Égypte : du calme d’Assouan aux violences de la place Tahrir
À l’approche des élections du 28 novembre, des manifestations, notamment au Caire, ont fait plus de 30 morts. Pourtant, les touristes en croisière sur le Nil sont séduits par le calme du pays.
Vendredi 12 octobre. À Assouan, les familles replient les nappes de leur pique-nique. Les voiles gracieuses, roses et bleues, côtoient les hijabs noirs et les jeans des plus jeunes. Au coucher du soleil, l’île aux plantes, Geziret an-Nabatat, est sereine, comme l’Égypte qu’a parcourue notre Dahabeya, de Louxor au Lac Nasser. « Nous avons des clients sur le Nil, il n’y a eu aucun problème. Le tourisme fait vivre une partie de la populations égyptienne » explique Olivia Even Devillechaise, directrice commerciale et marketing chez Autrement l’Égypte.
Mardi 22 novembre, pourtant, ont comptait plus de 30 morts et des centaines de blessés au Caire, principalement des manifestants demandant le départ du maréchal Hussein Tantaoui, à la tête du CSFA (Conseil suprême des forces armées) et qui dirige le pays depuis le départ du président Moubarak. « L’armée a détourné la révolution » analyse le fondateur et directeur de l’observatoire des pays arabes à Paris, Antoine Basbous dans la Tribune de Genève. À l’approche des élections législatives, qui se tiendront du 28 novembre au 10 janvier, la tension est remontée d’un cran et le gouvernement a donné sa démission.
VIGILANCE RENFORCÉE CONSEILLÉE
Depuis plus d’un mois, les affiches électorales – 12 000 listes sont présentées – se multiplient sur les murs des villes égyptiennes, accompagnées d’un symbole pour identifier les candidats. Le taux d’analphabétisme dépasse les 40 % dans le pays. « On ne connaît pas la plupart de ses gens », note M., guide pour des voyagistes français, qui se déclare « contre l’obligation de porter un voile », mais votera pour les frères musulmans : « Ils sont les seuls à proposer un programme ».
A., qui travaille sur les bateaux de croisière sur le Nil, craignait ces nouvelles manifestations, comme beaucoup des deux millions d’Égyptiens qui travaillent dans le tourisme. « La situation est difficile » ajoute M. avec euphémisme. Parmi ses collègues, peu ont travaillé plus de trois semaines depuis la révolution. « Les guides, comme les gens qui travaillent dans les hôtels ou les restaurants, sont payés à la semaine ou à la journée de travail ». « Il faut dire aux Français de revenir » lance un vendeur, dans le souk désert d’Assouan. Une foule de petits métiers, des vendeurs d’eau et de cartes postales aux conducteurs de calèches, dépendent des arrivées touristiques.
Les Français croisés dans le vol charter de Transavia, reviendront : « on se sent vraiment en sécurité », « il n’y a aucun problèmes pour les touristes », « c’est le moment de venir. Il ne fait pas trop chaud, et il n’y a personnes ». Mais les troubles en Égypte, alors que la pleine saison touristique débute, pourraient en décourager d’autres. Pour l’instant, le Quai d’Orsay, qui a modifié sa fiche Conseil aux voyageurs sur l’Égypte le 22 novembre, recommande « impérativement de se tenir éloigné des rassemblements » et note que si « les séjours dans les grands centres touristiques ne posent pas de problème », « une vigilance renforcée s’impose ».
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