Au Sénégal, une élection ne fait pas le printemps
L’élection présidentielle du 26 février provoque manifestations et affrontements à Dakar. Mais sans comparaison possible avec le Printemps arabe même si hôteliers sénégalais et TO s’inquiètent des retombées.
Depuis le 5 février dernier et l’ouverture de la campagne pour les élections présidentielles du 26 février, le Sénégal a la fièvre. Plusieurs manifestations ont enflammé Dakar, menées par des partis d’opposition qui demandent le retrait de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade, 85 ans, au pouvoir depuis 12 ans. Mardi 21 février, la police bloquait toujours l’accès à la place de l’indépendance, à Dakar, alors que les violences du week-end avaient fait au moins deux morts. Aucun amalgame possible cependant avec le Printemps arabe en Tunisie et Égypte. Ni avec les troubles ethniques en Côte d’Ivoire. « On est en Afrique, avec ses turbulences, mais il faut relativiser l’ampleur de ces évènements sénégalais. On reste dans un processus démocratique », commente un observateur. La couverture médiatique des manifestations et la crainte de retombées sur la fréquentation touristique ont cependant conduit le SPIHS (Syndicat Patronal de l’Industrie Hôtelière du Sénégal) à monter au créneau. Un communiqué visant « à rassurer les tour-opérateurs français sur la situation du pays » a même été publié. « Les évènements actuels n’ont aucunement touché les sites et les entreprises touristiques du pays », souligne-t-il. « Nous encourageons nos partenaires stratégiques à poursuivre leurs programmes de promotion et de ventes de la saison en cours. » TourCom, par la voix de son président Richard Vainopoulos, a invité de même les agences à soutenir la destination.
« UNE DESTINATION EN DENTS DE SCIE »
Sur place, la situation est effectivement très calme dès lors qu’on s’éloigne de la place de l’indépendance à Dakar. Sur la petite côte à Saly, principale zone touristique du pays, située à deux heures de la capitale, les vacanciers continuent à couler des jours tranquilles. « Mais nous avons enregistré des annulations » déplore Éric Philibert, directeur de l’hôtel le Lamentin. « Quatre groupes réservés par des agences ont préféré décaler. Du côté des TO, les engagements ont été maintenus ». Comme les autres établissements de la station balnéaire, le Lamentin tourne actuellement à 50 % de remplissage « quand nous espérions, en haute saison, approcher les 70-75 % », regrette encore Éric Philibert. Les voyagistes notent de leur côté un léger fléchissement des réservations depuis trois semaines mais qui n’est pas propre au Sénégal. « C’est de toutes les façons une destination en dents de scie, avec des résultats moyens, surtout l’été, depuis 4-5 ans », constate Aurélien Aufort, directeur commercial de Voyamar. Le TO, qui affrète des vols de Lyon et Marseille, se satisfait toutefois cet hiver de départs, entre décembre et fin mars, à +15 %. Une belle performance. L’an dernier, les membres du Ceto ont vendu seulement 52 436 forfaits (+5 %) avec effectivement un flop sur l’été (-20,6 %). En cumulé, à fin novembre, les prises de commande sur l’hiver étaient en retrait de – 2 %. Malgré ses atouts, le Sénégal ne bénéficie pas des reports de l’Égypte voire de la Tunisie. Mais la situation politique actuelle n’y est pour rien. De l’avis général, un défaut de promotion et des taxes d’aéroport élevées qui renchérissent les prix, sont le vrai problème… qui dure.
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