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Alain Capestan (Voyageurs du Monde) : « Je suis pour le vaccin obligatoire… sauf si nous pouvons l’éviter »

Dans une interview exclusive, Alain Capestan fait le point sur la reprise et l’enjeu planétaire de la vaccination. Pour le directeur général délégué de Voyageurs du Monde, les pays riches devraient d’ailleurs aider les pays pauvres à lutter contre le Covid-19.

L’Echo touristique : En juin 2021, les ventes de voyages ont progressé de 6% selon le baromètre Orchestra, versus juin 2019. Et pour Voyageurs du Monde ?

Alain Capestan : Nous sommes nettement au-dessus de 6%, pour l’ensemble des activités du groupe. Comme nous sommes cotés en Bourse, je ne peux pas donner de chiffres précis. Plusieurs raisons croisées expliquent un tel rebond : un phénomène de rattrapage, l’ouverture des destinations européennes – dès qu’un pays ouvre, la demande explose – et la France. Dans l’activité trekking, qui représente 40% de l’activité du groupe Voyageurs du Monde, nous vendons beaucoup la France. Malheureusement, il nous manque l’essentiel du long-courrier pour optimiser le rattrapage. Du point de vue français, nous pouvons vendre les pays verts et orange. Le problème, c’est que nombre de ces pays ne veulent pas des Français. Même si son taux d’incidence est faible, la France apparaît encore trop à l’étranger comme un pays risqué, avec une population insuffisamment vaccinée. Surtout face à la menace du variant Delta. Plus la France sera vaccinée, plus nos clients pourront voyager grâce à la réouverture de pays.

Depuis quelques jours, observez-vous un ralentissement de la croissance des ventes à cause du variant Delta ?

Alain Capestan : Non, nous ne le ressentons pas. Nous sommes toujours sur un rythme positif par rapport à la même période en 2019.

En 30 ans de métier, je n’ai jamais observé une telle envie de voyager.

Quelles sont les destinations les plus vendues cet été ?

Alain Capestan : La Grèce, l’Espagne, l’Italie, la Polynésie française enregistrent de bons scores. La Croatie et l’Islande aussi. L’ouverture de la Norvège est prometteuse. Il y a globalement un très gros rush sur l’Europe du sud, avec une forte concentration de la demande sur un nombre limité de destinations. Nous sommes d’ailleurs confrontés à des problèmes de stocks sur la Grèce et la France.

En 30 ans de métier, je n’ai jamais observé un tel engouement des clients envers les destinations dès lors qu’elles ouvrent. L’appétit des clients est décuplé. Malheureusement, la Namibie est désormais fermée, l’Afrique du Sud n’est pas ouverte. En long-courrier, il nous reste le Mexique, le Pérou, l’Equateur, la Tanzanie, les Dom-Tom. Sur l’automne, nous aurons aussi l’Egypte, le Maroc, la Jordanie. Notre activité ne pourra pas revenir à la normale tant que le nombre de pays demeurera restreint.

Pour le groupe Voyageurs du Monde, le problème reste le long-courrier…

Alain Capestan : Oui, beaucoup de pays verts ou orange n’acceptent pas les Français : le Japon, les Etats-Unis – dont la réouverture n’est pas prévue avant plusieurs semaines selon Jean-Baptiste Lemoyne -, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande… Deux raisons : notre pays reste peu vacciné et la population du pays de destination est considérée à risque en raison du faible taux de vaccination. Nous, Français, pouvons agir en nous faisant vacciner.

Donc, pour vous, la clé de la reprise des voyages, c’est la vaccination ?

Alain Capestan : Voilà, tout se résume à la vaccination. C’est le seul moyen pour nos clients de voyager dans un pays orange (sans motif impérieux, NDLR). Je conseille vraiment de se faire vacciner même pour voyager en Europe. C’est alors plus simple et plus fluide pour passer les frontières, et faire l’économie de tests qui restent contraignants. Le vaccin ou le test suffisent pour un pays vert. Le vaccin et le test sont requis pour les pays orange qui nous acceptent. D’une manière générale pour voyager, quand on est vacciné, c’est mieux.

Il faut aussi que les pays riches financent la vaccination des pays pauvres.

Faut-il rendre la vaccination obligatoire ?

Alain Capestan : Il faut que tous les Français se fassent vacciner, pour le collectif. Sinon, on ne s’en sortira pas, et on va laisser le temps à d’autres variants d’apparaître. Il faut aussi que les pays riches financent la vaccination des pays pauvres, jusque dans la logistique et les campagnes. C’est une mesure de prévention sanitaire évidente pour la planète, et un enjeu d’humanité. Le sujet dépasse largement le voyage. Sous l’impulsion de Joe Biden, les Etats-Unis ont commencé à aider, mais en des quantités insuffisantes. Il faut vacciner tout le monde – sauf les personnes qui ne le peuvent pas pour des raisons médicales bien sûr.

Vous êtes pour l’obligation ?

Alain Capestan : Dans l’absolu, tant qu’il est possible d’éviter l’obligation de vaccination, c’est mieux. Mais si on ne peut plus l’éviter, oui, il faut y passer. Donc, in fine, je suis pour l’obligation. Car c’est un problème de solidarité et de sécurité sanitaire mondiale, pour éradiquer la pandémie.

Alain de Mendonça (Fram) indique qu’un certain attentisme perdure sur l’hiver. Chez Voyageurs aussi ?

Alain Capestan : Oui, sur l’hiver, il y a moins de réservations que d’habitude. Mais attention aux chiffres, ils peuvent être trompeurs. Beaucoup de pays sont actuellement fermés. Sur l’Afrique par exemple, nous avons principalement la Tanzanie. L’Asie, l’Amérique latine, le nord de l’Amérique ne sont pas accessibles… Aujourd’hui, il y a une petite hausse des contaminations en France, espérons que cela ne se traduise pas par de nouvelles restrictions cet automne. 

Pour l’automne-hiver toujours, doit-on s’attendre à un « mur » des avoirs ou pas du tout ?

Alain Capestan : Nous avons déjà beaucoup de dossiers hors ordonnance. Globalement, seulement 10% des voyageurs souhaitent obtenir un remboursement. Nos clients restent motivés, ils veulent voyager, et demandent peu le remboursement. Et nous pouvons toujours nous arranger face à des problèmes de trésorerie de certains clients. Donc, les avoirs, que nous devrons rembourser entre octobre et mai 2022, ce n’est pas un grand sujet.

Autre sujet d’actualité, une récente étude montre que 52% des vacanciers français réservent via des plateformes comme Airbnb et Booking pour leurs vacances d’été, contre 20% via des agences. Quelle est votre réaction ?

Alain Capestan : Nous sommes confrontés à la dialectique entre des personnes qui recherchent du service à valeur ajoutée via une agence ou un voyagiste, et celles qui veulent juste réserver et passent alors par des plateformes. Cette tendance existe depuis quinze ans. Face à cette problématique, nous avons fait des choix en conséquence, pour produire en offrant une forte valeur ajoutée. Nous ne vendons plus du tout d’hôtels ou de billets d’avion, mais des services. Nous sommes dans l’accompagnement logistique, par exemple, d’un voyage d’aventure pour traverser les Annapurnas. Ou lorsque nous proposons de dormir chez l’habitant, avec Comptoir, c’est en itinérance. Je ne me lancerai jamais dans le séjour chez l’habitant, face à Airbnb et les autres (rires).

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