Face aux critiques, le transport aérien cherche à reprendre la parole
Réunis à Séville à l’occasion du congrès APG World Connect, dirigeants, politiques et industriels du transport aérien tentent de répondre à une question devenue essentielle : comment redorer son image sans avoir à se justifier en permanence ? Coincé entre croissance solide, contraintes environnementales et pression de l’opinion, le secteur cherche à reprendre la main sur sa communication.
Que devons-nous répondre à nos détracteurs ? Communiquer d’une seule voix est-il possible ? Combien ça coûte de faire passer le bon message ? L’hydrogène est-il vraiment la solution ? Quid de l’électrique, et de la production de biocarburants ?
Les questions se bousculent pour les dirigeants du transport aérien mondial, réunis les 30 et 31 octobre à Séville dans le cadre du congrès APG World Connect qui s’articulait cette année autour d’un thème : la communication. Ceci alors que le secteur fait face à un étrange paradoxe. D’un côté, une croissance soutenue (+3,6% de passagers à échelle mondiale pour septembre 2025 d’après les derniers chiffres de Iata) et amenée à encore se renforcer dans les années à venir. De l’autre, une opinion publique souvent défavorable, en tout cas en Europe, où, pour certains, l’aérien incarne un mode de vie incompatible avec les impératifs climatiques.
« La communication du secteur en Europe a été un désastre. Les gens sont persuadés que l’aviation détruit à elle seule la planète. Comment est-ce possible, alors que l’aérien représente 3% des émissions de CO2 de la planète, quand le gaspillage alimentaire est à 6%, où a production de téléphones portables à 8% ? », s’est étonné Bertrand Picard, venu présenter son projet Climate impulse d’avion à hydrogène projetant de faire le tour du monde sans escale et sans émissions de CO2.
Pour plusieurs intervenants, le message est clair : l’aérien doit maintenant se faire entendre. « Be vocal ! Soyez unis, soyez audibles ! » a lancé l’ancien commissaire européen Thierry Breton aux dirigeants du secteur. Une exhortation à parler d’une seule voix qui a pu paraître utopique à certain, pris entre concurrence commerciale et divergence géopolitiques. Tim Clark, PDG d’Emirates, a appelé à bâtir un discours global, au-delà des clivages entre régions du monde. « Nous sommes partis prenantes du changement, mais la politisation du climat et les visions contradictoires sapent notre image et la cohérence nécessaire », analyse-t-il.
Gagner la bataille du récit
« Nous avons laissé d’autres écrire notre récit. À nous de reprendre la main, pas en nous défendant, mais en expliquant ce que nous apportons : des emplois, des innovations vers la décarbonation, une souveraineté énergétique et industrielle », a de son côté lancé Jean-François Copé, le maire de Meaux intervenant en tant que président du GIP Roissy Meaux Aéropole. Là où certains territoires subissent leur aéroport dans un rapport conflictuel, comme à Orly, la région de Roissy, selon lui, en a fait un moteur de fierté locale et de positivité pour la population. Une inversion de regard qui pourrait inspirer d’autres plateformes françaises.
Pour Nick Calio, à la tête d’Airlines for America, les leçons de la pandémie restent aussi d’actualité pour regagner la bataille de l’opinion publique : « Quand nous travaillons ensemble, le message passe ».

Montrer, pas se défendre
C’est aussi la conviction de plusieurs dirigeants présents à Séville : le secteur doit avant tout reconnaître son impact climatique, mais ensuite montrer tous ses impacts positifs et surtout cesser de se justifier pour redevenir moteur de son propre récit. « Se défendre, c’est donner du grain à moudre à ses détracteurs », résume Marc Rochet, président d’Aérogestion. « Nous devons montrer nos progrès, nos solutions concrètes, nos investissements massifs dans les biocarburants et les technologies propres. L’aérien a besoin de communication et de courage », a-t-il argué.
Une approche partagée par les chercheurs et communicants invités, qui appellent à un virage narratif fondé sur les faits plutôt que les promesses. « L’efficacité, et non la sobriété punitive, doit être notre fil conducteur », plaide Bertrand Piccard, appelant les patrons de compagnies aériennes à voler moins, mais en vendant les billets plus chers. Pour Haldane Dodd (Air Transport Action Group), l’enjeu est aussi d’articuler la croissance du secteur avec l’impératif de neutralité carbone : « Nous avons divisé notre empreinte carbone par passager ces dernières décennies, mais le volume global continue d’augmenter plus vite que notre efficacité énergétique. C’est une équation difficile à résoudre ».
« Indispensable »
Le message de Séville, en creux, était donc celui-ci : tenter d’établir une stratégie commune de communication et oser affirmer la place vertueuse et stratégique du transport aérien dans le monde. Une idée que Salomé Zourabichvili, présidente géorgienne jusqu’en 2024, a illustrée avec émotion : « Chaque ouverture de ligne est pour nous un pas en avant extrêmement symbolique, chaque fermeture un pas vers l’isolement ».
Un message commun qui pourrait être résumé en un seul mot, d’après Laurent Magnin, l’ancien dirigeant d’XL Airways : « Indispensable ». « On permet de relier tous les habitants de la planète pour seulement 3% d’émission de CO2. C’est simple, nous sommes indispensables. Si on arrive à faire entendre ça, ce sera gagné », glisse-t-il.
