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Braquage au Louvre : ce que l’on sait, ce que ça implique

Un cambriolage spectaculaire a eu lieu dimanche matin peu après l’ouverture du Louvre, le musée le plus visité au monde.

Dimanche 19 octobre, aux alentours de 9h30, quatre cambrioleurs se sont introduits dans la galerie d’Apollon du musée, qui abrite notamment les joyaux de la Couronne de France, en brisant les fenêtres de la salle à l’aide de disqueuses après s’être hissés depuis l’extérieur sur une nacelle. Les huit bijoux volés étaient protégés par deux vitrines haute sécurité. Le montant du butin est en cours d’estimation. Mais les bijoux dérobés sont d’une « valeur inestimable », selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Parmi les huit objets volés figurent le collier de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense, composé de huit saphirs et 631 diamants. Ou encore le diadème de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui compte près de 2 000 diamants. Un neuvième objet, la couronne de l’impératrice Eugénie, a été abandonné dans leur fuite par les malfaiteurs. Son état est « en cours d’examen », détaille le ministère de la Culture. Il évoque par ailleurs une effraction « particulièrement rapide et brutale ».

« Nous retrouverons les œuvres »

Selon Laurent Nuñez, l’opération, qui n’a duré que « sept minutes », est le fait de cambrioleurs « chevronnés » qui pourraient être « étrangers ». Le ministre assure avoir « bon espoir » que les malfaiteurs, qui ont pris la fuite à scooter, soient interpellés « très rapidement ». « Nous retrouverons les œuvres et les auteurs seront traduits en justice », a promis dimanche soir sur X Emmanuel Macron. Il déplore un vol qui est « une atteinte à un patrimoine que nous chérissons car il est notre Histoire ».

Une enquête notamment pour vol en bande organisée a été ouverte et confiée à la Brigade de répression du banditisme (BRB). Les visiteurs du musée, qui avait ouvert ses portes à 9h, ont été rapidement évacués « sans incident aucun », précise Le Louvre. C’est la ministre de la Culture Rachida Dati qui, la première, a rendu public le cambriolage, évoquant sur X un « braquage » dans ce musée de 73 000 m² qui abrite environ 35 000 œuvres d’art, dont la célébrissime Joconde, et dont la sécurisation est un immense défi logistique.

« On sait très bien qu’il y a une grande vulnérabilité dans les musées français », reconnaît le ministre de l’Intérieur, interrogé sur de possibles failles dans le dispositif de surveillance. Les propos du ministre font écho à plusieurs récents cambriolages dans des musées hexagonaux. Mi-septembre, des spécimens d’or natif d’une valeur de 600 000 euros ont été volés lors d’une effraction au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

« C’est un musée fragile »

En septembre encore, un musée de Limoges a subi un cambriolage dont le préjudice est estimé à 6,5 millions d’euros. « La criminalité organisée aujourd’hui s’attaque aux objets d’art et les musées sont ainsi devenus des cibles », explique Rachida Dati. La ministre affirme qu’il faut « adapter ces musées aux nouvelles formes de criminalité ».

Mais comment sécuriser un musée de 73 000 m2 abritant quelque 35 000 œuvres ? Ce cambriolage met en lumière l’ampleur de ce défi logistique, sur lequel les autorités se penchent régulièrement. Avant ce vol spectaculaire, le précédent ayant frappé l’un des plus grands musées du monde remonte à 1998. A l’époque, une toile du maître français Camille Corot avait été dérobée en plein jour. Elle n’a jamais été retrouvée depuis.

« C’est un musée fragile », avait déclaré son président de l’époque Pierre Rosenberg. Près de trente ans plus tard, le constat semble encore d’actualité. En 2021, la direction du musée avait notamment demandé à la préfecture de police de Paris de mener un audit de sécurité. A la suite de cet audit, des recommandations ont été rendues « il y a quelques semaines, quelques mois ». Elles « commencent à être mises en œuvre », affirme Rachida Dati. Sans donner plus de précisions.

Réductions du personnel de sécurité

Selon certaines organisations syndicales, la sécurisation du musée a été mise à mal par des réductions de personnels au cours des récentes années, alors même que la fréquentation du musée explosait. Sous couvert d’anonymat, une source syndicale affirme ainsi que 200 équivalents de postes à plein temps ont été supprimés au musée au cours des 15 dernières années, notamment sur des postes de sécurité, sur des effectifs globaux de près de 2 000 salariés. « On ne peut pas se passer de la surveillance physique », souligne cette source.

Dans un communiqué, le syndicat minoritaire Sud pointe « la destruction des emplois dédiés à la sécurité » au Louvre. Mi-juin, des agents du musée avaient débrayé quelques heures pour dénoncer des problèmes de « sous-effectif » les empêchant de mener à bien leurs missions. Adjoint écologiste à la mairie de Paris, David Belliard a rappelé ce précédent pour mettre en cause les autorités dimanche.

Un projet de rénovation colossal

« Ce braquage arrive quelques mois après que les salariés du musée ont alerté sur les failles de sécurité. Pourquoi ont-ils été méprisés par la direction du musée et par le ministère ? », a-t-il écrit sur X. La sécurisation du Louvre devrait être au cœur des débats autour du vaste projet d’extension du musée parisien, annoncé fin janvier par le président Emmanuel Macron.

Réagissant à l’état des lieux alarmant sur la vétusté du Louvre dressé par sa présidente Laurence des Cars, le chef de l’Etat avait alors annoncé un projet de rénovation colossal, dont le coût est évalué à environ 700 à 800 millions d’euros sur une dizaine d’années.

Il prévoit d’ici 2031 une nouvelle entrée pour décongestionner la pyramide de verre, une salle d’exposition dédiée à la Joconde, ainsi qu’un billet d’entrée plus cher pour les visiteurs non européens. A terme, le musée veut attirer 12 millions de visiteurs annuels contre environ 9 actuellement. « Des mesures de sécurisation sont intégrées dans le nouveau grand projet du musée du Louvre », insiste Rachida Dati.

La source syndicale interrogée ne doute pas que le budget de la sécurité sera réévalué. Mais elle se demande si les montants « seront à la hauteur de la protection requise ». Le musée reste par ailleurs fermé ce lundi.

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