Maurice Freund, pionnier du tourisme solidaire au Sahel, est mort
Maurice Freund, fondateur de Point-Mulhouse puis de Point-Afrique, est décédé samedi 9 mai à l’âge de 83 ans. Ce fut l’un des pionniers du tourisme solidaire en Afrique et des vols charter. L’Écho touristique avait eu la chance de l’interviewer en 2019. Nous ouvrons cette passionnante conversation, initialement réservée aux abonnés payants du magazine, à tous les lecteurs.
Le Français Maurice Freund, figure du « tourisme équitable » en Afrique et directeur d’une agence de voyages solidaire opérant en particulier au Sahel, est mort samedi à 83 ans, a indiqué dimanche son fils à l’AFP.
« C’était un personnage hors du commun. Il a réussi à monter des business qui marchaient en restant toujours dans l’économie solidaire, dans le partage avec les peuples du Sahel », a déclaré le fils du voyagiste, Philippe Freund, joint par téléphone.
« Briser le monopole d’Air France »
Né en Alsace en 1943 d’un père « malgré-nous » (Français enrôlé de force dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale) et d’une mère ouvrière, Maurice Freund fut un précurseur du « voyage pour tous », en fondant en 1965 à Mulhouse (est) l’association Le Point, qui deviendra Le Point Mulhouse, puis Point Air, l’une des premières compagnies charters françaises.
Son fils raconte comment « des centaines de milliers de pointistes empruntèrent dans les années 1970 et 80 les vols charter organisés par l’association » vers l’île française de La Réunion, l’Amérique latine, l’Inde ou encore l’Afrique. « Il voulait briser le monopole d’Air France » pour « démocratiser les voyages ».
Des vols charter et des jardins
Parmi les moments forts des années 80 figurent les vols vers le Burkina Faso de Thomas Sankara, président anti-impérialiste assassiné en 1987. « C’est grâce à Sankara qu’il a rencontré Pierre Rabhi (figure française de l’agroécologie, NDLR) », avec lequel il a travaillé au développement de jardins agroécologiques en Afrique de l’Ouest, raconte Philippe Freund.
En 1995, alors qu’un accord de paix fragile se met en place entre rebelles touaregs et autorités de Bamako, il fonde une coopérative, Point-Afrique, pour relancer les voyages dans le nord du Mali, puis dans tout le Sahel.
Selon le site de l’organisation, l’ensemble des bénéfices générés par les activités du Point-Afrique sont réinvestis, notamment pour financer des projets partenaires, de la formation ou du micro-crédit.
« Avec rien, on peut faire vivre des centaines de familles »
L’Écho touristique avait eu la chance de longuement interviewer Maurice Freund en 2019. Pour cette interview, Jean-François Rial, PDG du groupe Voyageurs du Monde, nous avait prêté son bureau parisien. Maurice Freund avait toujours cette formidable envie de « créer de l’activité touristique dans des zones fragiles et déshéritées ».
Né en 1943 à Guebwiller, le fondateur de Point-Mulhouse connaissait parfaitement l’Afrique, et notamment le Sahel. Nous lui avions demandé quel était, selon lui, le plus beau désert. « Chaque désert a son charme », avait-il répondu. « Pour être très honnête, ce ne sont toutefois pas les déserts qui me passionnent, mais les populations. Avec rien, on peut faire vivre des centaines de familles. C’est formidable ! La seule difficulté, c’est qu’il faut prendre un risque, en affrétant un avion… »
L’équipe de L’Écho touristique adresse ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Maurice Freund.
Pour lire l’intégralité de l’interview, dans laquelle il parle des « jardins expérimentaux » créés avec Pierre Rabhi, cliquez sur ce lien : Maurice Freund : un rêve africain
