Alain Souleille (Rivages du Monde) : « En 2025, nous avons comblé la perte de la Russie »
Le PDG de Rivages du Monde est revenu sur l’exercice 2025, et sur les arguments de sa compagnie, à l’heure où le secteur des croisières se positionne sur le segment du luxe.
L’Écho touristique : Quel premier bilan tirez-vous de l’année 2025 ?
Alain Souleille : Nous allons clôturer notre exercice dans quelques jours. Nous avons atteint notre chiffre d’affaires à 50 000 euros près. Nous avions prévu 52 400 000 euros et nous serons à environ 52 350 000. C’est une bonne année de reprise. Comme tous les croisiéristes, nous avions subi de plein fouet le Covid, avec deux années sans activité. Et, pour Rivages du Monde, il y a eu une autre pénalité avec l’arrêt des croisières en Russie, qui représentaient environ 30% de notre chiffre d’affaires. Désormais, c’est derrière nous. En 2025, nous avons comblé la perte de la Russie.
Comment avez-vous compensé cette perte ?
Alain Souleille : Par plusieurs destinations. Nous n’avons pas retrouvé un produit strictement équivalent. Nous avons surtout multiplié les destinations. Nous avons fait une très belle année sur le Laos, où nous montons en puissance. Nous avons aussi intégré depuis deux ans une programmation sur le Nil qui marche très bien, sur un dahabieh de 24 passagers, qui correspond parfaitement à notre concept de petit bateau francophone et culturel. C’est en multipliant les destinations que nous avons compensé la Russie.
Comment se répartit aujourd’hui la clientèle sur vos différentes croisières ?
Alain Souleille : Nos grands produits sont les bateaux que j’exploite sur toute la saison : le Douro, le Mékong, la Croatie, l’Égypte et le Danube. En volumes, nous avons environ 2 000 passagers sur le Douro, 2 700 sur le Danube, 2 200 sur le Mékong. Les chiffres sont ensuite moins importants sur les petites unités. L’Égypte est autour de 700 passagers et le Laos autour de 300.
Quel est le panier moyen de la clientèle ?
Alain Souleille : Le panier moyen, toutes catégories confondues, est de 4 300 euros. Il est évidemment plus élevé sur les long-courriers, et un peu moins élevé en Europe.
Rivages du Monde s’est toujours positionné comme un « défricheur ». Aujourd’hui, qu’en est-il de cette philosophie ?
Alain Souleille : Nous essayons toujours d’ouvrir de nouvelles destinations. C’est de plus en plus compliqué : je ne suis pas seul sur le marché. Mais, en 2027, nous proposerons pour la première fois des croisières sur le fleuve Congo. Être des défricheurs, c’est ouvrir de nouvelles routes. Nous avons été les premiers à positionner un bateau en Croatie en 2004, et les premiers sur les Comores en 2004 également. Cela fait plus de 20 ans, et nous tenons à enrichir notre offre d’année en année.
En 20 ans, le secteur a bien changé. Il y a six ans, vous disiez ne pas avoir de concurrence directe en France. Aujourd’hui, de plus en plus de croisiéristes se positionnent sur le segment luxe. Comment Rivages du Monde se différencie-t-il ?
Alain Souleille : Je suis très positionné sur le fluvial. En France, sur ce segment, nous ne sommes que deux : il y a bien sûr mes confrères de CroisiEurope, une entreprise bien plus grande, propriétaire de ses bateaux, avec une gamme très vaste et des prix nettement inférieurs aux nôtres. Mais chacun a trouvé sa place, et c’est très bien ainsi.
Vous opérez, depuis plusieurs années, une montée en gamme, à un moment où le secteur se réinvente. Comment celle-ci s’est-elle concrétisée, en 2025 ?
Alain Souleille : Cela recouvre plusieurs aspects. D’abord, la qualité des bateaux : l’avantage d’être affréteur, c’est que je peux changer de bateau assez facilement en changeant mon contrat d’affrètement. Nous visons des bateaux plus confortables et agréables, avec de grandes baies vitrées, parfois des balcons, des services supplémentaires comme un spa, et une excellente qualité de table. Ensuite, le contenu : l’aspect culturel et les prestations incluses, des excursions à certains spectacles.
Est-ce un modèle toujours en mutation ? Ou considérez-vous que le produit est complet tel quel ?
Alain Souleille : Un produit n’est jamais complet. On peut toujours s’améliorer. Ce qui compte, c’est d’être à l’écoute du marché et de la demande de nos passagers, pour y répondre au mieux. Si l’on peut devancer, c’est encore mieux. On ne doit jamais se contenter d’une situation acquise : les goûts et les attentes évoluent.
Comment vous démarquez-vous des compagnies plus classiques ?
Alain Souleille : Il existe des produits pour tous les publics. Les majors ont beaucoup fait pour populariser la croisière et la rendre accessible, et tout le monde en bénéficie. Ce n’est pas mon créneau : nous privilégions les petites capacités. Évidemment, nous sommes plus chers — les économies d’échelle ne sont pas les mêmes. Je ne vois pas d’opposition entre types de produits, plutôt une complémentarité, afin d’avoir une offre large qui convienne à un public large. Mais Rivages du Monde propose des croisières à petite capacité, 100 % francophone — non par chauvinisme mais pour la fluidité de l’organisation. Nous accordons également une grande place aux contenus culturels, avec un conférencier systématique à bord, spécialiste des régions traversées. Nous incluons également un maximum de prestations à bord : c’est notre ADN.
Quelle a été la part de la distribution dans les ventes 2025 ?
Alain Souleille : 30%, ce qui est relativement stable. Nous les accompagnons activement : j’ai une équipe de commerciaux qui couvre tout le territoire et anime les agences qui nous revendent. Nous participons à des workshops, parfois à des salons ; nous organisons des éductours si besoin, et nous animons le réseau. C’est classique, mais efficace.
Comment se présente l’année 2026 ?
Alain Souleille : Les perspectives sont excellentes. J’ai déjà 45% de mon budget en vente ferme.
