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Jean-Philippe Gold (CRT Hauts-de-France) : « Le tourisme, c’est franchir des espaces-temps »

En poursuivant notre tour de France des régions, rencontre avec Jean-Philippe Gold. Le directeur général du Comité régional des Hauts-de-France partage ses idées, ses envies et sa vision du tourisme.

Comment se porte le tourisme en Hauts-de-France, en ce début de saison ?

Jean-Philippe Gold : Dès la suppression de la règle des 10 kilomètres, nous avons connu une hausse exponentielle des réservations. Particulièrement sur la partie littorale et rurale. Nous avons eu deux phénomènes marquants par rapport aux années précédentes : des réservations qui s’effectuent quelques jours à l’avance, dans des délais très courts et les ponts de mai, souvent consacrés aux couples, qui se sont transformés en déplacements en famille. Parfois même avec plusieurs générations, grands-parents, enfants et petits-enfants. Ce qui traduit un besoin de recréer du lien.

Je suis assez confiant, avec la réouverture progressive des restaurants, des lieux de culture, notamment les musées, on va avoir un retour du tourisme urbain.

2020 a été une mauvaise année pour vous ?

Jean-Philippe Gold : Nous avons enregistré une baisse de 20% par rapport à une chute nationale de 30%. Nous avons même bénéficié de l’apport d’une clientèle régionale et francilienne. Bon nombre de Belges et de Britanniques ont également visité les Hauts-de-France, même s’ils sont vite repartis lorsque le gouvernement a mis en place des mesures sanitaires plus contraignantes. Le mois de juillet, par exemple, a été un mois de fréquentation supérieure à l’année précédente.

Sur le plan touristique, d’après vous, cette crise a-t-elle été bien gérée ?

Jean-Philippe Gold : Face à cette situation totalement nouvelle et inconnue, je ne veux pas rentrer dans ce débat. Pour être objectif, je pense que cette crise agit comme un catalyseur dans un phénomène déjà existant, à double niveau. Le tourisme, plus que jamais, doit faire passer des temps 100% digitalisés à des temps 100% déconnectés. Le tourisme est aussi entré dans un temps de transformation de soi. C’est la reconnexion à soi : on attend de pouvoir quitter son stress, de pouvoir s’être reconnecté aux siens, de s’être ressourcé, de s’être détendu et qu’il y ait vraiment un avant et un après. Les gens ne veulent plus subir mais être acteurs de leur séjour et en retirer des bénéfices.

Nous accompagnons les territoires dans le « design » d’expériences. Nous voulons renforcer la valeur et la pertinence de l’offre avant sa diffusion.

Vous parlez d’immersion…

Jean-Philippe Gold : C’est un élément clé. Le tourisme, c’est franchir des espaces-temps. L’une des façons de le franchir, c’est l’immersion. On le voit à travers le rôle des arts numériques, tels L’Atelier des lumières à Paris dans le 11e, les Bassins de lumières à Bordeaux, l’exemple des théâtres immersifs dans les villes… On n’est plus seulement spectateur, on est au cœur de la scène. Et là, on franchit un autre espace-temps. L’itinérance est d’ailleurs une autre façon de découvrir le patrimoine, la culture à travers la marche ou la randonnée.

Autre exemple auquel nous assistons de plus en plus : la location dans des résidences de tourisme dans lesquelles on pratique le télétravail, ce qui permet d’allonger la durée du week-end. On assiste à une hybridation entre travail et loisirs, où l’immersion dans un lieu touristique est aussi au service d’une façon de travailler plus détendue, en ayant des temps de respiration…

Vous écrivez également : « Notre métier, c’est être une plateforme » ?

Jean-Philippe Gold : Aujourd’hui, nous sommes devenus des plateformes qui produisent du contenu. Nous créons des flux, des interactions entre les visiteurs et les hébergeurs, au service de la confiance de l’internaute. La confiance est le carburant de l’économie numérique, à travers les commentaires, les évaluations ou les testimoniaux.

Pour la saison 2021, la plupart de vos confrères des CRT préparent de grandes campagnes de communication. Et vous ?

Jean-Philippe Gold : Nous avons fait le choix d’une logique BtoBtoC. C’est-à-dire accompagner les acteurs dans la mutation, de façon qu’ils puissent avoir une offre plus segmentée. Nous accompagnons les territoires dans le « design » d’expériences. Nous voulons renforcer la valeur et la pertinence de l’offre avant sa diffusion.

Les professionnels de la région ont beaucoup souffert. Que pouvez-vous leur dire maintenant ?

Jean-Philippe Gold : Cette crise, on peut s’en saisir sous forme d’opportunités. Dans ce brouillard, le phare sera la qualité de l’expérience que le client va vivre. C’est cette valeur là que nous devons délivrer. J’ai une grande confiance envers les acteurs du territoire, parce qu’ils vont « prendre soin » de leurs visiteurs. Il y a plus que jamais un besoin d’attention, d’empathie, de connivence dans la réussite du séjour.

Quand on est le patron d’un grand CRT, comment vit-on cette crise ?

Jean-Philippe Gold : Il faut être capable déjà d’appliquer sa propre transformation intérieure, regarder les choses d’une manière différente, trouver des solutions. Aujourd’hui, nous sommes en première ligne, dans la gestion du stress et le fait d’affronter le télétravail, ce qui peut présenter des avantages mais aussi des inconvénients. Nous devons garantir le ressourcement, l’évacuation du stress, l’enrichissement des liens, en apportant la joie et le bien-être. Nous avons d’ailleurs travaillé avec les territoires pour offrir des rendez-vous « bien-être ». Chaque territoire imagine et crée en y mettant sa propre sensibilité, sa propre identité. Par exemple, certains proposent de la Silviothérapie, ces balades en forêts qui permettent en quelque sorte de se ressourcer au contact des arbres. D’autres programment des promenades gourmandes avec des restaurateurs ou des promenades sophrologiques. Actuellement, nous avons plus de 500 rendez-vous bien-être programmés en 2021, pour que les habitants comme les visiteurs puissent vivre cet art de prendre soin… de soi.

1 commentaire
  1. Anonyme dit

    Interview de grande qualité qui apporte des réponses concrètes aux professionnels du tourisme tout en donnant une vision moyen et long terme du devenir tourisme. Les Hauts de France continuent à se différencier sans se perdre dans des actions de communication au pay back incertain.

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