor) à Mogador-Essaouira. Sur 400 hectares, cette zone touristique située au sud d’Essaouira jouera la carte charme, avec de petites unités (8 700 lits prévus à terme). Les deux derniers sites, Taghazoute (près d’Agadir) et Plage Blanche (près de Guelmim) ne sont pas encore attribués. Au total, le seul plan Azur compte à lui seul 65 000 des 160 000 lits supplémentaires qui doivent être créés d’ici cinq ans, soit l’équivalent de 80 000 chambres qui viendront s’a-jouter aux 35 000 existantes.

En parallèle à tous ces projets hôteliers, le gouvernement marocain a ouvert son ciel à plus d’une dizaine de nouvelles compagnies aériennes dont Corsair, qui propose huit fréquences hebdomadaires pour Marrakech et bientôt trois pour Fès, et deux vols vers Agadir depuis Noël.

L’arrivée récente d’Atlas Blue, la compagnie low cost de Royal Air Maroc (RAM), devrait également contribuer à doper la fréquentation. Elle est chargée d’assurer le trafic vers les destinations touristiques du Maroc : Marrakech, Agadir, Fès, Ouarzazate, avant de s’attaquer à la desserte des futures stations balnéaires prévues dans le plan Azur. Atlas Blue a commencé son activité le 26 juillet en opérant un premier vol entre Marrakech et Lyon pour le compte d’Etapes Nouvelles. Aujour-d’hui, l’activité charter représente 65 % de son chiffre d’affaires, avec Etapes Nouvelles mais aussi Fram, Gestair, Starter, Symphonie Voyages… En octobre, la compagnie s’est lancée parallèlement dans les vols réguliers à bas prix avec trois fréquences par semaine entre Lyon et Marrakech cet hiver (un vol supplémentaire vers Marrakech et deux vers Agadir au printemps) et deux vols par semaine pour Marrakech au départ de Bordeaux et Toulouse à partir de février.

Un pôle hôtelier pour soutenir les lignes régionales

Pour accompagner ce développement, RAM vient de créer un pôle hôtelier, Atlas Hospitality, en rachetant le mois dernier à l’Office national marocain du tourisme quatre établissements à Ouj-da (le Al-Massira 3b), Chefchaouen (l’Asmaa 3b), Khenifra (le Hammou Ezzayani 3b) et Taliouine (l’Ibnou Toumert). La compagnie, qui espère par ce biais soutenir le développement de lignes régionales, va engager 2,2 ME de travaux pour mettre ces établissements à niveau. A Taliouine, nous souhaitons créer un Spa du désert adossé à un hôtel kasbah de 70 chambres, précise Mohammed Berrada, PDG de RAM. Il annonce également vouloir ouvrir des établissements 5b, dont un hôtel de 200 chambres sur l’aéroport de Casablanca mi- 2006, et un hôtel Riad 5b de 150 chambres et suites à Essaouira, adossé à un centre de balnéothérapie.

Un club de vacances sur la Méditerranée

Enfin, sur le plan du tourisme de loisirs, des études ont été lancées pour la construction d’un club de vacances de 1 000 lits sur la Méditerranée, à Al-Hoceima. Sans oublier la nouvelle phase de développement de Marrakech, qui comprend aussi la réalisation d’un club de vacances 5b et de riads individuels.

Fort de tous ces projets, Adil Douiri, ministre du Tourisme, ne cache pas son optimisme à mi-chemin du programme Vision 2010. Ces quatre dernières années, 28 000 nouveaux lits ont été créés. Dans le même temps, 26 groupes internationaux et nationaux ont signé des conventions d’investissement avec le gouvernement, soit l’équivalent de 48 000 nouveaux lits pour un montant de 190 ME. Même son de cloche du côté de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière, qui parie sur une augmentation de 20 % du nombre de touristes français par an d’ici 2010 ! Pour encourager les investisseurs, au premier rang desquels figurent les Français, le prix plancher du mètre-carré a été fixé à seulement 180 E, et le ministère du Tourisme vient d’annoncer la création de nouvelles mesures fiscales destinées à faciliter le financement des projets touristiques, dont une exonération d’impôts sur les gains pour une durée de cinq ans au profit des hôteliers.

Cette décision ne manquera pas de satisfaire le groupe Accor, l’un des plus actifs dans le pays. Il inaugurera en avril, à Ouarzazate, un hôtel Mercure 4b de 68 chambres en lieu et place de l’ancien Club Med. Déjà présent dans le royaume avec 18 hôtels, Accor prévoit également l’ouverture avant la fin de l’année de cinq Ibis à El-Jadida, Casablanca (Sidi Maârouf), Tanger, Ouarzazate et Marrakech (Palmeraie) pour un total de 570 chambres.

D’autres hôtels sont également prévus à Essaouira, Safi, Nador…, avec pour objectif un réseau de 20 Ibis au Maroc fin 2007 (contre sept actuellement). Trois hôtels intégrés au programme Casa City Center à Casablanca seront également opérationnels d’ici 2007. Et pour conforter l’activité thalassothérapie du groupe, deux établissements sont programmés à Agadir, sur la zone de Founty. D’autres sont en projet à Bouznika et Marrakech (dans la zone d’Aguedal). Enfin, Accor construira deux établissements 4b et 5b dans la nouvelle station balnéaire de Mogador/Essaouira.

Mais Accor n’est pas le seul à fourbir ses armes. Mi-2006, le groupe Marmara/Etapes Nouvelles inaugurera à Marrakech, dans la Palmeraie, un Club Marmara de 430 chambres. Développé en joint-venture à 50/50 avec le groupe marocain Atlas Voyages, ce projet représente un investissement de 19 ME. Hervé Vighier, PDG de Marmara/ Etapes Nouvelles, espère y envoyer 50 000 clients par an. Il annonce un second projet en cours au Maroc, toujours avec Atlas Voyages.

L’arrivée de Marmara/Etapes Nouvelles (160 000 clients sur le Maroc en 2004, 30 000 de plus attendus cette année), n’est pas pour ravir le groupe Fram, qui ouvrira en 2007 un nouveau Framissima de 235 chambres à Marrakech, dans le quartier d’Aguedal (en plein chantier, il abritera à terme 7 000 lits). Présent dans le pays depuis 1973 avec 1 500 chambres, le TO toulousain a envoyé au Maroc 115 000 clients (+18 %) l’an dernier, et vise la barre des 140 000 en 2005. Enfin, le Club Méditerranée doit inaugurer dans les prochains jours son Riad de 60 suites au coeur de la Palmeraie de Marrakech.

Vision 2010 doit encore faire ses preuves

Alors, le Maroc futur eldorado du tourisme pour les professionnels français ? Si certains, comme Marc Thépot, DG d’Accor Maroc, se montrent confiants (voir encadré ci-contre), d’autres s’interrogent sur la capacité réelle du pays à doubler sa fréquentation touristique d’ici cinq ans. D’autant que le pays a choisi de privilégier un positionnement relativement haut de gamme, qui limite les développements et nécessite, parallèlement, un important programme de formation pour mettre les personnels à niveau. On sait déjà que l’ensemble des objectifs fixés par le programme Vision 2010 ne sera pas atteint. A commencer par les 160 000 nouveaux lits visés, qui sont d’ores et déjà hors de portée – 25 à 30 hôtels voient le jour chaque année alors que le programme de départ en prévoyait une quarantaine. Même chose concernant la réalisation du projet Azur avec seulement quatre des six nouvelles stations concédées à ce jour, ou encore le retard pris par le Casa City Center.

Une dynamique a été créée, reste à garder le souffle…

Par ailleurs, l’Office national marocain du tourisme, qui doit se doter d’un budget de promotion de 90 ME, ne bénéficie toujours que du tiers du montant promis. Enfin, avec un taux de remplissage actuel de 52 %, la compagnie Atlas Blue reste en dessous de ses ambitions, situées à 65 %. D’où le lancement d’une première campagne d’affichage mi-janvier avec, comme accroche, Le Maroc à prix imbattable et un tarif Lyon-Marrakech à partir de 180 E aller-retour sans les taxes.

Dans ces conditions, on peut légitimement s’interroger sur la capacité du royaume chérifien à accueillir ces cinq prochaines années 5 millions de nouveaux touristes en provenance essentiellement de France, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Espagne et d’Italie. D’autant qu’en 2004, si 9 700 nouveaux lits ont été créés, dans le même temps, le taux d’occupation hôtelier est tombé à 43 %, contre 52 % en 2003… Cela dit, les marges de progression sont importantes sur les marchés allemands et anglais, les deux plus importants en Europe.

Qu’importe cependant si la barre des 10 millions de visiteurs n’est atteinte qu’en 2012 ou 2015

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