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Expedia : La politique et les syndicats freinent le tourisme en France

Assignation de la DGCCRF, saisine de l’Umih… Expedia est-il devenu un mouton noir en France ? Veit Fuhrmeister, directeur régional d'Expedia Lodging Partner Services pour la France, s'en défend avec force dans une interview accordée à L'Echo touristique.

L’Echo touristique : Comment réagissez-vous à l’assignation de la DGCCRF, qui fait suite à la procédure de saisine engagée par l’Umih en juillet dernier ?

Veit Fuhrmeister : Cette procédure va apporter de la clarté. Expedia est en conformité avec les lois européennes de la concurrence ainsi que la loi française. Nous apportons de la valeur ajoutée aux hôteliers indépendants, mais aussi aux chaînes. Une réservation GDS coûte d’ailleurs plus cher qu’une réservation via une OTA (Online travel agency, Ndlr).Nous sommes les partenaires des hôteliers français.

Vos relations avec les syndicats sont pourtant conflictuelles…

Rétablissons les faits. Nous n’avons jamais refusé le dialogue avec les syndicats ! Nous avons rencontré Laurent Duc (président d’UMIH Hôtellerie Française, Ndlr) et son équipe il y a environ un an. Nous avons ensuite reçu des personnes de son équipe début 2013, pour mieux expliquer notre mode de fonctionnement. Nous avons eu le début d’une coopération. Le dialogue a été rompu de manière unilatérale par l’Umih. Cette rupture des discussions est sans doute liée à la compétition sévère opposant les deux syndicats, au niveau de la recherche d’affiliés. Nous avons aussi sollicité un rendez-vous auprès du Synhorcat, qui n’a jamais donné suite à notre demande. L’assignation de la DGCCRF est, de toute évidence, la conséquence de l’action des syndicats. Mais nous sommes confiants sur les prochaines étapes de cette procédure et dans l'avenir.

Quelles sont vos relations avec les hôteliers en dehors de la France ? Existe-t-il d’autres actions contre vous ailleurs en Europe ?

Il existe une action récente, mais de nature différente, au Royaume-Uni. Par rapport aux autres marchés, la France est effectivement… active. En Russie par exemple, nos relations avec les syndicats sont plus sereines. Nous échangeons avec sept d’entre eux, et nous montons des campagnes publicitaires avec les hôteliers. Nous avons des échanges constructifs. En France. C'est de moins en moins le cas. La forte concurrence entre les deux syndicats est néfaste. Le tourisme français est freiné par des enjeux politiques et syndicaux.

Revenons aux griefs qui vous sont adressés. La parité tarifaire ne pénalise-t-elle pas les hôteliers, en limitant leur latitude commerciale ?

Quand l’hôtellerie s’est lancée sur Internet, au début des années 2000, c’était le Far West. Agences et hôteliers vendaient des chambres à des prix différents, qui n’incluaient pas forcément les mêmes prestations. Le client choisissait alors systématiquement le prix le plus bas. Dans cette spirale négative, l’hôtelier a perdu énormément en termes de revenus et de marges. Les premiers à avoir régularisé les tarifs avec le principe de la parité – en prenant le modèle des compagnies aériennes – sont les hôtels intégrés, suivis des chaînes indépendantes puis des hôtels indépendants. Les OTAs n’ont ni inventé ni imposé la parité tarifaire !

Mais vous défendez la parité tarifaire…

Les hôteliers peuvent bien sûr yielder comme ils le souhaitent. Ce qu’Expedia demande, c’est d’avoir accès à la meilleure offre tarifaire disponible. Le renoncement à l’accès au tarif le plus bas créerait de la confusion, dans l’esprit du consommateur. Nous pensons qu’une guerre tarifaire nous ramènerait 5 ou 6 ans en arrière, avec des pertes de marges pour tout le monde.

Combien de nuitées a drainé Expedia en France, l’an dernier ?

En 2012, entre 4 et 5 millions de touristes internationaux sont venus en France après avoir effectué une réservation sur l'un des sites du groupe Expedia*. De janvier à septembre 2013, le nombre global de nuitées a progressé d’environ 18 %. Environ 70% de notre clientèle en France est internationale. Et sur les 30% restants, un grand nombre de voyageurs sont d’origine corporate, puisqu’ils proviennent en majorité d’Egencia, notre filiale spécialiste du tourisme d’affaires. Notre but n’est pas de faire venir la clientèle traditionnelle des hôtels, mais de leur ouvrir de nouveaux marchés, d’augmenter la taille du gâteau. Les hôteliers n’ont pas les moyens de mener des campagnes télévisées au Japon ou au Brésil comme nous le faisons. Nous leur donnons de la visibilité. Nous investissons 1,7 milliard de dollars en marketing online et offline. Nous consacrons aussi 500 millions de dollars à la technologie, notamment sur le mobile.

* incluant également la réservation des vols.

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