C’est dommage que je sois poète, quel architecte j’aurais fait, confiait Victor Hugo à l’architecte Viollet-le-Duc. Un décorateur d’intérieur fantasque et un brin mégalo, à n’en pas douter ! En témoigne la maison de Hauteville à Saint Peter Port, la capitale de Guernesey où l’écrivain vécut 15 ans. C’est grâce aux Contemplations qu’il s’offrit cette demeure de corsaire, devenue un musée de la ville de Paris. Victor Hugo y a aménagé une salle à manger noire de boiseries, un salon rouge vif avec des chinoiseries, une exposition de vaisselle sur murs et plafonds. Les chaises, bahuts et autres pièces d’ameublement qu’il a achetés ont muté au gré de sa fantaisie : des colonnes de lit à baldaquins converties en cadre de miroir, une soupière transformée en lavabo, une horloge en placard. En homme de lettres, Victor Hugo a aussi signé son oeuvre architecturale. La maison de Hauteville est truffée de paraphes et de vers, comme La vie est dans l’exil. Car les îles anglo-normandes furent le refuge de l’écrivain (18 ans, dont trois à Jersey) après le coup d’Etat du 2 décembre 1851 par Napoléon III. C’est au dernier étage, là où la vue plonge sur la mer, qu’il trouva l’inspiration, dans des pièces au dénuement presque total. Sa chambre de bonne située sous les toits, et pas même chauffée, est attenante à une belle verrière. Un espace intimiste où il mit un point final aux Misérables, et écrivit Les travailleurs de la mer.
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